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Lettre posthume à Peter Van Walsum

Dans cette chronique, Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur et chercheur en relations internationales, rend hommage à Peter Van Walsum, ancien envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara (2005-2008), à sa vision éclairée et à sa capacité d’anticiper la solution à ce différend régional.

Le 6 août 2024 à 14h42

Cher Walsum,

De là où vous êtes, permettez-moi de vous faire part de notre admiration pour la vision que vous aviez eue quand vous étiez l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara. Au-delà des préoccupations politiques des uns et des autres, vous aviez pu comprendre à l’époque les dynamiques profondes dans notre région, et les défis qui restent à relever pour le Conseil de sécurité. Votre vision éclairée et votre capacité d’anticiper la solution à ce différend régional ont fait de vous un diplomate qui a eu raison avant tous les autres.

La raison de cette missive posthume est de porter à votre connaissance que bien des pays ont rejoint depuis votre vision, et ils sont nombreux. Je peux vous citer les États-Unis, l’Espagne, l’Allemagne, la France et même le vôtre, les Pays-Bas, qui, tous, reconnaissent la marocanité du Sahara. Bien d’autres préconisent aussi que seule une large autonomie, dans le cadre de la souveraineté marocaine, permettra de sortir de ce blocage alimenté volontairement par l’Algérie.

C’est grâce à votre clairvoyance et à votre détermination que vous aviez su ouvrir la voie à ces changements positifs. Votre courage à l’époque, alors que vous étiez bien minoritaire, vos paroles si impopulaires chez certains, sont restés pour beaucoup une source d’inspiration et d’espoir. Vous aviez montré une grandeur d’esprit enracinée dans votre capacité à rester fidèle à vos convictions, en dépit des critiques et des obstacles mis sur votre chemin.

Aujourd’hui, alors que de nombreux aspects de votre vision se réalisent, nous sommes nombreux à reconnaître l’importance de vos contributions à ce dossier. Vous avez su tracer avec patience un chemin auquel beaucoup d’autres envoyés personnels, avant comme après vous, avaient pensé sans oser l'emprunter en raison de contraintes objectives et de la peur de déplaire à une partie. C’est pour ce courage que vous aviez démontré que nous vous sommes profondément reconnaissant.

Votre engagement solide et inébranlable pour déclarer ouvertement devant le Conseil de sécurité que l’option référendaire était obsolète et sans issue était bien audacieuse. Il fallait, selon vous, prospecter d’autres voies car la balkanisation de la région était un danger pour tous. Vous étiez sans conteste celui qui a défendu le mieux l’idée de prospecter d’autres solutions plus réalistes pour sortir du blocage imposé à la communauté internationale par l’Algérie.

Vous voyiez au-delà des difficultés qui se mettaient sur votre chemin et qui avaient poussé d’autres envoyés avant vous à jeter l’éponge. Vous compreniez les nuances de ce dossier, et la réalité de ce mouvement séparatiste monté frauduleusement par les colonels Kadhafi et Boumédiène pour s’opposer au Maroc. Vous aviez constaté de visu, et senti au fond de votre conscience, que ce mouvement n’était qu’un instrument au service de ses instigateurs pour étancher leur soif de domination.

Vous aviez certainement compris que, derrière ces manigances, se cachait le pseudo-principe de la défense des peuples à disposer d’eux-mêmes, pour faire main basse sur la région. Vous compreniez ce jeu et son enjeu, mais vous saviez que le chemin de la justice passe par dire la vérité. Vous aviez tenté en vain de rapprocher les points de vue, fait pression sur les grandes capitales pour donner un coup de pied dans la fourmilière. Votre vision était claire, et votre cœur était toujours avec la justice et l’équité.

Vous aviez à l’époque affirmé haut et fort qu’il n’y aurait jamais de compromis pour une improbable indépendance du Sahara. Vous aviez demandé en outre d’épargner aux Nations unies de faire un choix douloureux, en faveur de l’un ou de l’autre, choix qui serait fatidique selon vous pour toute la région. Votre audace vous a même permis de reprocher au Conseil de sécurité de se retrancher derrière des résolutions et des formules qui permettent aux deux camps de se livrer à des explications qui les arrangent.

Afin de sortir de l’impasse, vous aviez poussé votre sympathique outrecuidance jusqu'à demander au Conseil de sécurité d’obliger les parties à retirer pour six mois leurs propositions respectives, et de renégocier les solutions, en présumant qu’il n’y aurait pas de place à l’option référendaire devenue impraticable. Vous aviez compris que l’Algérie voulait tabler sur le recensement colonial pour créer un État qui lui serait favorable, au détriment de tous les autres qui ont fui la colonisation en se réfugiant au nord du Maroc.

En réalité, dès votre prise de fonction en tant qu’envoyé personnel, vous aviez compris que le processus onusien pour parvenir à un consensus entre les parties était un jeu à somme nulle. Vous le saviez parce que vous aviez pratiqué, pendant de longues années, les joutes multilatérales en tant que représentant permanent de votre pays. Vous sentiez que ce dossier s’enliserait pour longtemps encore dans les sables mouvants des Nations unies, et qu’en définitive toute solution proposée serait contestée par l’une ou l’autre des parties en conflit.

C’est durant cette période que le Conseil de sécurité recommanda aux parties de prospecter d’autres solutions pour sortir ce dossier de l’impasse où il se trouvait. Les résolutions du Conseil adoptèrent depuis une nouvelle attitude proactive, en se référant à la recherche d’une solution politique juste, durable, et mutuellement acceptable et abandonna le plan de règlement initial devenu caduc et impraticable.

Vous aviez salué en son temps la mise sur la table de l’initiative marocaine d’autonomie, et relevé l’espoir qu’elle suscita parmi les membres de l’ONU qui avaient cru un moment qu’on était près de sortir de l’ornière. Le Maroc répondait ainsi à la demande exclusive du Conseil de sécurité en proposant de larges pouvoirs aux populations des provinces du Sud, leur permettant de gérer leurs affaires économiques, sociales et culturelles, dans un Maroc uni où l’Etat conserve ses attributs souverains.

Votre initiative a été saluée aussi bien par une grande partie de la communauté internationale que par le Conseil de sécurité lui-même. Je vous informe que ce dernier continue à la voir comme une initiative sérieuse crédible et réaliste. Vous n’auriez pas tort de penser que seule l’Algérie la rejette, exigeant comme à son habitude, de maintenir le plan de règlement initial malgré ses insuffisances et ses imperfections, plan que vous aviez vous-même déclaré inapplicable.

Votre message d’avril 2008 continue à résonner depuis que vous avez appelé les quinze membres du Conseil de sécurité à recommander la poursuite des négociations en tenant compte tout à la fois de la réalité politique et de la légitimité internationale. À cette époque déjà, vous aviez compris l’absolue utilité de sortir de cet imbroglio en trouvant un compromis entre ces deux principes cardinaux.

Vous aviez clamé devant le Conseil, la tête haute, que l’indépendance du Sahara n’était pas un objectif réalisable. Votre audace vous a permis de reprocher aux négociateurs de Manhasset avant vous d’avoir occulté cette réalité, ce qui avait mené, selon vous, à l’échec. C’est ce qui vous avait poussé à demander de retirer les propositions antérieures pour renégocier le tout dans 'un nouveau cadre réel', comme vous disiez. Votre recommandation en direction des parties était de négocier, sans conditions préalables, et sur la base qu’il n’y aurait plus de référendum comme option.

Beaucoup ont été d’accord avec vous quand vous déclariez que certaines parties, qui se disaient désintéressées, trouvaient leur confort à la place des personnes qui vivent malheureux dans les camps. Elles étaient, d’après vous, convaincues que ceux qui y vivent préféreraient y rester plutôt que d’aller vers une solution négociée qui ne sert pas l’indépendance. Vous aviez alors mis le doigt sur les vrais instigateurs qui préféraient jouer les prolongations.

Votre position concernant ce dossier était sans conteste réaliste et objective. Plusieurs grandes puissances l’ont applaudie, soulignant qu’elle méritait d’être prise au sérieux et adoptée.  Mais, de guerre lasse, vous aviez mis fin à votre mission en août 2008, au grand regret de beaucoup de vos collègues et amis. Vous étiez parti la conscience tranquille et l’esprit apaisé d’avoir accompli l’essentiel et de dire au monde votre vérité.

En ces temps de grands bouleversements que vit notre monde, il me semblait important de vous informer que bien des pays ont rejoint votre idée en reconnaissant la marocanité de ce territoire qui nous est cher, et une large autonomie comme seule option pour résoudre cette crise avec notre voisin. C’est sans doute grâce à votre détermination que vous aviez pu ouvrir la voie à ces changements positifs pour sauvegarder l’intégrité territoriale du Royaume.

C’est pour cela que je voulais, à titre personnel, vous rendre hommage pour votre détermination et votre vision qui ont fait de vous le précurseur qui avait eu raison avant les autres. Aujourd’hui, nous mesurons l’acuité de vos analyses et l’étendue de vos contributions que vous aviez su défendre avec intelligence, ténacité et une conviction exemplaire. Votre mémoire restera à jamais vivante, et vos idées de justice continueront de résonner en nous, nous rappelant votre courage et votre clairvoyance.

Avec toute ma reconnaissance.

Par
Le 6 août 2024 à 14h42

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