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Le déclin des civilisations: appropriation idéologique et confusion identitaire

La fascination pour la décadence des civilisations n’échappe pas au monde arabe, où la chute de l’Occident est scrutée avec un mélange de satisfaction et de revanche intellectuelle. Cette obsession, amplifiée par les réseaux sociaux, reflète moins une analyse critique qu’une quête de consolation face aux propres déclins. Derrière cette littérature abondante, une question demeure : pourquoi se réjouir du déclin supposé d’une civilisation sans interroger celui de la sienne ?

Le 25 mars 2025 à 14h34

La littérature sur la décadence ou le déclin des autres civilisations est très prisée dans les périphéries arabes et islamiques. Au Maroc, elle gagne en notoriété non pas pour ses vertus analytiques, mais pour ses débris revanchards. Elle rappelle cette blague selon laquelle une panne d’électricité a lieu dans un quartier réputé pour être une zone de turbulence permanente. Un père de famille qui n’a pas la langue dans sa poche ramasse un bâton et ouvre la porte, prêt à en découdre avec les voisins. Dehors, l’obscurité totale. Il s’enquit auprès du voisin du palier. La panne touche tout le quartier. Il retourne à son appartement, déçu parce qu’il aurait bien aimé casser la figure à quelqu’un. Il, cependant, trouve réconfort, parce que tout le monde est dans le même pétrin.

Le syndrome de la meute vécu autrement. Il en est ainsi de ces partages sur les réseaux sociaux qui frisent l’absurde où les gens se montrent avides de lire des livres ou des articles sur la chute ou la décadence de l’Occident. Ils font la réplique à une meute occidentale qui trouve un sacré plaisir à lire une littérature qui traite de la décadence et le sous-développement des sociétés africaines, arabes et islamiques.

Des écrivains arabes, asiatiques et latino-américains ont été primés parce qu’ils ont écrit sur la misère de leurs pays. Ils l’ont fait tout en continuant à vivre dans le confort des capitales occidentales où ils élisent domicile. Il y a là certainement quelque chose qui ne tourne pas rond. Pourquoi se réjouir des projections qui prédisent le déclin d’une civilisation par rapport à une autre en faisant l’impasse sur les risques que court sa propre civilisation?

Association par défaut et solidarité par dépit

La littérature qui projette la décadence des civilisations peut être divisée en plusieurs catégories. La première catégorie véhicule un message direct, celui de la mise en garde contre les dérapages que les hommes commettent et qui sont susceptibles de précipiter leur disparition. Cette littérature se base sur des études scientifiques avérées et en fait l’interprétation idoine.

La deuxième catégorie entretient un discours plus proche de l’entendement des lecteurs et des auditeurs. Elle se focalise sur la fin de la validité des systèmes d’organisations politique, économique et sociale basés sur le capitalisme, le socialisme et les structures hydriques qui s’en inspirent.

La troisième catégorie fait sienne la promotion de la littérature de l’épouvante en puisant dans les deux premières.  Cette dernière catégorie a recours à l’industrie cinématographique pour faire valoir son argumentaire.

Au début des années 2000, et au lendemain des attentats du 11 septembre qui ont frappé les États-Unis qui ont donné lieu à une floraison d’écrits sur la théorie du complot, un article écrit par I. Wallerstein a attiré un peu mon attention. Il parlait de la fin de l’hégémonie américaine sur le monde (Immanuel Wallerstein, ‘The Eagle Has Crash Landed’, Foreign Policy July-August  2002: 60-68). Wallerstein était d’avis que les États-Unis étaient en train de perdre leur suprématie sur le monde.

Wallerstein procède par analogie avec des exemples saillants tirés de l’histoire des empires et conclut que "les facteurs qui ont contribué à l’hégémonie américaine sont les mêmes qui conduiront inexorablement au déclin américain futur", (Hami, H. Vouloir et pouvoir dans la périphérie arabe, 2014, p. 153).

À la même époque est apparu un livre polémique écrit par E. Todd mettant l’accent sur la fin de la suprématie économique américaine (Emmanuel Todd, Après l’empire, 2002). Le livre est pris au sérieux, car l’auteur est réputé pour avoir prédit la décomposition de l’Union soviétique, deux décennies et demie plus tôt (Emmanuel Todd, La Chute finale, 1976).

Todd revient à la charge en 2024 et sort un livre sur la défaite de l’Occident (Emmanuel Todd, La Défaite de l’Occident, 2024). Il est sévèrement critiqué, parce qu’il se montre catégorique sur l’issue de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Il ne s’offusque pas de conclure que la Russie sortira vainqueur. Ce livre a très largement été diffusé dans les réseaux sociaux marocains, bien que la plupart des personnes de mes connaissances que j’ai interrogées l’aient lu. Ceux qui l’ont fait ont vaguement compris le message et la démarche de l’auteur.

Wallerstein et Todd rappelaient curieusement le classique d’Arnold J. Toynbee (1889-1975) sur la fin des civilisations écrit en plusieurs volumes sur la base de l’étude de vingt-six civilisations antiques. Il en arrive à la conclusion que les civilisations humaines survivent en se mesurant aux différents défis, mais que ce sont des minorités intelligentes qui participent à leur ascension et à leur déclin (A. Toynbee, A Study of History, 1934-1961).

Si au départ, ce classique a été perçu comme ayant eu la même valeur que Le Capital de Marx et d’Engels (Karl Marx and Friedrich Engels, Le Capital, 1867), il a été plus tard taxé d’être plein de supputations sans grande valeur scientifique parce que l’auteur s’est basé sur le mythe, les allégories et la religion pour faire valoir son argumentaire. Trente ans plus tard, Samuel Huntington conforte cette thèse et la rehausse un peu en parlant de choc des civilisations (Samuel Huntington, The Clash of Civilizations, 1996).

Un autre classique mérite d’être mentionné, écrit en deux volumes (1918-1923) par O. Spengler (Oswald Spengler, The Decline of the West, version anglaise, 1926). Sans creuser profond, on peut dire que cette œuvre perçoit les civilisations comme des êtres biologiques qui passent par des cycles de naissance, de maturité, de vieillesse et de déclin préludant la mort.

La parution de The Decline of the West a coïncidé avec les péripéties de la Première guerre mondiale et de la refonte des équilibres géopolitiques qui en ont résulté. Une œuvre qui a réuni la rigueur scientifique qui remet en cause le courant positiviste au départ, mais Spengler finit par être attrapée par les aléas de la politique. Les critiques ne l’ont pas épargné, notamment sur son déterminisme faisant croire que les lois de l’histoire sont immuables.

Depuis le résultat mi-figue, mi-raisin des partisans du "Chaos créatif" qui a débouché sur la saccade des révolutions arabes dites Printemps arabe (2011-2013), une littérature a pris d'assaut certains cercles d’intellectuels en Occident et en Orient. Non seulement Samuel Huntington a été passé au crible fin pour limiter l’impact de ses conclusions sur le sous-développement des cultures non occidentales, mais il a aussi subi les foudres de la critique dans la foulée de celle qui a ciblé Francis Fukuyama sur La fin de l’Histoire (Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man, 1992).

Or, au lieu que les lecteurs arabes et musulmans adoptent une attitude critique constructive de ces œuvres, ils versent dans la vindicte intellectuelle sans avoir les instruments appropriés pour obtenir gain de cause. Les plus avertis d’entre eux trouvent refuge dans Ibn Khaldoun (1332-1406), Baruch Spinoza (1632-1677) ou Auguste Comte (1798-1857) pour justifier leur croyance sur la gloire et la décadence de la civilisation occidentale. Ils font l’impasse sur la décadence de la civilisation islamique à partir du XIIIe siècle en épargnant la période ottomane du XIIIe siècle  au XIXe siècle.

Des exemples pour en rendre compte, on a l’embarras du choix. Quand Mohamed Arkoun (1988, 1994 et 2002) se lance dans son interpellation de la pensée islamique pour la rendre en phase avec son époque et la nettoyer des extrapolations plus mythiques que scientifiques, il est passé à tabac intellectuellement parlant. Il lui est reproché d’avoir osé interpeller la disette intellectuelle des partisans de l’exégèse. Mohamed Abd Al-Jabri (1995) a subi le même sort pour avoir tenté de définir les repères qui font la force et la faiblesse de la raison arabe.

Une question me taraude l’esprit : pourquoi il y a une ruée vers des auteurs occidentaux qui critiquent la civilisation occidentale de la part des lecteurs arabes, dont, en ce qui nous concerne, les lecteurs marocains ? L’une des explications qui méritent un débat sérieux est le fait que la plupart d’entre eux subissent le syndrome de la victime et affichent une solidarité exagérée avec les minorités de par le monde. Toutefois, cette solidarité est émotionnelle et est limitée dans un espace particulier, le Moyen-Orient.

Des revanchards à perte de vue

Ainsi, l’identification à la cause palestinienne est exclusive et néglige souvent de méditer sur les dégâts causés par des hégémons arabes et musulmans tout au long de l’histoire mouvementée de l’espace arabo-musulman. Les lecteurs, qui se nourrissent dans une communauté d’intellectuels partisans, ont du mal à admettre que les remises en causes spontanées ou par ignorance des réalités historiques ne peuvent pas faire oublier les stigmates de la défaite existentielle doublement laissée par la colonisation européenne et la perte de la Palestine.

Cependant, ces lecteurs ferment les yeux consciemment ou par inadvertance sur les entités réinventées ou créées par la colonisation au terme de la dislocation de l’empire ottoman et la remise en cause des modèles de société échafaudés sans que les premiers concernés (les peuples) soient consultés ou mis à contribution.

Il en découle que la tendance fait que la perception des conflits politiques au Moyen-Orient se distingue par sa connotation religieuse. Quand Israël avance l’argument religieux pour promouvoir l’idée d’un État hébreu, les gens vocifèrent et crient au scandale. De même, quand certains courants intellectuels et des mouvances religieuses salafistes ou radicales appellent au retour au système politico-social s’inspirant du califat des origines, les gens mettent en garde contre ces dérives qu’ils imputent à la manipulation de l’Occident et à l’obscurantisme de juristes dogmatiques.

Par ailleurs, quand ces lecteurs se penchent sur la civilisation dite occidentale, ils mettent pêle-mêle les cultures dites occidentales et négligent les spécificités locales qui en font la richesse. Or, l'Occident est une notion aussi vague que celle de l'Orient. Toutes les deux se veulent inclusives en termes culturels et exclusives en termes de choc civilisationnel. L'Occident est perçu comme étant une unité d'analyse unique et symbolique qui cherche à avoir le dessus sur les autres cultures qu'il n'absorbe momentanément que pour se défendre avant d'organiser l'attaque de la subjugation.

En réalité, la crise entre l'Occident et le monde arabo-musulman porte sur les intérêts et non pas sur les valeurs ou sur les divergences de perception de la civilisation (John Waterbury, 2003). L'Occident ne s'est pas encore remis du choc d'avoir cédé aux pressions provoquées par les lendemains chaotiques de la Deuxième Guerre mondiale et d'avoir accordé des indépendances tronquées aux anciennes colonies.

A l’époque, des pays nouvellement indépendants trouvaient du mal à se prendre en charge, estimant qu’ils n’étaient pas réellement préparés. Les interdépendances perçues comme une solution de substitution transitoire étaient complexes et la distinction entre la dépendance totale et la dépendance unilatérale de certains pays était -et demeure - difficile à faire.

Un constat : parmi les lecteurs les plus virulents, il y a ceux qui vivent dans des sociétés occidentales. Une sorte de schizophrénie qui saute aux yeux caractérise leur comportement. Pourtant, ils laissent leurs enfants étudier dans les écoles européennes et américaines. Ils célèbrent les fêtes occidentales religieuses, de manière parfois exagérée. Récemment, cependant, certains se ravisent un peu et travaillent à mettre leurs enfants loin de l’emprise du wokisme centré spécialement sur les préférences sexuelles. En effet, le wokisme  a été dévié de sa mission initiale qui était la promotion de la justice sociale et l’égalité raciale.

On est, en fait, en présence d’une double arrogance cultivée par une double hantise de perdre la main et la voix. D’une part, on trouve l'Occident 'particulier' par opposition à l'Occident 'universel' pour citer A. Maalouf (Amine Maalouf : Le Dérèglement du Monde, 2009) qui souffre le martyre en s’obstinant à vouloir civiliser les sociétés dites sous-développées et à se jouer de leurs valeurs intrinsèques. D’autre part, il y a l’Orient assujetti et revanchard qui accepte la compromission quand il est à court d’arguments. Des penseurs de renom et d’autres moins connus du grand public se livrent cette bataille identitaire et existentielle et entrainent avec eux un public moins aguerri aux subtilités de la critique avérée.

Du côté de l’Occident, on peut citer Raphael Patai, Bernard Lewis, Samuel Huntington, Arnold Toynbee, Samuel Huntington. Du côté de l’Orient et du Sud en général, on peut citer, Mohamed Arkoun, Aimé Césaire, Mehdi El Manjra, Nawal El Saadawi, Farah Foda, Firas al-Sawwah, Frantz Fanon, Fatima Mernessi, Taha Hussein, Mahmoud Ismaël, Mohamed Aziz Lahbabi, Abdellah Laroui, Edward Said et Léopold Sédar Senghor.

Or, les partisans de la littérature sur la décadence dans les deux sens ne donnent aucune importance à la question du contexte. Le contexte qui devient une épine difficile à extraire. C’est le cas des défenseurs des valeurs occidentales dans certains pays européens de l'Est descendant de familles riches qui faisaient le beau et le mauvais temps avant le triomphe du communisme.

C’est le cas également des défenseurs des valeurs occidentales dans certains pays d'Afrique du Nord et du Moyen Orient qui viennent de familles qui jouissaient de privilèges avant et après l'arrivée de la colonisation française, anglaise et italienne. La seule différence entre les premiers et les deuxièmes réside dans leur capacité d'adaptation et de manœuvre pour transformer l'écueil en avantage. Ils ajoutent à la confusion intellectuelle une amertume existentielle.

Outre la question du contexte, il y a la peur de se découvrir. Pourquoi refuser que les autres portent un regard sur nos cultures et nous invitent, parfois de manière arrogante, à nous interroger sur le bien-fondé de nos croyances et convictions? Qu'est-ce que nous avons de si précieux que les autres cherchent à nous subtiliser? (Hassan Hami, L’Occident et l’Orient : miroir étiolé, regards obliques, Medias24, 9 oct. 2024).

De même, qu'est-ce que les autres ont de si précieux à exporter ou à transposer pour ne pas dire calquer – au point de ne pas comprendre les différents processus qui ont conduit à l'élaboration des projets de société qui sont les leurs?

Dès lors, on se trouve ici, comme le décrit Ç. J. Al-Azm devant un phénomène caractérisé par la combinaison de la mentalité de l’interdiction ذهنية التحريم, de la mentalité de la criminalisation, عقلية التجريم, de la logique de l’excommunication منطق التكفير et de la loi de la répression شريعة القمع (Çâdiq J. Al-'Azm (سلمان رشدي وحقيقة الأدب',' ذهنية التحريم, 1997 - 2004).

La décadence de l’Occident serait une condition sine qua non à la renaissance islamique et au retour de l’âge d’or imaginaire. Cependant, les protagonistes gardent le silence sur le postulat selon lequel l'éclosion de la civilisation arabo-islamique a été, comme le suggère Mohamed. A. Jabri en 1986, la conséquence directe du déclin de la civilisation romaine et de l'érosion de la civilisation persane.

On ne se baigne pas deux fois dans la même rivière

Les historiens des religions buttent sur le postulat de la réinvention de l’histoire. Cette réinvention partage l’échiquier de la connaissance entre le révisionnisme, l’historiographie, la création des impasses en parant au plus pressé. L’interpellation de l’histoire tend moins à l’universalité que la concentration sur des événements particuliers pour solder les acquis des autres sociétés.

En fait, la question sous-entendue a été la persistance du débat classique entre religion, science, foi, matière, croyance et laïcité. Pendant des décennies, le débat portait sur l’entretien de l’héritage culturel et la négligence de la raison qui l’a créé. Une raison émotionnelle, victime de l’ascendance de l’exégèse.

Les défenseurs de la raison relèvent que les partisans de l’exégèse font montre d’une contradiction fondamentale qu'il ne faut cesser de dénoncer. Ils leur reprochent d’accepter la modernité matérielle de l’Occident et de rejeter sa modernité intellectuelle.

Les partisans de l’orthodoxie ne se laissent pas faire. Ils ne cachent pas leur intention d’instaurer un État religieux en tant que système de gouvernement provisoire sur la voie de l’établissement de la cité idéale d'al-Salaf al-Salih. Ils ambitionnent, comme le pense Faraj Foda en 1988, de réinventer le Califat islamique perçu comme un sacerdoce et venger ainsi la chute du Califat ottoman.

La littérature sur la décadence se ressource dans des modélisations audacieuses qui ont marqué l’histoire politique, sociale et diplomatique des sociétés arabo-musulmanes depuis les années 1920. Le premier modèle porte sur « la kemalisation », sous-entendue la sacralisation de l’héritage kémaliste (Mostapha Kemal Atatürk) en Turquie, qui continue de recevoir des interprétations divergentes sur son rôle dans les tractations antérieures à la conclusion des traités de Sèvres (1920) et de Lausanne (1923) sur la décomposition de l’Empire ottoman.

Le deuxième modèle consacre ‘l’égyptianisation’ ou ‘la pharaonisation’ de l’Egypte. Il a été défendu au lendemain de la conclusion de l'accord de paix entre l’Égypte et Israël en 1978. Une pléiade d’idéologues égyptiens se mobilise pour accréditer l’idée que l’Égypte n’a jamais été totalement arabe ou musulmane.

Le troisième modèle promeut ‘la saoudisation’ de l’Islam. Le royaume d’Arabie saoudite abrite le lieu le plus sacré de l’islam. De ce fait, le pays est investi d’une mission qui ne saurait être remise en cause quels que puissent être les défis.

Le quatrième modèle reprend le narratif sur "l’islamisation des sociétés déjà musulmanes". Il réinvente à satiété une hiérarchie des croyants et réserve une place de choix aux musulmans arabes.

Le cinquième modèle porte sur "l’émancipation par le choc". Il est défendu par des mouvements organisés ou hybrides qui ambitionnent de faire accéder leurs sociétés, présumées sous-développées culturellement parlant, à la modernité.

Toutes ces modélisations ont eu, en leur temps, le bonheur qui a été le leur. Elles sont ressuscitées à chaque fois que le champ politique est en passe de sombrer dans la perte des repères pour se ressourcer. Une explication psychologique générale peut aider à cerner la problématique. Elle réside dans la recherche des voies d’évacuation des problèmes, soit par l’incrimination de l’autre, soit par la négation de son existence. Pour ce faire, quoi de plus facile que de souhaiter le déclin de ce qu'il représente comme arrogance (ou agression) culturelle et civilisationnelle réelle ou supposée.

Des attitudes de cette magnitude ne peuvent dissimuler un certain nombre de vérités. Premièrement, pour peu que ce soit vrai, le déclin de l’Occident ne signifie pas la reconstitution de l’âge d’or arabo-islamique hypothétique. Il ne peut se traduire par la réinvention  d’un espace politico-socio-culturel basé sur l’idée du califat.

Deuxièmement, si la reconstitution est plausible, elle ne peut triompher de la course au leadership des tentations impériales individuelles. Quelle structure institutionnelle peut-on favoriser et sur la base de quel référentiel idéologique s'inspirant des différents empires arabes, arabo-berbères, persans, turques, etc.?

Troisièmement, le déclin de l’Occident signifierait peut-être le triomphe de valeurs opposées ; or la transition est assujettie à la mise en œuvre de processus consensuels pour éviter tout dérapage. Cela nécessite l’adoption des valeurs démocratiques, y compris la liberté d’expression. Est-ce que les structures institutionnelles de substitution garantissent ou favorisent cette exigence?

Quatrièmement, si l’Occident périclite, existe-t-il aujourd’hui une perception claire de ce que veut l’humanité pour les deux siècles à venir? Quelle serait la place des sociétés arabo-musulmanes dans les équations se rapportant au pouvoir, à la puissance et au rayonnement culturel et civilisationnel?   Le prétexte selon lequel ‘la décadence de l’autre, devant mon impuissance, est du pareil au même’ ne tient pas. Parce que l’autre travaille à trouver des voies pour s’agripper à la civilisation qui le fait respirer, tandis que les sociétés arabo-musulmanes assistent à leur dérive les mains croisées et le souffle coupé.

Alors, se réjouir de la lecture des œuvres sur le déclin de l’Occident écrites par des Occidentaux pour se refaire une santé est un comportement qui pose plusieurs interrogations sur la perception de la place réelle des sociétés dites du Sud global dans le concert des nations. Se réjouir ne résout pas le problème que le chemin de la renaissance à l’histoire contemporaine sera encore très long.

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Le 25 mars 2025 à 14h34

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