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Le champ des possibles

Le concept de "culture" est multiple et complexe, allant de la culture générale à des perspectives anthropologiques et symboliques propres à chaque société. Cette chronique explore l’évolution de la notion, notamment son industrialisation, ou quand la culture devient un bien économique.

Le 4 octobre 2024 à 15h23

Qu’est-ce que la culture ? Voilà une question simple qui appelle d’abord une définition de la culture mais dont quelqu’un a dit, dans une mise en abyme, qu'elle est ce qui reste lorsqu’on a tout oublié. Elle est certes entendue ici comme l’ensemble de connaissances et informations ou ce qu’il est convenu d’appeler "Culture générale". Par ailleurs, il y a aussi la culture au sens anthropologique qui se rapporte aux caractéristiques et différences existant entre l’Homme et l’animal (L’opposition entre nature et culture) ; puis celle qui se rapporte à l’ensemble des croyances, traditions, pratiques et symboles d’un groupe d’individus… Bref, le mot culture recèle tant de définitions que se sont ces dernières qu’il faudrait définir. Et on ne peut que se résigner à être d’accord avec le philosophe qui a dit cette confondante banalité : "La définition fait connaitre ce qu’est la chose". C’est du reste la définition classique selon les dictionnaires : "une opération par laquelle on détermine le contenu d’un concept, d’un mot ou d'un objet en énumérant ses caractères ou propriétés…".

Longtemps, le mot culture renvoyait à toutes sortes d’activités et pratiques artistiques et littéraires avant d’inclure d’autres attractions qui, avant, relevaient du divertissement et des loisirs. Mais désormais, on a adjoint au docte vocable Culture, comme pour la tutoyer, la notion d’industrie. C’est ce que Edgar Morin appelle "l’industrialisation de l’esprit", c’est-à-dire que "ce qui était création dans le domaine de l’esprit tend à devenir production". On parle alors d’industries culturelles et de créativité où il y a de tout et ce "tout culturel" est devenu un vocable courant dans le domaine de la sociologie de la culture et celui des sciences de la communication.

Il était donc temps qu’on en use ici au Maroc, grâce notamment à la création, au sein de la CGEM, il y a près de huit ans de la Fédération des industries culturelles et créatives présidée par Neila Tazi, fondatrice et cheville ouvrière du Festival d’Essaouira. Cette fédération regroupe les acteurs qui opèrent dans la création de contenus, le développement et la diffusion de biens et services à caractère culturel, artistique et patrimonial. Elle a organisé en 2019, conjointement avec le ministère de la Culture, les premières Assises des industries culturelles et créatives (ICC) et, cinq ans plus tard , une deuxième édition les 2 et 3 octobre derniers.

L’histoire, dit l’historien averti, a besoin de temps pour accoucher. Et comme pour prolonger la pensée du premier, l’écrivain avisé André Gide disait qu’il faut "beaucoup d’histoire pour faire un peu de littérature". Implanter une industrie, quelle qu’en soit sa catégorie, nécessite du temps. Un temps long. L’histoire des premières révolutions industrielles en Europe et ailleurs est là pour l’attester. Mettre en place des industries culturelles dans un pays en voie de développement exige à la fois du temps, du talent et le sens de l’anticipation.

Le Maroc qui était connu d’abord comme un pays dont l’économie est tributaire de l’agriculture, laquelle en constitue un pilier essentiel devant le tourisme et les phosphates, a su, depuis peu, investir avec succès des secteurs de l’industrie : automobile, aéronautique et nouvelles énergies. De grands chantiers innovants ont été lancés et donnent de bons résultats.

Voici pour l’anticipation, car dans le processus versatile d’une économie mondiale incertaine et disruptive, il y a de la place pour l’imagination et l’audace. Quant au temps, il est ce que nous en faisons et comment nous en usons. Reste le talent et l’imaginaire. Autrement dit ce qu’on appelle culture dans l’acception de cette définition large et générale, à savoir "l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent uns société ou un groupe sociale". De cela nous ne nous manquons pas et la profondeur historique autant que l’épaisseur culturelle forgée depuis des siècles nous ont pourvu d’un riche patrimoine. Il est à même de servir de base et alimenter ces nouvelles industries créatives dont il faut imaginer et impulser de nouveaux concepts dans le design, l’artisanat, la gastronomie, l’architecture ou les costumes…

Il reste pour assoir les bases d’une véritable industrie culturelle, la prise en charge de la formation et l’accompagnement des talents qui vont porter cette nouvelle économie. Certes, cette dernière a besoin d’un environnement juridique et institutionnel, en plus d’une infrastructure idoine. Mais l’élément humain est essentiel car cette industrie est basée sur l’imaginaire plus que sur les tuyaux. Cette nouvelle économie se caractérise par une structure de couts très différente de celle de l’ancien paradigme économique du prix du bien. C’est, par exemple, la conception d’un logiciel qui coûte cher et non pas le coût de sa fabrication. Il en est de même pour le cas de cette industrie de l’imaginaire qu’est le cinéma où la réalisation d’un film coûte plus cher que sa diffusion.

C’est précisément de l’imaginaire qu’il s’agit ici et c’est lui qui sert à concevoir et à créer des contenus. Voilà pourquoi c’est aux valeurs de l’esprit -ce sourire de l’intelligence qui dilate l’imaginaire- qu’on doit avoir recours pour laisser libre cours aux rêves et à la créativité. Laisser éclore le talent sans étouffer le génie et faire en sorte que l’invention continue afin d’élargir le champ des possibles.

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Le 4 octobre 2024 à 15h23

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