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La Palestine, vers une reconnaissance internationale pleine et entière

La tragédie que vit le peuple palestinien continue de bouleverser l’opinion internationale. Dans toutes les contrées, on manifeste pour mettre fin à l’anéantissement de ce peuple qui lutte pour sa survie et son indépendance. Une chronique d'Ahmed Faouzi.

Le 22 août 2025 à 14h03

L’Occident, qui en porte la responsabilité politique et morale, voit lui aussi son propre opinion publique se soulever contre cette injustice que subissent les Palestiniens et qui n’a que trop duré. La France, l'Australie, le Canada, le Portugal et bien d’autres pays affichent désormais leur soutien total et franc à l’existence de l’État de Palestine sur les frontières de 1967.

L’Australie, qui fut de tout temps un ferme soutien à Tel-Aviv, a déclaré par la voix de son Premier ministre travailliste Anthony Albanese qu’il allait reconnaitre l’État palestinien durant l’Assemblée générale de l’ONU de cette année. Selon ce responsable, la paix ne peut être que temporaire tant que les Palestiniens et les Israéliens ne disposent pas chacun d’un État. Il a omis tout simplement de souligner qu’Israël en possède déjà un constamment en voie d’extension, et que les Palestiniens sont par contre toujours en quête de réaliser le leur.

Les relations entre l’Australie et Israël ont empiré quand Canberra a interdit récemment l’entrée d’un député de l’extrême-droite israélienne sur son territoire, ce qui aurait pu exacerber encore plus les tensions entre Australiens. Selon les autorités de ce pays, cette décision a été prise pour éviter la propagation de messages de haine et de semer la division dans la société. Il n’en fallait pas plus pour que le ministre israélien des Affaires Etrangères accuse pour sa part l’Australie de persécuter les Israéliens, et de révoquer par la suite les visas à certains diplomates Australiens.

Auparavant, ce fut la même logique qu’on observait en France.

En avril dernier, le président Emmanuel Macron annonçait que son pays allait reconnaitre enfin l’État de Palestine en juin, puis de reporter par la suite cette annonce à la session de l’Assemblée générale de l’ONU, en raison de la guerre Iran-Israël.

On comprend mal les raisons véritables de ce report, alors que d’autres pays l’avaient annoncé immédiatement tout en l’assumant à l’instar de l’Espagne ou de l’Irlande. Ce report a été vu comme une énième hésitation, et une peur de la réaction d’Israël et de ses supports en France qui, de toutes manières, n’a pas tardé. Le Premier ministre israélien, aidé en cela par tous les influents Franco-Israéliens et les médias français acquis à Tel-Aviv, a accusé le chef d’État français de contribuer à l’antisémitisme ambiant. Cette accusation, que les responsables israéliens utilisent à l’excès contre leurs adversaires, a reçu une réponse ferme et même menaçante de l’Élysée, qui a affirmé qu'elle ne demeurerait pas sans réponse.

Mais c’est la réaction de la Grande-Bretagne qui a posé le plus d’interrogations vu que c’est elle qui est à l’origine du drame palestinien qui dure depuis maintenant plus d’un siècle et qui en garde la responsabilité historique et morale. C’est en 1917 que son secrétaire d’État aux Affaires étrangères Lord Arthur Balfour promettait au financier Lionel Rothschild un foyer juif en Palestine, sans tenir compte de sa population palestinienne. En annonçant son initiative, le Premier ministre Keir Starmer est resté prudent à l’extrême en usant du conditionnel : il pourrait reconnaitre l’État palestinien d’ici septembre prochain. Puis d’ajouter : "À moins qu’Israël accepte entre temps un cessez-le-feu, qu’il reconnaisse l’établissement de deux États, et enfin s’il assure que la Cisjordanie ne serait pas annexée". 

Pourtant, le travailliste Starmer sait pertinemment que la guerre d’extermination et les crimes de guerre, attestés par plusieurs organisations internationales, que mène le gouvernement extrémiste israélien contre des civils palestiniens, désarmés et affamés, sont réels et incombent principalement à Israël, mais aussi au silence de l’Occident. Ce sont les pays occidentaux, et son pays en premier lieu, qui furent à l’origine du drame palestinien, et qui continuent d’apporter leur soutien à l’État hébreu, tout en gardant un silence complice face à la tragédie humaine en cours.

Mais cette prise de conscience tardive fut précédée par la reconnaissance d’autres pays européens comme l’Espagne, la Norvège, l'Irlande ou la Slovénie, ce qui sauve l’honneur de l’Europe. Ces reconnaissances ont eu une résonnance bien particulière après celle de la Suède qui avait reconnu la Palestine dès 2014. L’année dernière, ce sont d’autres pays issus d’autres continents, comme la Jamaïque, Trinité-et-Tobago, Barbade et les Bahamas, qui se sont ajoutés à la liste, malgré les tentatives américaines de reporter leur décision. Ce réveil tardif de l’Europe était dû principalement à la pression populaire qui ne comprenait pas le silence assourdissant de leurs dirigeants face aux crimes perpétrés par Israël en Palestine.

Déjà, dès l’annonce de la naissance de l’Etat Palestinien par le Conseil National Palestinien en novembre 1988, soixante-quinze pays l’avaient reconnu dans les jours qui suivaient. Ils sont actuellement au moins 148 pays qui reconnaissent la Palestine, chiffre qui évoluera encore dans les prochaines semaines, notamment lors de l’Assemblée générale de l’ONU. Israël qui est reconnu par 165 Etats de par le monde, pourrait être rattrapé par la Palestine et peut-être même être dépassé par le nombre d’Etats qui reconnaissent la Palestine.

Cette dynamique palestinienne, nous la constatons à chaque fois que cette question revient au sein de l’Assemblée générale de l’ONU. Au mois de mai 2024, l’AG avait adopté à une écrasante majorité par 143 voix pour, contre 9 et 25 abstentions, une résolution en faveur de l’admission de l’État de Palestine en tant que membre de plein droit, tout en recommandant au Conseil de sécurité de réexaminer favorablement cette question. Cette supplique témoigne de l’usage excessif par les États-Unis du droit de veto pour empêcher l’adhésion totale de l’État de Palestine, et pour protéger son vrai allié au Moyen-Orient, contre la volonté de la majorité des États-membres de l’ONU.

Si les États-Unis usent et abusent de leur droit de veto au Conseil de sécurité contre l’admission de la Palestine, l’Assemblée générale a, pour sa part, évolué dans son approche pour la faire admettre.

En 2012, elle a adopté une résolution historique accordant à la Palestine le statut d’État observateur non membre de l’ONU, par 138 voix pour, 9 contre, et 41 abstentions. Et en mai 2024, elle a fait évoluer sa position en rehaussant la Palestine vers le statut d’État, à titre exceptionnel, et sans que cela constitue un précédent, comme le mentionne la résolution. Celle-ci fut votée par 143 voix pour, cinq pays de plus par rapport à 2012, 9 contre et 25 abstentions, alors que celles-ci étaient au nombre de 41 en 2012. Dans les circonstances actuelles, si une nouvelle résolution est présentée, bien sûr, il y aura moins d’abstentions et plus de pays qui voteront pour la Palestine.

C’est dire combien la question palestinienne a bien évolué malgré toutes les contraintes. Plus Israël accentue sa répression et ses crimes génocidaires contre les civils palestiniens désarmés, plus l’opinion internationale se range du côté palestinien, c’est-à-dire du côté du droit, de la légalité et de la justice. La preuve, ce sont ces manifestations houleuses dans les rues et les campus d’étudiants en Occident qui ont changé la donne et, paradoxalalement, ont dépassé en nombre tous les soutiens portés à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie.

Pour réduire l’influence de ces élans populaires pro-palestiniens, les gouvernements occidentaux tentent de mobiliser au grand jour, et parfois à outrance, les forces de l’ordre, la justice et les médias. L'objectif est de condamner et de faire taire toute voix dissonante, et d'étouffer tout soutien à la Palestine. Il suffit qu’un manifestant porte le drapeau ou le keffieh palestiniens pour qu’il soit arrêté et condamné sévèrement, ou alors pour qu'il soit taxé tout bonnement d’antisémitisme pour le réduire au silence. Toute cette politique de répression semble pour le moment ne produire que plus de soutien à l’État palestinien et à son peuple en quête de liberté. L’Occident aurait plus de mal demain à venir nous parler encore de démocratie et des droits de l’Homme.

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Le 22 août 2025 à 14h03

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