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La grande muraille de Chine

Après s’être assuré du vote du Parti communiste puis du Parlement pour sa réélection à la tête de l’État pour un troisième mandat, le président chinois Xi Jinping a entamé cette semaine un voyage de trois jours en Russie. Plus que jamais, il a le contrôle total de toutes les instances et les structures du pays qui lui sont désormais entièrement dévouées. Il peut s’atteler avec plus d’aisance à jouer un rôle de médiateur dans la résolution des crises internationales.

Le 27 mars 2023 à 14h42

Avant cette rencontre, il avait donné le ton à ce qui serait son troisième mandat en critiquant ouvertement Washington pour avoir mis en place une politique qui soulève des défis sans précédent au développement de la Chine. Il a détaillé la politique qu’il comptait mener pour faire de la Chine une grande puissance qui compte et que l’on écoute, en insistant sur la modernisation de la défense nationale pour faire des forces armées une grande muraille en acier qui protège de façon effective la souveraineté nationale.

Durant son deuxième mandat, et dans un contexte international difficile en raison de la pandémie de Covid, Xi Jinping a tenu à défendre des positions de neutralité et de médiation pour trouver des issues aux crises internationales sans s’allier aux positions américaines, ou s’aliéner la Russie. Face aux différentes crises qui secouent notre monde, sa posture est de se présenter comme une force de conciliation et de paix aux yeux de la communauté internationale.

Sur la guerre en Ukraine, Pékin a préconisé un cessez-le-feu et appelé au respect de l’intégrité territoriale des États, tout en se gardant de critiquer directement Moscou, comme l’aurait souhaité l’Occident. Depuis la publication, le 24 février dernier, du plan chinois de douze points pour résoudre la crise ukrainienne, les pays occidentaux, qui continuent à armer massivement l’Ukraine, n’ont pas fait montre d’un grand enthousiasme à la médiation de Pékin.

Un aveu d’échec pour les Occidentaux ?

La réponse de Moscou à l’initiative chinoise a en revanche été positive et laissé apparaître une possible issue pacifique à la crise. Poutine a déclaré, lors de la visite de Xi Jinping, avoir du respect pour les propositions chinoises de résolution du conflit ukrainien et s’est dit ouvert à des négociations. "Je sais que vous avez une position juste et équilibrée sur les questions internationales les plus pressantes", lui a-t-il lancé.

Mais les pays occidentaux, à commencer par les États-Unis, accepteront-ils cette offre, qui ne peut être vue que comme un succès pour Pékin et un aveu d’échec pour eux. La visite du président chinois en Russie a été, en elle-même, considérée dans les capitales occidentales comme un geste de soutien à Moscou, et non comme une démarche pour la paix. On se demande si le mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale international contre Poutine, pour crime de guerre et déportation illégale d’enfants ukrainiens, ne fut pas une initiative pour torpiller le rapprochement sino-russe.

La réponse de la Chine à cette condamnation n’a pas tardé. Le porte-parole de la diplomatie chinoise a demandé de respecter l’immunité des chefs d’État en vertu du droit international et d’éviter la politisation de cette institution, ainsi que la politique de deux poids deux mesures adoptée face aux adversaires. Paradoxalement, cette position a été interprétée en Occident comme un soutien à Poutine, alors que Pékin déploie tous ses efforts pour donner l’image d’une puissance médiatrice dans plusieurs conflits.

Ce fut le cas lors de l’accord du 10 mars dernier signé, à la surprise générale, à Pékin entre l’Arabie saoudite et l’Iran pour mettre fin à une crise qui perdure entre les deux pays depuis 2016, date de la rupture des relations diplomatiques. Là encore, Pékin a endossé un rôle inédit de médiateur, se présentant comme une puissance qui prône la non-interférence dans les affaires domestiques des Etats, ou le conditionnement de son aide aux respects des droits humains, comme le préconisent les Occidentaux.

En vertu de cet accord, l’Iran et l’Arabie saoudite ont deux mois pour rétablir des relations diplomatiques et mettre en œuvre des accords de coopération en matière sécuritaire. L’accord inclut également la réduction de la guerre de propagande mutuelle et les attaques contre l’autre partie. Mais au-delà du succès réalisé par cet accord, Pékin enregistre là un avantage significatif face à Washington, connu pour son soutien massif à Israël au détriment des autres pays de la région.

Chacun des trois signataires de l’accord de Pékin semble y trouver son compte

Pour donner plus de chance de réussite aux négociations tenues secrètes et à l’insu des Américains, Saoudiens et Iraniens ont délégué leurs chefs sécuritaires pour mener les négociations loin des regards et des médias. Il est vrai que l’on trace plus facilement les déplacements des ministres des Affaires étrangères et des diplomates que ceux des sécuritaires. En raison de son ampleur, cette initiative a pris tout le monde à court, et obligé beaucoup de pays à réévaluer leur politique à l’égard de cette région.

La Chine n’a pas caché sa joie après l’aboutissement des pourparlers. Le chef de la diplomatie, Wang Yi, a salué cet accord, qui est pour lui un exemple de résolution des conflits et des divergences entre les pays par le dialogue et la consultation. Une pique à peine voilée à Washington lorsqu’il ajoutait : "Voilà comment deux nations se débarrassaient des ingérences extérieures et prenaient véritablement en main leur avenir."

Chacun des trois signataires de l’accord de Pékin semble y trouver son compte. La Chine renforce son rôle de puissance qui travaille pour la paix tout en renforçant son partenariat économique avec la région. Quand à l’Arabie saoudite, ce rééquilibrage diplomatique avec Pékin lui permet une autonomie de décision face aux Américains, souvent trop critiques à leur égard depuis l’ère Trump et l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

Pour les mollahs d’Iran, qui subissent quotidiennement des manifestations féminines et les effets des sanctions économiques internationales, cet accord est un répit. Une entente avec Ryad permettrait de réduire les tensions entre les deux régimes, et englobera aussi une pacification dans les pays voisins où les deux s’opposent, comme au Yémen, en Syrie ou au Liban.

Les perdants de ces avancées menées par la Chine sont les États-Unis et son allié Israël. L’accord tripartite entre la Chine l’Iran et l’Arabie saoudite a été annoncé au lendemain des révélations des conditions saoudiennes pour normaliser avec Israël. Ryad a indiqué aux Américains trois conditions à l’établissement des relations : le règlement de la question palestinienne, l’aide pour développer un programme nucléaire civil, et moins de restriction sur les ventes d’armes.

Une position plus confortable pour Ryad

Maintenant que cet accord est passé avec l’Iran par la médiation chinoise, Ryad semble dans une position plus confortable pour négocier avec les Américains et défendre au mieux ses intérêts, loin de toute pression extérieure. Malgré ce rapprochement entre les Saoudiens et les Iraniens, que tout oppose (les uns sont sunnites et les autres sont chiites), les Américains continueront d’affirmer leur présence au Moyen-Orient à travers leur soutien inconditionnel à leur allié principal qu’est Israël.

En démontrant qu’une issue pacifique à un conflit armé relève du possible, la Chine a renforcé, par cet accord et à travers une diplomatie qui prend des initiatives, son rôle de grande nation aux yeux de la communauté internationale. Pékin, malgré les sollicitations et les pressions, n’a pas cherché à s’allier à l’Occident, et encore moins aux États-Unis. Elle a préféré adopter une attitude proactive en jouant un rôle d’arbitre et d’intermédiaire dans tous les conflits, à commencer par celui qui oppose la Russie à l’Occident. A chaque crise, le monde se tourne vers Pékin pour connaître sa position, et aussi pour se définir par rapport à sa politique.

L’accord entre l’Arabie saoudite et l’Iran aura donc des conséquences certaines sur l’évolution des relations entre les pays de la région, et entre ceux qui ont, par le passé, soutenu l’un ou l’autre. Israël, qui a pendant longtemps misé sur le danger que représentait l’Iran pour se rapprocher des pays arabes et créer un axe anti-Iran, semble être pour le moment la partie la moins enthousiaste pour cet accord.

Mais c’est la Chine qui, par cet accord, a franchi une étape importante vers son objectif de devenir un acteur principal et incontournable dans la formation de ce nouvel ordre mondial en gestation. Le Pax Americana établi depuis le second conflit mondial semble céder la place à une nouvelle configuration mondiale scellée entre la Chine et la Russie pour redéfinir l’ordre mondial à côté de l’Occident et des autres nations montantes.

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Le 27 mars 2023 à 14h42

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