La géopolitique comme une science exacte
Un sommet entre les présidents Donald Trump et Vladimir Poutine est prévu en Alaska le 15 août 2025, illustrant la volonté américaine de relancer le dialogue avec la Russie. Alors que le contexte géopolitique mondial traverse une période complexe marquée par des conflits endémiques et des réalignements stratégiques, cette rencontre suscite autant d’espoirs que de réserves.
Un sommet entre le Président Donald Trump et le Président Vladimir Poutine est annoncé en Alaska pour le 15 août 2025. Rien de surprenant dans la mesure où, durant sa campagne électorale pour les élections présidentielles de 2024, le Président américain avait réservé une place importante aux relations des États-Unis avec la Russie.
Il avait promis qu’une fois élu, il prendrait attache avec son homologue russe pour trouver le moyen idoine pour améliorer les relations entre les deux pays et, au bout de l’exercice, mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine dont le déclenchement a été, entre autres, le prétexte de l’interprétation dichotomique par les deux parties des dispositions des accords de Minsk I (2014) et Minsk II (2015). La caducité des accords est officiellement constatée en 2022 à la suite du déclenchement de la guerre entre les deux pays.
La médiation américaine a traîné un peu, mais l’espoir demeure qu’une issue soit trouvée en fin de compte. Un bémol, l’Ukraine n’est pas invitée au sommet de l’Alaska. L’Alaska, tout un symbole. Le territoire a été acquis par les États-Unis en 1867 contre le paiement de 7,2 milliards dollars US ; une acquisition qui devient définitive en 1912. Le Sommet n’est pas loin du Groenland que le Président américain entend acquérir, une idée qu’il miroite depuis son premier mandat (2016-2021).
Dans un article publié, justement à la veille des élections présidentielles américaines, j’avais formulé un certain nombre d’hypothèses, dont certaines tiennent encore la route. Il en est ainsi de la politique étrangère américaine à l’égard de l’Europe, du Moyen-Orient, de l’Iran et, forcément, du comportement des États-Unis par rapport à la crise entre l’Ukraine et la Russie.
On y lit : (…) si Donald Trump est réélu, il s’attaquera probablement au dossier ukrainien, aux relations avec les Européens, aux rapports tumultueux avec la Russie et la Chine. Mais il sera moins interventionniste, contrairement à ce que peuvent penser certains experts. L’Ukraine et la Russie seront invitées à s’entendre sur la base de la nouvelle réalité sur le terrain. Les États-Unis n’ont aucun intérêt à voir la Russie s’effondrer.
L’article peaufine la projection en estimant que : « Les pressions sur l’OTAN reprendront, mais sans permettre à la Russie de se refaire une santé (…). Cependant, les alliés européens auront du pain sur la planche. Ils n’avaient pas bien joué la partition qui leur aura été écrite. Flirter avec Moscou jusqu’à certaines limites aurait été toléré. Cependant, les Européens sont allés un peu loin. Ils ont nourri l’espoir de tenir le bâton par le milieu pour reconquérir leur indépendance, chemin faisant. Pari perdu. »
C’est donc un cheminement vers la concrétisation d’un schéma diplomatique dont le Président Trump fait son sacerdoce, en l’occurrence que c’est par la diplomatie que les conflits doivent être résolus, quitte à user de la dissuasion et de la persuasion chemin faisant. Le recours à la force reste une option, mais cette option doit être l’ultime recours.
Rien ne laisse présager que les choses seront faciles à l’occasion du Sommet de l’Alaska. La manifestation de deux nationalismes, frisant parfois le chauvinisme dont font montre les présidents Poutine et Trump, comme l’entendent certains observateurs, peut ralentir le processus, mais l’espoir demeure que le réalisme et le pragmatisme dont les deux chefs d’État sont réputés finiront par l’emporter.
Le Sommet rappelle, à quelque chose près, les conditions dans lesquelles s’est tenue la conférence de Yalta en 1945. Le Sommet de l’Alaska rappelle aussi que l’Europe occidentale est un terrain de confrontation de première importance, mais que cette fois-ci, les Européens n’ont pas beaucoup de cartes à jouer. Ils auraient failli à leur mission convenue au lendemain de la décomposition de l’URSS, à savoir tenir en haleine la Russie et soulager la pression endurée par les États-Unis en tant que protecteur conditionnel.
Je ne te fais pas de dessin, suis mon regard
Il est loin le temps où la chanson mythique « Wind of Change » du groupe allemand Scorpions faisait danser la foule des Allemands en particulier et des Européens en général. La victoire de l’Occident qui a érigé Francis Fukuyama en analyste attitré de « La fin de l’Histoire » et de la victoire du « Monde libre ».
La même chanson qui aurait donné des insomnies à Vladimir Poutine, car elle lui rappelait ses derniers jours à Berlin-Est où il était chef du bureau du KGB (actuellement FSB et SVR). Poutine prendra sa revanche en 2007 à la conférence de Munich sur la sécurité. Il y a critiqué le fait accompli unipolaire du système international et a appelé à l’instauration d’un système multipolaire pour mettre fin à ce qu’il considérait comme une hégémonie américaine inacceptable.
Le Président Poutine trace les contours d’une géopolitique dans laquelle la Russie refuse d’être le dindon de la farce des changements qui ont lieu sur l’échiquier sécuritaire mondial – notamment dans le voisinage européen et asiatique.
Elle est loin aussi, cette scène de Boris Eltsine sur un char d’assaut en 1991 dans laquelle on le voyait s’adresser à la foule et intimider des membres du KGB qui cherchaient à organiser la contre-révolution par le renversement de Mikhaïl Gorbatchev. Tout comme il est loin le souvenir de ce dernier se lamentant d’avoir été trahi par les États-Unis et leurs alliés européens, en se jouant justement de l’Ukraine pour la nième fois et en faisant le paquebot certes autonome mais qui naviguerait dans les eaux déjà troubles de la mer Noire, de la Méditerranée et des différents détroits névralgiques pour la sécurité mondiale.
Le présent papier ambitionne d’aller encore plus loin et de brasser large pour peaufiner une lecture déjà faite dans deux autres articles réservés aux changements que connaît le système international et qui mettent en évidence une transition en zigzag mais dont la finalité serait de repositionner les acteurs majeurs étatiques et de neutraliser des acteurs mineurs étatiques qui jouent du surplus. Il en serait de même pour les acteurs non étatiques qui jouent le rôle de trouble-fête et refusent de rendre le tablier.
- H. Hami : Des idéologues imperméables à la géopolitique
- H. Hami : Géopolitique assimilée pour les uns et saut dans l’inconnu pour les autres
La lecture proposée dans les deux articles repose d’une part sur l’hypothèse que le système international en transition difficile ne s’accommode plus de la prolifération des conflits dits endémiques ou conflits gelés. D’autre part, elle met en évidence la portée limitée, sinon obsolète, du paradigme « d’États-pivots », du paradigme de « désordre créatif » et du paradigme « d’acteurs non étatiques agents interposés ou proxies ».
Il semble dès lors que le Président américain s’en tienne à une feuille de route bien ficelée. Elle adopte une démarche plus cohérente en comparaison avec ses prédécesseurs. Elle consiste en le postulat que la sécurité des États-Unis commence par faire le ménage à l’intérieur et à calmer le jeu à l’extérieur. Plus concrètement, il s’agit d’une relecture des postulats d’isolationnisme, d’interventionnisme et d’attentisme qui caractérisent la politique étrangère américaine depuis bientôt deux siècles.
L’idée de faire le ménage s’applique aussi aux alliés traditionnels et aux adversaires invétérés. Au sein des deux catégories, le Président Trump ferait une distinction entre les alliés sûrs et les adversaires intraitables. Il aiderait les premiers à sauvegarder leur intérêt national et il donnerait une chance aux seconds de prendre le train en marche.
La sécurité passe par l’ordre, loin des frontières nationales américaines. Cela devient logique à la lecture des retombées des différentes tentatives destinées à remodeler les échiquiers stratégiques perturbés par des conflits qui n’en finissent pas de gangrener. Tout d’abord, l’abandon du paradigme de « changement de régime » comme un premier choix pour tenir « enlacés » des dirigeants en proie à des crises intranationales aigües.
Ensuite, la neutralisation des acteurs de l’opposition politique qui ont prouvé leur incapacité à réussir une transition pacifique une fois au pouvoir dans les pays de démocratie-pilote. Ces acteurs ont été soutenus directement et indirectement, et même invités à prendre leur responsabilité, après l’intervention militaire américaine ou celle des alliés des États-Unis. Ils ont échoué, parce qu’ils ont troqué une suzeraineté savamment dissimulée contre une suzeraineté au grand jour au profit d’acteurs étatiques régionaux désormais dans le collimateur des acteurs majeurs internationaux.
Deux exemples saillants. D’une part, l’échec de l’islam politique en tant que catalyseur des différents épisodes du Printemps arabe. Un scénario qui aurait ressemblé – s’il avait abouti comme escompté – au Printemps de Budapest (1958), au Printemps de Prague (1968), au Printemps mitigé de Varsovie (1989), à la Révolution de la dignité dite révolution du Maïdan à Kiev (2013-2014) et aux soubresauts de Tbilisi, d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud en 2008. Il n’en fut rien. Au contraire. Les pays, qui ont été le théâtre du Printemps arabe, se trouvent actuellement dans la queue des pelotons des pays qui s’en sont relativement tirés.
D’autre part, la contre-révolution au Printemps arabe. Ses promoteurs ne se sont pas tirés du pétrin, non plus. Leurs engagements deviennent de plus en plus coûteux. Mais ils n’ont pas le choix. Toutefois, contrairement aux acteurs du Printemps arabe, ils savent s’adapter et lisent bien l’orientation de la boussole géopolitique.
Maintenant, ces affirmations nécessitent de produire des cas concrets. Logique. J’en ai quelques exemples. Un, en pleine guerre entre l’Iran et Israël, la Maison-Blanche annonce la conclusion en juin 2025 d’un accord entre la République démocratique du Congo et le Rwanda mettant fin à quatre décennies de confrontations militaires impliquant le M23 alimentées par les pays voisins et des intérêts mercantiles en raison des richesses dont regorge ce pays. Passé inaperçu, cet accord, bien que fragile, confirme la détermination de la nouvelle administration à mettre de l’ordre dans un continent africain riche et qui continue d’attiser les convoitises les plus invraisemblables.
Deux, la pacification de la Syrie et la chute du régime de Bashar Assad en décembre 2024. Le fait n’est pas anodin et s’inscrit dans le cadre d’une lecture avisée des parties les plus importantes intéressées au conflit : les États-Unis et la Russie. Là aussi, comme pour ce qui est du conflit du Haut Karabakh, la Russie a marqué une passivité calculée et la Turquie a mené le bal.
Trois, la conclusion en août 2025 d’un accord de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie sous le patronage des États-Unis. Un évènement d’importance, car il s’inscrit dans le cadre d’un jeu de balancier que les États-Unis et la Russie font à l’égard de l’Europe occidentale, des Républiques du Caucase du Sud, de l’Asie centrale et de l’Iran.
Pour mettre de l’ordre, les trouble-fêtes mis en garde
Les observateurs se rappellent sans doute la manière dont l’Azerbaïdjan a reconquis en 2020-2024 une grande partie du Haut Karabakh, territoire qu’il avait perdu en 1993-1994 du fait de la coalition entre l’Arménie et des dissidents arméniens avec la bénédiction de la Russie. Celle-ci, occupée par la guerre avec l’Ukraine, a laissé faire et a permis à la Turquie de mener le bal à sa manière.
La conclusion de l’accord de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie est un coup dur pour les promoteurs des différents processus de Minsk et de l’approche trilatérale de la résolution du conflit du Haut Karabakh. Déjà, les bénéficiaires de la persistance de l’instabilité dans des zones problèmes commencent à faire entendre leurs voix.
Il en est ainsi d’un haut responsable du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne (CGRI) qui se fait l’écho de la perception des décideurs iraniens. Il monte au créneau pour mettre en garde l’Azerbaïdjan et l’Arménie, les invitant à ne pas faire confiance au Président Trump. Il stigmatise la décision prise par les deux pays de créer un corridor à Zangezur, et de concéder aux États-Unis un bail d’une durée de 99 ans.
L’Iran, déjà fragilisé par la guerre à distance avec Israël et par l’intervention des États-Unis qui ont détruit partiellement ses installations nucléaires, sent l’étau se resserrer autour de lui. Le Haut responsable iranien émet indirectement l’espoir qu’une alliance trilatérale englobant l’Inde, l’Iran et la Russie mettra fin à ce projet d’endiguement-encerclement dont ils seraient l’objet.
L’Iran craint que son influence sur l’Arménie ne s’estompe après qu'il a perdu son emprise sur certains pays de la région, notamment en Syrie et au Liban (Téhéran tente désespérément de s’opposer à la démilitarisation du Hezbollah au sud du Liban, pour faire avorter la décision du gouvernement libanais à ce sujet).
Dès lors, l’accord entre la RDC et le Rwanda, le changement de régime en Syrie et l’entente entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie entrent dans le cadre de la dynamique enclenchée par l’administration Trump en vue de résoudre de nombreux problèmes endémiques.
Certains pourraient objecter : qu’en est-il de la question palestinienne et du sort de Gaza ? Question judicieuse qui nécessite un peu de doigté de ma part. Un constat tout d’abord : l’idée de la conquête de Gaza et de l’exode forcé des Palestiniens est rejetée sans atermoiement ni lecture biaisée. Ensuite, le vote par le Knesset d’une motion non contraignante pour l’annexion de la Cisjordanie et de la vallée du Jourdain en juillet 2025 et l’approbation par le cabinet de sécurité israélien du plan du Premier ministre Benjamin Netanyahou en août 2025 pour prendre le contrôle de Gaza ne peuvent être des actes dans l’état actuel des choses et ils seront voués à l’échec à long terme.
Il s’agit d’une réaction nerveuse de la part d’Israël à la multiplication des reconnaissances de l’État de Palestine par des pays européens, qui sont catalogués comme étant des supporters inconditionnels d’Israël. Les États-Unis, qui ont promu l’idée de la sécurisation de Gaza et la mise en place d’une forme de gestion internationale de l’enclave palestinienne, ne semblent plus le voir sous cet angle. Trop risqué et peut enclencher un mouvement de déstabilisation de certains alliés arabes du Golfe et recevoir une fin de non-recevoir d’autres pays sympathisants d’Israël dans le voisinage immédiat.
De même, une telle hypothèse ne peut promouvoir la sécurité d’Israël que certains centres de décision à Tel Aviv appellent de leurs vœux ou utilisent comme prétexte pour maintenir l’état d’incertitude dans le pays. Elle ne peut non plus encourager des pays dans des zones problèmes à envisager avec bienveillance l’approche américaine de résolution des conflits par l’économie et le développement.
Dans tout ce remue-ménage, une vérité se dégage : L’Europe, jadis un intermittent stratégique de deuxième rang, devient une cible prisée des États-Unis, de la Russie et de la Chine. L’Europe n’est pas invitée au sommet de l’Alaska. Elle est sommée de payer pour les armes américaines qu’elle est censée envoyer à l’Ukraine. Ni Moscou, ni Washington ne s’offusquent de la tenir à l’écart des nouvelles configurations géopolitiques. Les Européens se joindront à la fête quand la messe sera dite.
Un fait passé inaperçu : le Président ukrainien Volodymyr Zelenski félicite le Président azerbaïdjanais Ilham Aliyev d’avoir amorcé un processus de paix prometteur avec le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan. Il en est de même pour le Président turc Tayyeb Recep Erdogan, dont le pays est très actif dans la recherche d’une solution au conflit entre la Russie et l’Ukraine.
C’est dire que l’approche « résolution des conflits endémiques » est sur la bonne voie. Il en sera de même pour de la crise en Libye, de la situation dans la bande sahélo-saharienne et du conflit régional autour du Sahara marocain. La tournée de Masaad Boulos, haut-conseiller du Président américain pour le Moyen-Orient, notamment en Tunisie (le 22 juillet 2025), en Libye (le 23 juillet 2025) et en Algérie (le 27 juillet 2025) donne une idée sur la vision des États-Unis quant à la perception de la sécurité et de la stabilité dans la région.
Un air de fraicheur, le dégel des conflits gelés
S’agissant de la Libye, force est de constater qu’au lendemain de la visite de Masaad Boulos, les protagonistes libyens ont décidé de reprendre langue pour faire avancer le processus de la normalisation de la vie politique. Ils retournent aux fondements d’une solution plausible et salutaire : les conclusions des accords de Skhirat (2015) et des différents rounds de dialogue Bouznika et à Tanger (2020, 2024). Déjà, j’avais anticipé une telle évolution dans un article consacré à la Libye, estimant que la résolution de la crise en Libye se ferait à travers ce que j’ai appelé « la reconstruction par les extrêmes ».
S’agissant de la Tunisie, une mise en garde est à peine dissimulée quant à la nécessité pour les décideurs tunisiens de revoir leur feuille de route se rapportant à leurs alliances dans la région et au Moyen-Orient.
Pour ce qui est de l’Algérie, le message est encore plus clair : la nécessité de mettre fin à la duplicité et à la langue de bois. Les États-Unis réaffirment leur reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur l’ensemble de son territoire, y compris le Sahara dit occidental. Injonction est faite à l’institution militaire de s’assagir et de prendre le train en marche. Pas de mention du Polisario, ou de recours au refrain dépassé du référendum d’autodétermination devant conduire à l’indépendance. Seul le Plan d’autonomie proposé par le Maroc depuis 2007 est retenu pour une solution juste, réaliste et durable.
Naturellement, le polisario joue de l’ambivalence. Il fait circuler depuis deux jours une information sur une audience qui aurait eu lieu au Foreign Office à Londres entre son diplomate en chef et le ministre d’État britannique pour la région MENA. Silence radio à Londres, mais les observateurs avérés n’écartent pas l’idée que cette audience, si elle était confirmée, n’aurait aucun effet sur la reconnaissance de la souveraineté sur le Sahara par le Royaume-Uni telle qu’elle a été affirmée, le 1ᵉʳ juin 2025, par David Lammy, ministre des Affaires étrangères britannique à travers son soutien sans équivoque au Plan d’autonomie marocain que Londres considère comme la base la plus crédible, viable et pragmatique pour un règlement durable du différend.
Mieux, les Britanniques ne seraient pas loin, comme d’autres pays européens, de tenter de convaincre les dirigeants du Polisario de prendre leur distance vis-à-vis d’une Algérie qui se débat dans ses contradictions géopolitiques qui finiraient par la faire sombrer dans une tragicomédie existentielle.
Le Royaume-Uni cherche, à son tour, à anticiper sur les développements que connaitront les différentes initiatives atlantiques et en tirer profit pour ne pas se voir obligé de faire des concessions douloureuses dans ses territoires d’outre-mer. Le Royaume-Uni n’est pas le seul pays européen à redouter une évolution brusque sur ce dossier ; la France, l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, entre autres, redoutent qu’une lame de fond ne perturbe le calme apparent dans les territoires d’outre-mer.
La tendance de voir des pays hostiles au Maroc revenir à de meilleures dispositions en ce qui concerne la question du Sahara ira crescendo dans les mois à venir. L’Afrique du Sud en offrirait bientôt la démonstration. En effet, les gesticulations de certaines mouvances au sein du Congrès national africain (ANC) concernant la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud ressemblent à des coups d’épée dans l’eau. L’Afrique du Sud prendra bientôt le train en marche. Des forces politiques sud-africaines mettent en garde contre les tendances séparatistes en Orania et au Cap-Oriental.
Par ailleurs, les relations avec les États-Unis ne sont pas au beau fixe depuis l’expulsion d’Ibrahim Rasool, ambassadeur sud-africain à Washington en mars 2025. La visite du Président Cyril Ramaphosa à Washington en mai 2025 ne semble pas avoir amélioré les choses. Une projection dans le sens de voir Pretoria mettre de l’eau dans le vin de son hostilité à l’égard du Maroc au sujet des provinces du Sud a été faite dans un article publié en janvier 2024 (H. Hami, Dépendance stratégique et État-ascenseur : la fin de la lune de miel ; Maroc diplomatique, le 17/01/2024). Elle a été appuyée par un autre article publié récemment.
Les observateurs ont parfois la mémoire amnésique. Ils ont tendance à comprendre que l’Occident fait du changement de régime une priorité éthique, morale et inévitable pour venir en aide à des peuples dits opprimés. Ils oublient par exemple que les intermittents stratégiques étatiques ont souvent joué le rôle de nettoyeurs sans rien obtenir en échange.
Il me vient en tête le souvenir du Président français François Mitterrand qui adoptait un discours fort à l’égard des pays d’Afrique appelant à l’instauration de la démocratie et des droits de l’Homme. Il s’est rendu plus célèbre aux yeux des Africains par son discours à La Baule à l’occasion de la 16ᵉ conférence des chefs d’État d’Afrique et de France en 1990.
Dans la foulée, en Algérie, des élections démocratiques sont organisées en décembre 1991-janvier 1992. Le Front islamique du Salut (FIS) obtient une majorité confortable lors du premier tour (décembre 1991), mais le deuxième tour est annulé. Le processus aurait été avorté, car Mitterrand en aurait donné l’ordre à l’institution militaire. Il est vrai qu’à l’époque, les planificateurs politiques en France et dans certains pays européens voulaient faire de l’Algérie l’Allemagne de l’Afrique du Nord dans la foulée de la réunification allemande en 1990 et de la construction de l’Union européenne.
Ce faisant, Mitterrand n’aurait pas idée que de l’autre côté de l’Atlantique, aux États-Unis, un plan était en train d’être échafaudé : la création d’États-pivots sous trois catégories. La première est celle d’États qui ont le vent en poupe du fait de posséder des ressources stratégiques aux yeux des Américains. La deuxième catégorie est celle d’acteurs intermédiaires qui ont des ambitions hégémoniques qui remontent à l’histoire du XVᵉ-XXᵉ siècles. La troisième catégorie est celle d’acteurs mineurs qui fonctionnent selon l’horloge de la suzeraineté à deux vitesses.
Ces planificateurs ont crié victoire, à l’image de Francis Fukuyama, de Bernard Lewis, de Samuel Huntington, de Bernard-Henry-Levy, etc. Ils se sont fait planter par la contre-réaction des pays supposés avoir jeté le tablier au lendemain de la décomposition de l’Union soviétique et de la fin hypothétique de la guerre froide.
Et c’est dans la même logique que s’inscrit la dynamique autour de la stabilité dans la région du Sahel, de la crise libyenne, de la guerre civile soudanaise et naturellement de la question du Sahara marocain.
La géopolitique peut être une science exacte. Déjà en 1971, James N. Roseneau, l’un des grands théoriciens des relations internationales, avait publié un livre de référence intitulé « The Scientific Study of Foreign Policy ». Il n’avait pas été pris au sérieux en dépit de sa renommée à l’époque et qui continue à ce jour. Il avait prouvé, en écrivant une quarantaine de livres et des milliers d’articles scientifiques, que la conviction et la résilience font toujours la différence.
Je m’inscris modestement dans cette perspective. Je l’avais fait dans certaines de mes publications, dont notamment celle publiée en 2017 sous le titre « Le système international en transition, de la prolifération des acteurs au désordre programmé ». Une adhésion qui a fait que l’ensemble des articles auxquels je me suis référé dans ce papier, le prouve, ceci dit, toujours modestement, de manière cohérente et studieuse.
Une mise à jour est toujours indispensable et incontournable. C’est la mission que je me suis assignée pour enrichir une réflexion rénovée sur la géopolitique qui, mine de rien, nécessite d’être appréhendée comme on appréhende les sciences exactes.
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