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Gamal, la sacoche et Edem Kodjo

Heureusement que cette séance de fraude, lors de la réunion du Ticad au Japon, a été dûment filmée. Nous disposons là encore, et avec nous la communauté internationale, d’éléments matériels et tangibles des méthodes frauduleuses qu’utilise depuis longtemps la diplomatie algérienne pour faire admettre son rejeton, et mettre la communauté internationale devant des faits accomplis.

Le 26 août 2024 à 13h44

Cette séance est maintenant bien documentée, avec preuve matérielle à l’appui. C’est une démonstration on ne peut plus claire sur les méthodes adoptées par Alger. À chaque occasion, elle fait sortir de sa délégation, comme par miracle, l’appendice "rasd" pour l’imposer par la triche et le mensonge. Toutes les délégations présentes ont été témoins de ce flagrant délit diplomatique. Réseaux sociaux aidant, c’est l’opinion internationale qui a maintenant, sous les yeux, une autre pièce à conviction de l’implication totale de l’Algérie.

C’est donc sans scrupule qu’un membre de la délégation algérienne a sorti nonchalamment d’une sacoche placée discrètement sous la table, un écriteau. Il y mentionnait “république sahraouie“ qu’il déposa sur la table, entre Zambie et Zimbabwe sans aucun respect pour l’ordre alphabétique. Il s’y est faufilé parce qu’il n’y avait pas de place prévue par les organisateurs. En visualisant cette séquence à plusieurs reprises, je me suis remémoré une histoire de sacoche qu’un ami diplomate égyptien m’avait racontée lors de mon séjour à Rome en tant que diplomate.

Gamal, appelons-le ainsi pour les circonstances, était plus qu’un bon collègue. Expérimenté, jovial et ouvert, il avait derrière lui une longue carrière au sein de la défunte Organisation de l’Unité Africaine OUA. À Rome, il servait son pays au sein de la FAO avec abnégation et sérieux. Il était omniprésent à toutes les manifestations, représentant dignement son pays comme sait le faire la diplomatie égyptienne. En plus de cela, il adorait le Maroc où il aimait séjourner souvent avec sa petite famille, ce qui ne gâchait rien à nos relations.

Notre amitié s’est développée avec le temps. Partageant les mêmes responsabilités au sein de cette organisation, nous coordonnions nos actions et échangions volontiers des informations quand cela était nécessaire. Gamal avait par le passé accumulé une longue expérience au sein de l’OUA. Il avait, de visu, vécu l’admission de la "rasd" au sein de cette organisation et m’en parlait avec ses menus détails.

À l’époque du passage de Gamal à l’OUA, c’était le Togolais Edem Kodjo qui était secrétaire général de l’Organisation africaine. Ce dernier avait participé volontairement à cette forfaiture avant d’être désavoué par son propre président Eyadema père. Ce grave impair a brisé sa carrière qui s’annonçait à l’époque prometteuse. Faire admettre une entité ne disposant ni de territoire, ni de population et ni de reconnaissance internationale, et sur la seule volonté d’Alger, était une grave erreur impardonnable qui a plombé depuis, et pour des générations encore, toute l’Afrique.

Je racontais à Gamal que Kodjo avait non seulement quitté l’OUA, mais toute l’Afrique en se réfugiant la même année 1984 à Paris où il est devenu enseignant de l’économie de développement. Le hasard a voulu qu’il soit mon professeur au sein de l’université Paris I au cursus DESS coopération et de développement, dirigé à l’époque par Edmond Jouve. Gamal s’étonnait des circonstances de la vie qui ont amené ce cadre togolais devant des étudiants dont une majorité étaient africains qui ne partageaient pas sa position sur le Sahara.

C’est quand j’ai vu, lors de la conférence Ticad au Japon, la sacoche placée sous la table du délégué algérien, ou polisarien c’est du pareil au même, que Gamal s’est rappelé à mon souvenir. Lors de l’admission de la "rasd", Gamal était à l’époque un jeune et ambitieux diplomate égyptien au service de son pays. Il a constaté de visu, me révélait-il, les magouilles de la délégation algérienne, dans et hors la salle des réunions, pour faire admettre cette entité au sein de l’ensemble africain. Ce qui l’intriguait le plus, me disait-il, c’était le nombre de sacoches et d'attachés cases des responsables de la délégation algérienne.

Il se posait bien des questions sur leur contenu et ce qu’elles pesaient avec humour comme seul sait le faire un Egyptien. Contenaient-elles des documents ? des résolutions ? ou des discours ? ou alors des propositions pour unir le continent et faire face aux défis africains ? ou encore des espèces sonnantes et trébuchantes comme le faisaient les corsaires d’antan ? Lui et moi étions convaincus de leur contenu et surtout dubitatifs sur ces méthodes qui frôlent le banditisme.

Ces attachés-cases ont obnubilé mon ami égyptien. Une nuit, me raconta-t-il, alors qu’il dormait tranquillement à l’hôtel, là où logeait une grande partie des délégations africaines, le voilà réveillé en pleine nuit par du bruit dans les couloirs. Il ouvrit la porte de sa chambre pour s’enquérir de ce qui se passait. Et se trouva face à des membres de la même délégation algérienne, munis encore une fois de leurs sacoches. Ils étaient en négociation sérieuse avec certaines délégations africaines. Dans quel but ? Pour quels objectifs ? Seul Dieu le sait, me disait mon ami.

Tapis dans l’ombre, et dans l’obscurité, mon ami se disait que, munis de leurs sacoches, les membres de la délégation algérienne ne discutaient certainement pas les points de l’agenda du jour de la conférence. Ils préparaient l’admission le lendemain de leur entité en contrepartie de billets verts. Durant nos échanges Gamal posait également des questions sur l’état d’esprit d’Edem Kodjo à l’époque quand il fut de retour à Paris après son méfait, et où j’ai eu l’occasion de l’avoir comme professeur.

Gamal l’avait vu en tant que secrétaire général de l’OUA, et moi, étudiant à Paris à l’époque, l’ai eu juste après en tant que professeur. Kodjo avait bien changé, lui disais-je, se donnant corps et âme à son enseignement et cultivant son réseau parisien, lui qui est sorti de l’ENA promotion Blaise Pascal en 1964. Dans un cours sur la problématique des frontières en Afrique, qui a duré tout un semestre et où on défendait l’intégrité territoriale du Royaume, Kodjo n’a jamais pris position contre nous. On le sentait échaudé par ce sujet qui lui rappelle son propre échec et tant de mauvais moments.

C’est cette fameuse sacoche algérienne, observée sous la table lors de la conférence du Ticad au Japon, qui m’a rappelé tous ces souvenirs dont j’ai voulu relater ici une partie. Ces sacoches algériennes traînent depuis cinquante ans maintenant dans les couloirs des conférences et des hôtels pour acheter les consciences et les âmes. À Rome, dans les coulisses des réunions, et à la vue d’une délégation algérienne munie de gros cartables, je vois Gamal me faire un clin d’œil en me montrant de sa tête la direction à observer. C’était une complicité amicale et bon enfant. Aujourd’hui, je voudrais saluer cet ami égyptien dont j’ai perdu la trace. Je l’embrasse là où il est, et lui dit amicalement que les sacoches algériennes traînent toujours sous les tables et dans les couloirs des conférences internationales.

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Le 26 août 2024 à 13h44

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