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Samir Chaouki

Analyste en Économie & Géopolitique

Feuilles d’Afrique. OCP face aux défis de la démographie et de la géopolitique  

Le 16 novembre 2022 à 10h01

Modifié 16 novembre 2022 à 10h03

Le globe compte 8 milliards de personnes depuis cette semaine, dont 1,2 milliard en Afrique. Comment les nourrir et quel rôle pour OCP et Maroc ? Un challenge de haute voltige !

Nous étions à peine deux milliards d’êtres humains sur terre en 1950 quand l’espérance de vie ne dépassait guère 46 ans, selon le département démographie des Nations Unies. Aujourd’hui, nous dépassons le cap de huit milliards dans un monde plombé par le stress hydrique, les dérèglements climatiques, les sécheresses… D’où une tension particulière sur la sécurité alimentaire de par le monde.

Cette situation est plus critique pour le continent africain qui abrite aujourd’hui 1,2 milliard d’habitants et 2,1 milliards dès 2050 tout en étant largement dépendant des importations en céréales. Le Nigeria incarne ce boom démographique pour le continent. À 211 millions d’habitants, il est aujourd’hui le septième pays le plus peuplé au monde. En 2050, il sera troisième directement derrière l’Inde et la Chine, avec 410 millions d’habitants et devant les États-Unis.

La géopolitique des céréales

Si les Français ne s’accordent pas sur l’origine de l’adage « gouverner c’est prévoir », Théodore Steeg, résidant général du Maroc entre 1925 et 1929, était le premier à employer le fameux slogan : « gouverner c’est pleuvoir ».

Aujourd’hui, on en est là. La priorité des priorités c’est d’assurer la sécurité alimentaire à tout ce monde à commencer par l’optimisation des ressources qui deviennent de plus en plus rares, notamment l’eau, alors que la consommation connaît une trajectoire inverse et une augmentation fulgurante.

L’Afrique n’a d’autres alternatives que de renforcer sa coopération sud-sud et son intégration afin de mutualiser ses richesses et réduire son indépendance à l’égard de l’extérieur. Il faut rappeler que le continent a fait les frais de l’agression russe sur l’Ukraine puisque ces deux pays sont parmi les plus importants pourvoyeurs de céréales vers l’Afrique. D’ailleurs, la visite de Macky Sall à Moscou, en tant que président en exercice de l’Union Africaine, visait à s’assurer une continuité d’approvisionnement en contrepartie de la neutralité du continent vis-à-vis des sanctions occidentales imposées à la Russie. La géopolitique des céréales dans toute sa splendeur.

Quel rôle du Maroc à travers OCP ?

OCP est la star montante sur le plan mondial de par son leadership en production de fertilisants notamment avec la montée en puissance des cours mondiaux et le besoin progressif en engrais, conséquence d’une démographie croissante.

Conscient de son rôle notamment en Afrique, OCP a pris les devants via sa filiale OCP Africa en se déployant activement, partout en Afrique, à côté des agriculteurs. Il y a juste un mois, OCP annonçait qu’il fournira plus de 4 millions de tonnes d’engrais au continent africain afin d’atténuer les risques sur la sécurité alimentaire d’ici 2023 soit le double de la quantité y allouée en 2021.

Ceci incarne la doctrine de la diplomatie marocaine qui prône la coopération sud-sud et le traduit dans les faits. Le roi Mohammed VI n’avait-il pas dit dans le discours de retour à l’Union africaine en janvier 2017 que «ce ne sont ni le gaz, ni le pétrole qui satisferont les besoins alimentaires de base ! Or, lez grand défi de l’Afrique n’est-il pas sa sécurité alimentaire! ».  Il y a plus de cinq ans, le souverain attirait déjà l’attention sur ce que nous vivons aujourd’hui et ce qui constituera le défi majeur du globe. Et ce n’est pas pour rien que le Maroc travaille sur deux projets phares de production d’engrais au Nigeria et en Éthiopie, deux pays qui constitueront un tiers de la population africaine en 2050.

Par ailleurs, selon l’IFA (International Fertilizer Association), l’Afrique a augmenté de 70% en 10 ans sa consommation en fertilisants avec une grande marge de progression. Car la moyenne de consommation d’engrais sur le continent est de 17 kg/hectare alors que cette moyenne devrait être de 61 kg/hectare. Conscient des marges que lui offre le marché africain, et pas que, OCP dispose à Jorf de plusieurs unités de production de fertilisants et compte ouvrir de nouvelles usines jusqu’à 2025. Le marché européen se tournerait aussi vers le Maroc suite à l’embargo effectué sur la Russie, son principal fournisseur en fertilisants qui lui assurait jusqu’à 40% de ses besoins en engrais. L’Europe n’a que très peu d’alternatives puisque la Chine préfère désormais réserver l’essentiel de sa production à sa propre consommation

C’est dire que la géopolitique mondiale conjuguée aux changements climatiques et à la croissance démographique, sont autant de facteurs qui plaident pour un rôle important du Maroc via OCP pour s’ériger en garant universel de la sécurité alimentaire. L’avenir est prometteur pour le premier groupe industriel au Maroc qui réalise en 2022 un chiffre d’affaires record dépassant 11 milliards de dollars.

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