États-Unis – Iran : balle au centre
Si l’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran ne résout pas toutes les tensions régionales, il constitue un premier pas vers un dialogue indispensable, alors que la guerre se poursuit au Liban et que les différends nucléaires et géopolitiques demeurent entiers.
Les Etats-Unis et l’Iran ont conclu le mardi 7 avril un accord de cessez-le-feu temporaire qui durera quinze jours et dont l’objectif est de mettre provisoirement fin à la guerre qui les oppose depuis le 28 février dernier. Cette entente semble fragile mais elle ouvre la voie à de véritables négociations qui auront lieu à Islamabad à partir de ce samedi.
Bien que plusieurs zones d’ombre persistent encore, comme la guerre au Liban, le dossier nucléaire, ou les indemnités pour les dégâts causés dans la région, cet accord est un pas dans la bonne direction.
Depuis bien longtemps Washington et Téhéran se confrontent, dans la région et au-delà, pour défendre leurs intérêts respectifs et imposer par la force leurs influences. Ce nouvel accord conclu, bien que fragile, ne règle pas tous les litiges et les différends accumulés depuis des lustres. Il constitue cependant un moindre mal puisqu’il impose une prolongation des négociations pour deux autres semaines, dans l’espoir de trouver des arrangements définitifs. En soi c’est déjà une victoire aussi bien pour les belligérants que pour le reste du monde.
Conclu à la dernière minute, l’accord est arrivé juste à temps avant l’expiration du dernier ultimatum du président Trump qui menaçait d’"effacer la civilisation iranienne de la surface de la terre".
Même s’il est considéré comme provisoire, cet arrangement est pour Trump une victoire que lui-même qualifie de "totale et complète". Si l’ouverture du détroit d’Ormuz semble être acceptée par les deux parties, la question de l’uranium enrichi pose encore de sérieux problèmes aux parties.
Le sujet du nucléaire est un des points clés de la méfiance qui a déclenché toute cette guerre et ces destructions. Washington comme Tel-Aviv n’admettent pas que Téhéran puisse un jour développer l’arme nucléaire ou concurrencer l’arsenal nucléaire israélien dans la région.
Par ailleurs Trump, qui se rend ce mois de mai en Chine pour discuter avec Pékin des relations bilatérales et de l'ordre mondial, voudrait mettre en sourdine la guerre avec l’Iran, l’allié de la Chine dans la région.
Après l’annonce de cet accord, il a admis que les Chinois ont joué un rôle positif pour parvenir à ce cessez-le-feu, et que Pékin avait incité l’Iran à rejoindre la table des négociations pour trouver une sortie à la crise.
Dans son message sur les réseaux sociaux annonçant ce compromis, Trump a assuré avoir reçu une proposition en dix points de la part de l’Iran qui constituerait une base de négociation en vue d’un accord de paix à long terme. Pour lui, tous les points de désaccord ont été résolus, et la période de deux semaines permettrait de finaliser et mettre en œuvre un accord "final et définitif", espère-t-il.
Si Trump se déclare victorieux pour ce round, c’est un autre son de cloche qu’on entend en Iran. Le communiqué du Conseil suprême de la sécurité nationale, qui regroupe les hauts dirigeants politiques et militaires, a fait savoir que "l’Amérique criminelle" a été obligée d’accepter le plan de dix points de l’Iran. Celui-ci comprendrait selon Téhéran : un engagement de non-agression contre l’Iran, le contrôle du détroit d’Ormuz par l’Iran, l’acceptation de l’enrichissement de l’uranium pour usage civil, la levée de toutes les sanctions américaines, l’annulation des résolutions contre l’Iran au Conseil de sécurité, des réparations suite aux destructions de la récente guerre, le départ de toutes les forces militaires américaines de la région, et l’arrêt des hostilités dans toute la région, y compris au Liban.
Un jour après l’annonce de la liste iranienne contenant les 10 points, la Maison-Blanche a contesté cette version. Sa porte-parole a informé que les Iraniens étudieraient une autre proposition américaine constituée de 15 points, qui parait plus exigeante. Elle inclurait entre autres : l’engagement de l’Iran à ne pas se doter de l’arme nucléaire, la remise de ses stocks d’uranium enrichi, la limitation de ses capacités balistiques, la fin de son soutien aux groupes alliés dans la région. Cela s'ajouterait à l’ouverture du détroit d’Ormuz. Plusieurs éléments cités dans la version américaine ne figurent pas dans la liste iranienne de 10 points communiquée auparavant aux médias.
Face à cette confusion, on se demande dès lors quelle liste fera l’objet des prochaines négociations à Islamabad. Celles-ci démarreront ce samedi sous la houlette cette fois-ci du vice-président américain JD Vance, personnalité peu portée sur la guerre et moins interventionniste que Trump et ses autres conseillers.
Cette information est en soi un point positif qui pousse à l’optimisme. Mais au moment où l’Iran s’apprête à ouvrir le détroit d’Ormuz à la circulation maritime comme premier geste de bonne volonté, Israël continue pour sa part à bombarder le Liban et à tuer ses citoyens, estimant que la question libanaise ne fait pas partie du package contrairement à ce qu’affirme Téhéran.
Le mot de cessez-le-feu, trop rabâché ces derniers jours, parait trompeur dans ce Moyen-Orient où toutes les crises sont imbriquées. Sur le plan diplomatique, les Etats-Unis et l’Iran ont ouvert une petite lucarne pour arriver à une entente qui puisse être pérenne pour soulager la région et le monde.
Mais dans les faits la guerre continue au Liban avec une intensité plus grande. C’est là où se trouve la contradiction principale. Netanyahou affirme que le cessez-le-feu ne le concerne pas quand il s’agit du Liban. Pour Washington, on peut dialoguer avec Téhéran tout en laissant Tel-Aviv agir comme bon lui semble. Les Américains n’ont pas encore compris que toutes les crises dans la région sont liées entre elles, à commencer par la principale, celle de la Palestine.
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