Du côté populiste, rien de nouveau?
BERLIN – Contrairement au cliché d'une "vague" populiste qui aurait balayé le monde ces dernières années, la grandeur et la décadence des dirigeants populistes ont tendance à ne pas avoir d'effets notables au niveau transnational. Tout comme il n'y a pas d'honneur entre voleurs, il n'y a pas eu de solidarité au sein de "l'Internationale populiste" quand cela aurait vraiment compté. Les sympathisants de Trump comme le Premier ministre indien Narendra Modi, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et même le président russe Vladimir Poutine ont finalement reconnu la victoire électorale de Joe Biden.
Plus important encore, malgré l'omniprésence de Trump, ce dernier n'a jamais été un populiste typique. Les populistes de droite au gouvernement ont tendance à être plus prudents lorsqu'il s'agit de maintenir une façade de légalité et d'éviter toute association directe avec la violence de la rue. Parce que la prise d'assaut du Capitole des Etats-Unis le 6 janvier a clairement été un signe de désespoir, cet événement ne laisse pas nécessairement présager le sort des mouvements populistes (et radicaux de droite) dans le reste du monde. Le seul véritable point à retenir est que d'autres kleptocrates populistes pourraient également avoir recours à de violentes mobilisations de rue s'ils sont un jour réellement pris au piège.
Les politiciens progressistes prétendent souvent tenir compte du monde dans toute sa complexité, alors que les populistes sont de grands simplificateurs. Mais ce sont les progressistes qui ont promu le récit très simpliste d'une vague populiste mondiale, comme si les contextes nationaux particuliers n'avaient pas la moindre importance.
Selon cette théorie des dominos, adoptée avec enthousiasme par les populistes eux-mêmes, le triomphe inattendu de Trump en 2016 était censé déclencher les victoires des populistes de droite en Autriche, aux Pays-Bas et en France. En fait, c'est le contraire qui s'est produit. En Autriche, Norbert Hofer, le candidat à la présidence du Parti de la Liberté d'Autriche, un parti d'extrême-droite, a perdu après avoir adopté des bouffonneries trumpistes qui lui ont fait perdre toute ambition présidentielle. Aux Pays-Bas, le démagogue d'extrême-droite Geert Wilders a reçu le soutien de Trump, mais a eu finalement de moins bons résultats que prévu. De même en France, la défaite de Marine le Pen face à Emmanuel Macron lors de l'élection présidentielle de 2017 a confirmé ce qui était déjà clair: en fin de compte, l'euro-trumpisme n'est peut-être pas une stratégie efficace.
Il va sans dire que ce qui fonctionne dans une culture politique a des chances de ne pas fonctionner dans d'autres. Une grande part du succès des populistes dépend également des décisions de certains acteurs qui ne sont pas eux-mêmes populistes: Dans le cas des Etats-Unis, Trump a bénéficié de la collaboration des élites conservatrices reconnues et du Parti républicain. En fait, à l'exception peut-être de l'Italie, aucun parti populiste de droite n'est arrivé au pouvoir en Europe occidentale ou en Amérique du nord sans l'aide consciente d'acteurs soi-disant de centre-droit (dont la plupart n'ont jamais été tenus pour responsables de leur rôle dans l'intégration de l'extrême-droite).
En outre, même si les partis et les styles de gouvernance associés au populisme de droite finissent par se ressembler, il ne s'en suit pas que la montée des populistes ait les mêmes causes fondamentales. Une explication beaucoup plus probable de ces similitudes est que les dirigeants populistes ont appris les uns des autres de manière sélective.
Par exemple, la pratique populiste habituelle consiste désormais à faire pression sur les organisations non gouvernementales gênantes par le biais de modifications juridiques apparemment neutres. Dans ce que certains observateurs ont qualifié de "légalisme autocratique", de nombreux populistes de droite au pouvoir suivent les règles et pratiques formelles au pied de la lettre en vue de maintenir une façade de neutralité et de pouvoir renier de façon plausible certains actes politiques. Contrairement à Trump, ces dirigeants comprennent que la violence de la rue par un mouvement incontrôlable risque de déclencher une réaction à la fois au sein de leur propre pays et au sein de l'opinion publique internationale.
Même là où la violence est encouragée de facto, comme dans le cas de la persécution des musulmans en Inde sous la direction du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata au pouvoir, des personnalités comme Modi font attention à ne faire aucune déclaration officielle pouvant être interprétée comme une incitation directe. De même, le gouvernement hongrois a recours constamment à des propos racistes et antisémites, mais le premier ministre Viktor Orbán fait attention à ne jamais dépasser les coups de semonce, de peur de mettre en danger ses relations cruciales avec les chrétiens-démocrates allemands et l'industrie automobile allemande.
Bien sûr, s'il se retrouve acculé, tout populiste peut recourir aux méthodes de fin de partie de Trump: essayer de contraindre les élites à commettre des fraudes pour empêcher un transfert du pouvoir, ou déployer des extrémistes de droite sur le terrain pour intimider les législateurs. Ces actes désespérés ont montré la faiblesse de Trump. Mais il est important de noter que la plupart des républicains n'ont toujours pas reconnu la défaite de Trump, même lorsqu'il a été confronté à l'anarchie flagrante du 6 janvier.
D'autres populistes de droite pourraient bien prendre acte de ce fait. Les récents événements aux Etats-Unis ont montré que les élites qui sont prêtes à collaborer avec des régimes autoritaires sont prêtes à se montrer extrêmement tolérantes au bout du compte. Ce précédent ignominieux a de grandes chances de conserver une forme de légitimité dans d'autres pays où le capitalisme de connivence a fini par accuser le monde des affaires de comportements illégaux.
Certains populistes plus astucieux que Trump étouffent lentement la démocratie par des machinations juridiques et constitutionnelles. Mais les kleptocraties populistes de droite, fondées sur une fusion des grandes entreprises et de l'intolérance, selon les termes du journaliste indien Kapil Kamireddi, risquent de s'achever dans un grand tumulte.
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