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Elections 2026

Élections 2026 : derrière l’abstention, une demande de transparence et de résultats

À moins de quatre mois du scrutin, une étude de l’association Les Citoyens met au jour un paradoxe politique : 66,6% des répondants jugent le vote important, mais seuls 13,6% font confiance aux dernières élections. Signe d’un électorat qui ne tourne pas le dos aux urnes, mais réclame des preuves concrètes avant d’y retourner. Détails.

Élections 2026 : derrière l’abstention, une demande de transparence et de résultats
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Le 15 juin 2026 à 16h20 | Modifié 15 juin 2026 à 16h39

L'essentiel

• L’étude de l’association Les Citoyens met en évidence un paradoxe central : le vote reste largement valorisé, mais la confiance dans les résultats électoraux, les partis et les élus demeure très faible.

• Le rapport invite à lire ses résultats avec prudence : l’échantillon, majoritairement urbain, masculin et diplômé, ne prétend pas représenter l’ensemble du corps électoral, mais éclaire une frange déjà sensibilisée aux questions publiques.

• L’abstention apparaît moins comme un rejet de la politique que comme une demande de garanties : transparence du scrutin, programmes clairs, renouvellement des profils et meilleur contrôle du financement des partis.

• À moins de quatre mois des législatives de 2026, les jeunes et les femmes apparaissent comme des publics décisifs, tandis que les réseaux sociaux s’imposent comme le principal canal d’information politique des répondants.

-oOo-

Les détails

À moins de quatre mois des élections législatives de 2026, l’association Les Citoyens a publié une étude nationale intitulée "Comment les Marocains perçoivent les élections de 2026 ?".

Selon Anace Heddan, directeur général de l’association, cette étude s’inscrit dans la continuité d’un travail mené depuis plusieurs années sur les perceptions citoyennes et les formes d’engagement politique. "Notre ambition n’était pas de produire un simple sondage, mais une véritable démarche de recherche-action citoyenne permettant de faire remonter les préoccupations et les attentes exprimées sur le terrain", explique-t-il.

Le rapport appelle toutefois à une lecture prudente de ses résultats. Réalisée entre janvier et avril 2026 dans les douze régions du Royaume, l’étude repose sur 2.992 répondants et ne revendique pas une représentativité statistique complète de l’ensemble du corps électoral marocain. L’échantillon est majoritairement masculin, urbain et diplômé, avec 79,7% d’hommes, 83,2% de répondants vivant en milieu urbain et une forte proportion de participants ayant poursuivi des études supérieures. Il s’agit donc moins d’une photographie exhaustive de l’électorat que d’un indicateur sur une frange de citoyens déjà relativement sensibilisée aux questions publiques, mais dont le rapport au vote demeure fragilisé.

Un vote encore valorisé, une confiance très abîmée

L’un des principaux enseignements du rapport réside dans le contraste entre l’attachement au vote et le niveau de confiance envers les institutions politiques. Ainsi, 66,6% des personnes interrogées considèrent le vote comme important ou très important, mais seules 13,6% déclarent avoir confiance dans les résultats des dernières élections. Le rapport y voit moins un rejet de la démocratie qu’un jugement critique porté sur les acteurs, les procédures et les institutions censés l’incarner.

Cette fracture apparaît aussi dans la chaîne de participation électorale. Selon l’étude, 53,1% des répondants déclarent être inscrits sur les listes électorales, 38,7% ne le sont pas et 8,2% pensaient l’être. Pour 2026, les intentions de vote restent très partagées : 42,3% des personnes interrogées expriment une intention positive de participation, 38,6% une intention négative, tandis que 19,1% se disent encore indécises.

L’étude révèle également que 41,3% des répondants qui pouvaient voter en 2021 ont volontairement boycotté le scrutin. Pour 51,9% d’entre eux, cette abstention est liée à un manque de confiance envers les partis politiques, tandis que 22,1% estiment que leur vote ne changerait rien.

Cette défiance se reflète également dans l’image des partis et des élus. Plus de 88% des participants considèrent que les partis ne s’intéressent pas suffisamment aux préoccupations des citoyens et 90,4% estiment que les élus ne respectent pas leurs engagements. Par ailleurs, 79,5% affirment n’avoir aucun contact ou échange avec les partis politiques en dehors des périodes électorales.

Les conditions d’un retour aux urnes

L’enquête met toutefois en évidence une volonté persistante de participation, sous certaines conditions. Parmi les mesures jugées prioritaires figurent la garantie de la transparence des élections, citée par 47,6% des répondants, la présentation de programmes politiques clairs, 42,9%, l’émergence de nouveaux profils et de jeunes candidats, 40,6%, ainsi qu’un meilleur contrôle du financement des partis, 39,7%.

Contrairement à certaines idées reçues, les jeunes de 18 à 24 ans apparaissent comme la tranche d’âge la plus disposée à voter en 2026, avec 49,8% d’intentions de participation positives. Les femmes affichent également une propension à voter plus élevée que les hommes, 49% contre 39,6%, bien qu’elles déclarent rencontrer davantage d’obstacles administratifs.

L’étude souligne aussi le rôle croissant du numérique dans la formation des opinions politiques. Les réseaux sociaux constituent désormais la principale source d’information politique pour 74% des répondants, loin devant la presse électronique, 13,6%, ou la télévision, 3,4%.

Au-delà de la participation électorale elle-même, le rapport met en évidence les priorités de politiques publiques exprimées par les répondants. L’éducation arrive largement en tête, avec 50,8% des réponses, devant la santé, 21,9%, et l’emploi, 16,2%. Pour l’association, ce classement adresse un message direct aux partis : les électeurs potentiels attendent d’abord des programmes capables de répondre à des préoccupations concrètes, plus que des slogans généraux sur la gouvernance ou la vie politique.

L’étude nuance également l’idée selon laquelle l’attachement au vote conduirait mécaniquement à réclamer son obligation. Si une majorité des répondants considère le vote comme un devoir civique, seuls 28,1% se disent favorables à l’instauration du vote obligatoire, contre 52,6% qui s’y opposent et 19,3% qui ne se prononcent pas. Le vote est donc perçu comme un devoir, mais pas nécessairement comme une contrainte à imposer.

Interrogé sur les leviers susceptibles d’encourager la participation en 2026, Anace Heddan estime que la question dépasse le simple acte de voter. "Les citoyens demandent davantage de proximité, de dialogue et de redevabilité. L’enjeu n’est pas seulement d’augmenter le nombre de votants, mais de redonner du sens au vote en démontrant que la participation citoyenne peut réellement influencer les décisions publiques".

Des pistes pour restaurer le lien politique

Parmi les pistes avancées dans le rapport figurent notamment l’inscription automatique sur les listes électorales via la carte nationale d’identité, le renforcement de la transparence électorale, l’élargissement de l’observation indépendante des scrutins et une présence plus régulière des partis sur le terrain entre les élections. Le rapport recommande aussi la publication des résultats bureau par bureau dans des formats ouverts et exploitables, l’organisation de débats publics réguliers, la présentation de programmes électoraux standardisés et comparables, ainsi qu’un effort accru de pédagogie électorale auprès des citoyens.

La question de la représentation des jeunes occupe également une place importante dans le document. Interrogés sur la suppression de la liste nationale des jeunes, 32,8% des répondants estiment que c'est une erreur, tandis que 10,1% appellent à la remplacer par un autre mécanisme de représentation. Seuls 6,5% jugent cette suppression positive, alors que 53,8% déclarent ne pas avoir d’avis sur le sujet.

L’association précise enfin que ce travail ne constitue pas une initiative isolée. Deux rapports complémentaires consacrés à la perception des élections par la génération Z et par les femmes devraient être publiés prochainement afin d’approfondir l’analyse des attentes citoyennes à l’approche du scrutin de 2026.

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Le 15 juin 2026 à 16h20

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