Donald Trump, l’OMC je m’en passe aussi
L'annonce, le 2 avril, d’une taxation intensive sur toutes les importations des États-Unis a provoqué, pendant quelques jours, la panique dans les places financières et la chute en bourse des actions des grandes entreprises. Pendant ces journées noires, le président américain envoie sur son réseau le message sibyllin : c’est le moment d’acheter, puis brusquement annule les taxes sans explication, permettant l’envol des actions. L’opposition démocrate crie au scandale et accuse Trump et ses proches de délit d’initié et de profiter illégalement de la situation pour acheter en masse des actions.
Un retour en arrière sur cette journée mémorable du 2 avril peut nous éclairer davantage sur la méthode Trump pour sidérer ses adversaires, gérer les affaires de l’État et inclusivement ses propres affaires. Ce n’est qu’aux États-Unis, et nulle part ailleurs, où il semble bon de fêter dans la joie la décision de surtaxer le commerce international en dehors des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le 2 avril dernier, dans les jardins de la Maison Blanche, Trump s’est présenté devant un parterre acquis à sa cause pour annoncer la nouvelle : imposer des tarifs supplémentaires sur tout ce que les Américains consomment en provenance de l’étranger.
Dans un long discours, Trump instruit alors son administration de surtaxer toutes les importations indépendamment de leurs utilités ou de leurs origines. C’est contraire aux règles de l’OMC dites-vous, et alors ? Il n’en a pas fallu moins d’une semaine après pour que Trump revienne sur sa décision qui, entre temps, a eu des effets néfastes sur les places financières mondiales et a ébranlé le commerce international. À la surprise générale, ces impositions furent suspendues pour trois mois pour tous les pays, sauf pour la Chine, le dangereux et éternel adversaire.
Nous étions des millions à travers le monde ce jour-là accrochés aux écrans et aux décisions que le président américain débitait tout au long de sa démonstration. À chacune de ses idées, on tentait de mesurer leur impact sur nos fragiles économies et sur le commerce mondial en général. Face aux changements majeurs qu’il annonçait, la calculette ne suffisait pas pour évaluer le coût final de nos exportations. On se demandait simplement quelles étaient les vraies raisons qui l’ont poussé à adopter cette posture radicale qui a impacté, des jours durant, les places boursières des grandes capitales.
En édictant de nouvelles règles qui allaient régir le commerce de son pays avec le reste du monde, Trump a présenté la date du 2 avril comme la fête de la libération, Liberation-Day, faisant allusion à la fête nationale du 4 juillet, Independence Day. En Amérique, cela évoque également le film culte Independence Day, sorti en 1996 qui raconte l’invasion des États-Unis par des extraterrestres venus piller les ressources du peuple américain.
Pour se défendre, le film raconte la lutte des Américains pour résister aux envahisseurs. La population se réfugie alors au Nevada, pour mener la bataille de la dernière chance. Dans le scénario du film, le combat final a eu lieu un 4 juillet, jour de l’indépendance, quand les Américains se débarrassaient définitivement de leurs chaînes pour épouser la liberté. C’était le message subliminal que Trump voulait passer à ses concitoyens. Le film était de la science-fiction que seul Hollywood sait confectionner, mais Trump, lui, a tenté de le transposer dans la vie réelle des Américains.
Pour Trump, la libération se situe désormais le 2 avril. Et c’est lui qui l’a décidé et voulu ainsi, pour protéger l’économie du pays et la libérer de ses contraintes. Depuis son retour à la tête de l’exécutif, il ne se passe pas un jour sans qu’il adresse des menaces de vouloir augmenter les taxes sur toutes les importations. C’est donc ce jour du 2 avril où le couperet est tombé, mettant ainsi ses menaces à exécution et annonçant de lourds droits de douane en direction de toutes les nations. Les plus visés étaient les pays asiatiques, à commencer par la Chine, mais aussi les pays membres de l’Union européenne, censés être ses alliés.
La mise en scène de la présentation s’est poursuivie quand Trump s’est mis devant un tableau strié, mis pour la circonstance derrière lui. On y décelait les taux d’imposition pour chaque nation, dans des rubriques alignant taux et pourcentages. Seuls quelques pays exportateurs vers l’Amérique y figuraient. La liste exhaustive de tous les pays concernés fut publiée plus tard sur les réseaux sociaux de la Maison Blanche. Le calcul de l’administration Trump s’est articulé sur un droit de douane plancher de 10% sur toutes les importations, et des surtaxes progressives pour les pays jugés hostiles aux États-Unis.
Tout ce qu’ils font pour nous, nous le ferons pour eux, dixit Trump en résumant au mieux sa pensée, après avoir détaillé ses commandements taillés par le feu sur son tableau. Dans son analyse, il justifie son initiative par le manque de réciprocité dans les relations commerciales avec les autres nations, à cause des droits tarifaires et autres non-tarifaires. Il y ajoutera, pour se justifier, toutes les autres réglementations qu’on impose aux exportations américaines comme les normes sanitaires, environnementales, en passant par les mesures fiscales qui handicapent l’économie américaine.
Dans cette attaque d’envergure, tous les pays n’étaient pas logés à la même enseigne. Les Asiatiques sont les plus visés et les premiers à faire les frais de cette offensive commerciale pour le moins brutale. Leurs taux d’imposition étaient fixés à 24% pour le Japon, 26% pour l’Inde, 46% pour le Vietnam, et 49% pour le Cambodge. Cependant, c’est la Chine qui s’est trouvée dans le point de mire de Trump en subissant la foudre du républicain. Une nouvelle taxe de plus de 34% sur les exportations chinoises, qui s’ajoutent aux 20% de droits additionnels déjà mis en place. Au total, les exportations chinoises furent les plus taxées avec un taux dépassant les 120%.
En revanche, les exportations des pays de l’Union européenne prenaient 20% de taxes supplémentaires. La réponse de Bruxelles fut dès le départ molle à l’égard de Washington. Derrière leur façade d’un semblant d’unité, les Européens font face à plusieurs défis, dont le premier est leur désunion. La guerre en Ukraine et ses conséquences, les difficultés politiques internes en Allemagne, qui se trouve en transition politique, ou en France, où la majorité demeure fragile, sont de réels handicaps pour s’opposer fermement à Trump. Pour sauver l’honneur, Bruxelles signifiait, gentiment, aux Américains qu’elle pourrait envisager une riposte équivalente.
"Protéger les industries américaines locales"
En distribuant ces taux d’imposition à la va-vite, on se demandait comment l’administration américaine a pu définir, pour chaque pays, ces taux de douane avec une telle précision et si cela répondait à une logique quelconque. Tout laisse apparaitre que les Américains ont procédé à ces calculs en prenant en compte plusieurs critères qui handicapent leurs propres exportations dans les marchés extérieurs. Leur administration a évoqué les manipulations monétaires, les barrières tarifaires et non-tarifaires, et les normes sanitaires, entre autres, qui pèsent lourdement sur leurs exportations et leur balance commerciale dans les marchés étrangers.
D’autres analystes américains sont restés au contraire dubitatifs, ne comprenant que peu ces calculs à l’emporte-pièce qui ont mené vers l’imposition de surtaxes exorbitantes qui ne se basent sur aucune logique rationnelle. Ils donnent pour exemple les taxes imposées aux îles lointaines, comme les Îles Heard ou McDonald, comptabilisées comme pays alors qu’elles font partie de l’Australie. De même pour la Guadeloupe, la Martinique, Guyane ou Mayotte, territoires français d’outre-mer imposés à 10%, alors que la Réunion l’était à 37% et que la France métropolitaine l’a été à 20%.
Cependant, pour Trump, le but ultime de toutes ces décisions radicales parait, à première vue, de protéger les industries américaines locales, comme les industries d’acier et d’aluminium, et éventuellement de spéculer comme il aime faire. Il estime que les entreprises américaines sont désavantagées par rapport à leurs concurrentes étrangères, en raison des pratiques commerciales internationales jugées déloyales. D’autres enjeux furent évoqués par le passé, comme la réduction du déficit commercial abyssal ou la protection des emplois dans des activités industrielles clés devenues moins compétitives par rapport à la concurrence étrangère.
Dans la pensée de Trump, toute cette tempête médiatique lui sert d’abord à exercer des pressions continues sur les autres nations. Son objectif ultime est de les inhiber autant que possible afin d’obtenir les résultats escomptés. Il voit la concurrence commerciale comme une guerre permanente pour gagner des parts de marché. Il affectionne la remise en cause des règles et des accords, bilatéraux ou multilatéraux, pour renégocier d’autres, bien meilleurs, qui puissent lui profiter. Quand il évoque la Chine, son pire cauchemar, il critique les subventions gouvernementales de Pékin et le vol de propriété intellectuelle, comme si l’Amérique n’en usait jamais.
Peu porté sur le multilatéralisme, Trump ne se réfère que rarement à l’Organisation mondiale du commerce pour résoudre les différends commerciaux. Il ne fait pas confiance à l’OMC pour régler ses litiges commerciaux, comme à l’ONU d’ailleurs pour les affaires politiques. Pourtant, l’Amérique a joué un rôle crucial durant la période du GATT et dans les pourparlers pour la création de l’OMC en 1995. Son rôle était majeur pour la définition des règles du commerce international et la structuration de l’organisation pour régir, à juste titre, les échanges commerciaux entre nations.
Par le passé, les Américains avaient su utiliser intelligemment le mécanisme de règlement des différends pour contester les pratiques de ses concurrents qu’ils jugeaient souvent illégales. C’était le cas pour les subventions aux industries aéronautiques entre Boeing et Airbus et sur bien d’autres secteurs d’activités. Déjà, dès le premier mandat de Trump de 2017 à2021, les relations entre Washington et l’OMC commençaient à empirer. Trump ne ratait aucune occasion pour critiquer les positions de l’organisation et la dénigrer, parce qu’elle était trop favorable aux pays en développement selon lui. Pour faire des affaires, Trump a bien compris la mécanique et rodé la technique : dérégler et déréguler les lois pour imposer sa politique et s’imposer.
à lire aussi
Article : Cinéma. Dans “Calle Málaga”, Maryam Touzani célèbre la vie et lève le tabou de la vieillesse
Né de la douleur, de la perte et du besoin de garder vivant le souvenir de sa mère, le nouveau film de Maryam Touzani se veut un hommage à la renaissance. Dans les rues de Tanger, la réalisatrice nous confie son souhait de transformer la vieillesse en un privilège et de faire de la fiction un espace de liberté pour filmer la persistance de l'être et l'amour de la vie.
Article : Race to the bunkers: Algiers rattled by the FAR’s technological rise
Satellite images circulating on social media point to unusual activity across the border. The Algerian army appears to be stepping up the construction of underground structures, underscoring its concern over the precision of Moroccan strike systems.
Article : Mondial 2030. Où en sont les chantiers des stades de Casablanca ?
Casablanca accélère la modernisation de ses infrastructures sportives à l’approche de la Coupe du monde 2030. Plusieurs stades emblématiques de la ville font l’objet de projets de réhabilitation ou de reconstruction, avec des investissements importants mobilisés. Round-up.
Article : Sahara : malgré ses efforts, Alger se heurte à une ligne américaine inchangée
En marge de l’Antalya Diplomacy Forum, en Turquie, le ministre des Affaires étrangères algérien et le haut conseiller du président américain pour le monde arabe et l'Afrique ont échangé autour de plusieurs "sujets d'actualité", dont le Sahara. Mais derrière les formules convenues du texte algérien, l'appui américain à l'intégrité territoriale du Maroc demeure clair et inchangé. Relevant depuis décembre 2020 de la logique de la continuité étatique, la position de Washington s'inscrit désormais dans la durée, indépendamment des alternances politiques internes ou des efforts diplomatiques engagés par Alger. Analyse.
Article : OCS-USMA (Coupe de la CAF) : quelle heure, quelles chaînes
L’Olympique de Safi aborde un tournant majeur de son histoire en accueillant l’USM Alger, le dimanche 19 avril 2026, en match retour des demi-finales de la Coupe de la Confédération africaine de football (CAF).
Article : Prévisions météorologiques pour le dimanche 19 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le dimanche 19 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie (DGM) : - Temps assez chaud à […]