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De l'honnêteté pour aider le processus de paix au Moyen-Orient

Trop de personnes meurent chaque semaine en Israël et dans les territoires palestiniens occupés tandis que des millions vivent dans la peur et le désespoir. En réponse, le monde a produit trop de déclarations et trop peu d'actions. Cela doit changer.

Le 22 mars 2023 à 11h10

BRUXELLES - L'Union européenne et la communauté internationale doivent faire davantage. Nous savons que les citoyens du monde entier attendent de nous que nous prenions position et que nous travaillions pour la paix, la justice et le droit international partout dans le monde. Mais pour agir efficacement, nous devons d'abord être honnêtes les uns envers les autres et envers nous-mêmes.

Être honnête implique tout d’abord de reconnaître que l'extrémisme monte des deux côtés. Les attaques aveugles font de très nombreuses victimes. La violence des colons israéliens en Cisjordanie menace de plus en plus la vie et les moyens de subsistance des Palestiniens, et cela presque toujours en toute impunité. Les opérations militaires israéliennes provoquent aussi fréquemment la mort de civils palestiniens, souvent sans que les responsables aient à répondre de leurs actes ; les colonies illégales s'étendent sur les terres occupées ; et le délicat statu quo concernant les lieux saints s'effrite. Alors que les Israéliens peuvent compter sur un État et une armée forts, les Palestiniens n'en disposent pas. Cette profonde inégalité dans la capacité à maîtriser son propre destin est visible à chaque poste de contrôle. Ces actes constituent autant d’obstacles à la paix.

En Europe, les acteurs réagissent souvent différemment aux événements dans la région. Il n’y a pas de raison cependant que cela empêche l'UE d'agir. Nous avons tous été alarmés par les récents développements, et nous partageons tous le même objectif ultime : voir un État d'Israël vivant en sécurité et reconnu dans le monde entier, vivre en paix aux côtés d'un État de Palestine vivant en sécurité et reconnu dans le monde entier. Cette solution permettrait aux deux parties de jouir de la liberté, de la prospérité et de relations pacifiques avec leurs voisins.

Nos propres intérêts sont également en jeu. Nous voulons la paix parce que la fin du conflit améliorerait nettement la sécurité internationale. Nous voulons la paix parce que nous reconnaissons le droit d'Israël et de la Palestine à exister, et parce que nous défendons le droit international partout dans le monde. Nous voulons la paix parce que nous partageons des liens avec tous les peuples de Terre Sainte, et parce qu'elle serait bénéfique pour la stabilité et la prospérité régionales. Enfin nous voulons la paix parce que le terrorisme est une menace partout.

Mais alors que l'UE, l'Autorité palestinienne et une part significative de l'opinion publique israélienne soutiennent la solution à deux États, le Hamas ne reconnaît pas le droit à l'existence d'Israël et l'accord de coalition du gouvernement israélien actuel nie le droit des Palestiniens à disposer de leur propre État. La droite israélienne nie en effet de plus en plus l'existence même de l'occupation.

Aujourd’hui, ni le camp israélien ni le camp palestinien ne sont prêts pour la paix. Du côté palestinien, on manque d'unité et la légitimité démocratique est insuffisante. Toutes les factions palestiniennes devront renoncer au terrorisme et surmonter leurs divisions politiques. Du côté israélien, il faut d’urgence mettre un terme à la construction de colonies et à la violence des colons, et accepter de négocier la création d’un État palestinien indépendant.

Un effort collectif s'impose

Ces dernières années, la communauté internationale a échoué à conduire des efforts de paix substantiels entre les parties. Nos amis américains tentent depuis longtemps d'aider à rapprocher les parties, et les récents accords de normalisation (les accords d'Abraham) entre Israël et certains de ses voisins arabes ont apporté une contribution significative à la stabilité régionale. Mais ils n'ont aucunement fait progresser la paix israélo-palestinienne. Si les États-Unis demeurent essentiels pour le succès du processus, nous ne pouvons plus laisser le travail le plus difficile aux seuls diplomates américains. Nous avons plutôt besoin d'un effort véritablement collectif qui implique les États arabes, l'Europe, les États-Unis et d'autres.

Après cet exposé honnête des faits, que devons-nous faire ? Nous devons avant tout intensifier les efforts internationaux pour une nouvelle dynamique de paix. Si nous ne pouvons pas forcer les parties à s'asseoir à la table des négociations, nous pouvons déblayer le terrain et les aider à s’y préparer.

En 2013, l'UE avait proposé un "ensemble sans précédent de mesures de sécurité et de soutien économique et politique" si les parties parvenaient à un accord de paix. Dans cette optique, j'ai chargé le représentant spécial de l'UE, Sven Koopmans, de travailler avec la Commission européenne et nos États membres pour donner un contenu à cette proposition. Je lui ai également demandé d'élaborer (avec nos partenaires) des propositions concrètes pour un processus régional global visant à instaurer la paix à la fois entre Israël et la Palestine et entre Israël et tous ses voisins arabes.

En février dernier, j'ai rencontré le ministre des affaires étrangères d'Arabie saoudite, le prince Faisal bin Farhan al-Saud, et le secrétaire général de la Ligue arabe, M. Aboul Gheit. Nous avons convenu de relancer et de développer l'initiative de paix arabe de 2002 en y ajoutant le "paquet" européen. Pour mener à bien ce travail, nous collaborerons aussi étroitement avec d'autres partenaires arabes et internationaux.

Avec ce processus, il s’agit de montrer la façon dont Israël et la Palestine seraient intégrés dans la région s'ils font la paix. Il nous faut envisager les types de coopération sécuritaire, politique et économique que la paix rendrait possibles, ainsi que la manière dont toutes les parties pourraient relever les défis communs liés à l'eau, à l'énergie, aux infrastructures et au changement climatique.

C'est le moment d'explorer ce que nous pouvons tous apporter à la paix israélo-palestinienne lorsqu'elle arrive. Il est clair cependant que ni l’Europe ni quiconque ne mettront en œuvre ces contributions tant qu'il n'y aura pas d'accord de paix israélo-palestinien. Nous ne devons pas non plus espérer que nos promesses de soutien suffiront pour parvenir à ce résultat. Il n'en reste pas moins qu’il faut mettre fin au cycle actuel de violence et que nous pouvons jouer un rôle important en aidant les parties à réfléchir à leurs options.

Pour être clair, je ne suis pas en train d'annoncer une initiative de paix européenne. À ce stade, nous discutons avec d’autres et réfléchissons à la manière dont nous pouvons nous préparer pour le jour où Israéliens et Palestiniens seront prêts à négocier. Et nous pouvons rapprocher ce jour en brossant un tableau plus précis de ce que serait une paix régionale. L'honnêteté exige en tout cas de considérer que nous ne pouvons plus nous permettre d'attendre davantage.

© Project Syndicate 1995–2023

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Le 22 mars 2023 à 11h10

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