Albares enfin en Algérie
Entre rééquilibrage diplomatique, intérêts énergétiques et rivalités régionales, Madrid et Alger tentent de renouer le dialogue après plusieurs années de crispations sur fond de tensions liées au dossier du Sahara marocain.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, s’est rendu fin mars en Algérie pour une visite de deux jours. C’est son premier séjour officiel tant attendu par les autorités algériennes pour reprendre langue avec notre voisin du nord avec lequel Alger s’est fâché sur fond du dossier du Sahara marocain.
On se souvient de l’épisode du séjour en catimini du chef du polisario Brahim Ghali en Espagne en avril 2021 pour se soigner du coronavirus. Et on a tous en mémoire la complicité et le comportement, pour le moins inamical à notre égard, de la ministre espagnole des Affaires étrangères de l’époque, Arancha Gonzales Laya, qui lui a coûté son maroquin.
De son lit d’hôpital, Ghali a été interrogé par la justice espagnole suite aux diverses plaintes déposées contre lui en Espagne pour tortures et génocide. Ce n’est qu’après d’âpres négociations que le dirigeant du polisario a été exfiltré, loin des yeux des caméras et des journalistes, vers Alger.
Pour faire bonne figure, le général Chengriha, accompagné du président Tebboune, lui rend visite à l’hôpital pour saluer sa convalescence et sa bonne étoile d’avoir échappé à la justice espagnole. En juillet 2021, Laya est remplacée par Albarez, ministre plus posé, qui souhaitait inventer un nouvel équilibre avec ses voisins du sud de la Méditerranée pour mieux servir les intérêts espagnols.
Pour reprendre une nouvelle relation avec le Maroc, Madrid n’avait plus de choix que d’épouser des nouvelles réalités imposées sur le dossier saharien. Toute amélioration de nos rapports passait obligatoirement par la reconnaissance de notre intégrité territoriale.
Il a fallu attendre moins de huit mois, en mars 2022, pour voir les autorités espagnoles s’approcher de la position du Maroc, en reconnaissant l’autonomie comme seule option au différend saharien. Cette nouvelle position espagnole est, du reste, celle contenue dans la récente résolution 2997 du 31 octobre dernier qui est venue confirmer la justesse de la nouvelle position espagnole.
Pour Alger, la pilule fut amère à avaler. L’Algérie qui réclame haut et fort qu’elle n’est pas partie au conflit ne comprenait pas pourquoi les autorités espagnoles s’approchaient davantage de Rabat sur ce dossier à leurs détriments. En guise de protestations, et comme à leur habitude, les autorités algériennes prennent trois actes immédiats et irréfléchis : suspension du Traité d’amitié et de coopération, gel des échanges commerciaux sauf le gaz, et enfin le rappel immédiat de leur ambassadeur.
Après l’Espagne, c’est le tour de la France
Comme un balancier, les relations entre l’Espagne et l’Algérie ne commencent à se réchauffer qu’avec la détérioration cette fois-ci des relations franco-algériennes.
Pour Paris, la question algérienne reste un problème structurellement insoluble parce qu’elle répond à une double logique : d’être une question domestique tout en étant un casse-tête de politique extérieure. Depuis l’indépendance de l’Algérie, qui, faut-il le rappeler, fut un département français, les autorités algériennes font de la détestation de la France un axe de l’identité nationale, et un motif classique pour haranguer les foules.
La lettre adressée par le président français Macron au Roi Mohammed VI le 30 juillet 2024, stipulant que le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine, a mis, à elle seule, le feu aux relations franco-algériennes. Elle a eu comme effet de rapprocher davantage l’Algérie de l’Espagne, et de renouer avec elle pour ne pas perdre sur les deux tableaux.
On aimerait comprendre cette logique de rompre avec chaque pays qui reconnait la marocanité du Sahara, et pourquoi l’Algérie n’a pas réagi face aux décisions prises par les Etats-Unis ou le Royaume-Uni ? Il a donc fallu à Alger cinq ans d’errance diplomatique avec l’Espagne, depuis le séjour du chef du polisario en Espagne en 2021, jusqu'à cette visite d’Albares, pour que l’Algérie prenne conscience de son isolement et de la vacuité de sa politique antimaroocaine.
Pour l’Espagne, cette première visite d’Albares en Algérie est une réussite. Elle lui a permis, et à moindre frais, de réactiver le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé en 2002, mais suspendu depuis le rapprochement entre Rabat et Madrid en 2022.
Les discussions avec les membres du gouvernement algérien, dont ceux des affaires étrangères Ahmed Attaf et des Hydrocarbures Mohamed Arkab, ont permis d’évoquer les dossiers relatifs à la migration et à la lutte contre le terrorisme. Au niveau gazier, l’Espagne a été rassurée du maintien de ses importations de gaz algérien avec des promesses d’augmentation possible des livraisons.
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