Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.A l’ombre du marronnier d’été
Pour ceux qui ont choisi les plages comme pour ceux qui ont opté pour la montagne, voici venu le temps de lire. C’est du moins ce que disent certains média et journalistes empathiques, dévoués et généreux en bons conseils.
Lorsqu’on chronique depuis un certain temps, on a beau résister au marronnier de l’été (ce tic de la presse qui consiste à revisiter chaque année le même sujet), il est rare que l’on y parvienne. Celui de l’été, avec ses vacances et ses lectures dites estivales (comme s’il en est d’hivernales), s’impose "à l’insu de notre plein gré" comme une évidence, mais aussi comme une délivrance tant on peine à lui trouver un substitut. Les bons sujets, comme les bonnes idées, sont rares, et les deux nous viennent rarement. Alors va pour les lectures d’été !
Les vacances d’été sont, nous dit-on depuis qu’elles existent, "cette occasion idéale pour s’amuser, passer beaucoup de temps avec la famille et les amis, apprendre et voyager". Présentées ainsi, le concept est séduisant, du moins pour ceux qui peuvent remplir tous ces critères : moyens financiers, famille, amis et du temps à leur consacrer.
C’est du reste ce que l’on nous a toujours répété à l’école à la fin de l’année scolaire. Avec la promesse de raconter nos vacances à la rentrée dans une rédaction qui sera lue en classe à la fois pour juger nos capacités scolaires et narratives, mais aussi pour apprécier le lieu de nos escapades estivales.
En remontant le temps et les souvenirs d’écolier, je dois avouer que les meilleures vacances dont j’aie entendu parler étaient celles racontées par ceux qui n’ont pas bougé de leur quartier. Souvent les impécunieux et les nécessiteux font d’excellents conteurs. Et pour cause. Parce que d’abord ce sont des rêveurs et ensuite ils ont eu beaucoup de temps pour s’ennuyer et donc pour lire. L’oisiveté n’est pas toujours la mère de tous les vices et peut engendrer parfois quelques vertus.
Par ailleurs et si l’on en croit le "marronnier" des lectures estivales, les vacances d’été sont un moment idéal pour lire des livres que certains médias, un peu partout dans le monde, conseillent et sélectionnent spécialement pour l’occasion. Bien sûr, il y a toujours eu ces romans d’été sous forme de gros pavés, contenant des histoires légères parsemées d’intrigues qui ne font pas de nœuds dans le cerveau et de personnages avenants et positifs. Ces livres dodus servent le plus souvent comme oreiller posé sur la serviette pour l’empêcher de s’envoler au cas où un petit vent sablé venait à la soulever. Ils peuvent avoir divers usages aussi, comme caler par exemple le parasol ou soutenir la tête lors d’une petite sieste.
Les nouvelles sélections se veulent désormais plus soutenues ou plus "intelligentes" afin de ne pas bronzer idiot. Mais pour se donner plus de légitimité, certains journaux ou sites électroniques internationaux consultés --car ils se sont imposés au chroniqueur par ces faux hasards et sérendipité algorithmiques-- font appel à des auteurs plus ou moins confirmés qui dressent et conseillent une liste de livres à emporter à la plage, ou à la montagne, c’est selon.
Car on ne lit pas, semble-t-il, sur le sable comme on lirait sur les cimes des montagnes. Mais les choix en la matière se veulent un peu plus subtils et répondant à des considérations, diront-ils, plus idiosyncratiques. De l’idiosyncrasie comme étant, selon la définition, le caractère ou le comportement propre à chaque individu. En tout état de cause, on dresse une liste aléatoire de lectures légères mais pas bêtes, bien écrites mais pas mièvres ; des romances qui sentent la mer, l’iode, l’herbe fraichement coupés et l’odeur du jasmin emportés par une brise marine jusqu’aux terrasses ombragées qui donnent sur l’océan à l’heure de l’apéro. L’évasion dans l’évasion. Les vacances en double.
Et pour les estivants qui ont opté pour la montagne, ce seront les mêmes ingrédients, l’écume des vagues en moins et les hauteurs des cimes en sus. On ne vous proposera pas les affres d’un Kafka, même sur les rivages nippons d’un Murakami frôlant le fantastique, ni la grisaille d’un Kundera emplies d’angoisses pragoises ; pas même le bleu solaire d’un "été à Tipaza" d’un Camus en émoi ou le souffle tellurique de l"Agadir" d’un Khair-Eddine vitupérant et tout le tremblement… En vacances, pour lire heureux, il faut lire léger. Et pour ne pas bronzer idiot, la meilleure crème solaire, c’est la littérature élémentaire !
Mais pourquoi donc les lectures d’été devaient-elles être légères et reposantes ? La question ne se pose certainement pas pour ceux qui aiment lire en tous lieux et par tous les temps. Quant à ceux qui lisent peu ou rarement, n’est-ce pas l’occasion propice pour s’y mettre et pour lire ce que bon leur semble!? Mais certains journaux, écrits plus qu’audiovisuels, tiennent à leur marronnier d’été et ne peuvent s’empêcher de suggérer des lectures. Tenant compte du confort mental de leurs lecteurs et soucieux de ménager leur fatigue intellectuelle, ils leur fourguent de bons conseils tout en sachant que les bons conseils ne font du bien qu’à ceux qui les donnent.
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