Fusion Sanlam-Allianz : marché, réseau, RH… Yahya Chraïbi détaille les ambitions du nouvel ensemble

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Par | Le 7/7/2026 à 15:32
La fusion entre Sanlam Maroc et Allianz Maroc change la dimension de la compagnie et renforce son poids sur le marché de l’assurance. Leadership dans la non-vie, réseau de distribution élargi, capacité d’investissement de 25 MMDH, intégration des équipes et des systèmes d’information… ce que cette opération change, point par point, pour le nouvel acteur de l’assurance dans le Royaume.

L'essentiel

  • La fusion entre Sanlam Maroc et Allianz Maroc donne naissance au quatrième acteur du marché de l’assurance, avec 14% de parts de marché et plus de 8 MMDH de primes agrégées au titre de 2025. Le nouvel ensemble conforte surtout son leadership dans la non-vie, avec près de 23% de parts de marché.
  • La compagnie dispose désormais de plus de 750 points de vente, contre près de 550 auparavant, sert plus de 6 millions d’assurés et couvre 237 villes et 230 localités rurales. Sa capacité d’investissement dans l’économie marocaine atteint près de 25 MMDH.
  • La fusion a été préparée pendant plus de deux ans, ce qui a permis de limiter son impact social grâce, notamment, au gel anticipé des recrutements. Sanlam Maroc affirme avoir réalisé la quasi-totalité des ajustements RH, les quelques doublons restants concernant essentiellement des postes de management.
  • Après les inquiétudes exprimées par une partie des agents d’Allianz Maroc, la compagnie affirme avoir trouvé des solutions sur les principaux points de friction, notamment le recouvrement. Elle a également garanti qu’aucune agence ne serait fermée, tandis que la convergence des systèmes d’information et des processus entre désormais dans sa phase d’exécution.

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Les détails

Depuis le 2 juillet 2026, Sanlam Maroc et Allianz Maroc ont officiellement fusionné. Dans la foulée, Sanlam Maroc a tenu, ce mardi 7 juillet, une conférence de presse pour revenir sur les enjeux de cette opération et présenter les ambitions du nouvel ensemble.

Pour Yahya Chraïbi, directeur général de Sanlam Maroc, la fusion repose d’abord sur la complémentarité de deux compagnies historiquement ancrées dans le paysage économique marocain, qui ont accumulé, au fil des années, des expertises distinctes.

Une fusion pour "créer un acteur plus utile"

"On a deux acteurs qui ont des cultures très fortes et des expertises très complémentaires", a-t-il expliqué. Du côté de Sanlam Maroc, le directeur général met notamment en avant une culture de l’innovation, construite au fil des transformations successives de la compagnie, ainsi qu’un fort ADN de proximité.

Cet ancrage repose en particulier sur le réseau d’agents exclusifs de la compagnie, qui comptait près de 550 points de vente avant la fusion. "C’est vraiment quelque chose qui différencie très fortement Sanlam au Maroc", a souligné Yahya Chraïbi, qui cite également la qualité de service parmi les axes stratégiques développés par la compagnie.

Allianz Maroc apporte, de son côté, des expertises complémentaires, notamment sur les risques techniques et les risques d’entreprise, segments sur lesquels Sanlam Maroc était moins positionnée, mais également sur l’assurance vie et le service premium.

"L’idée aujourd’hui, c’est vraiment de faire se rejoindre deux acteurs avec des cultures et des expertises extrêmement fortes et complémentaires", a résumé le directeur général.

Au-delà de cette complémentarité, la fusion répond, selon lui, à l’évolution rapide de l’économie marocaine et, avec elle, des besoins des particuliers, des professionnels et des entreprises. Les grands projets d’infrastructures engagés au Maroc participent notamment à cette transformation et font émerger de nouvelles attentes auxquelles les assureurs doivent pouvoir répondre.

"On s’est dit que chacun de son côté, on serait plus limité pour répondre à ces besoins et qu’en réunissant nos forces, on pourrait aller plus loin, mieux anticiper les besoins de nos clients et y répondre de manière de plus en plus fine", a-t-il expliqué.

Yahya Chraïbi insiste, à ce titre, sur le caractère volontaire et stratégique de l’opération. "Cette fusion est le choix d’une conviction de nos actionnaires, pas simplement d’un non-choix : la conviction qu’en fusionnant ces deux entités, on pourrait créer un acteur plus utile. Pas forcément un acteur plus grand, mais pas seulement".

La nouvelle compagnie entend ainsi capitaliser sur les pratiques et les expertises développées de part et d’autre pour améliorer ses parcours clients et sa qualité de service. "On prend le meilleur des deux mondes", résume le directeur général. La même logique doit s’appliquer en matière d’innovation, domaine dans lequel les deux compagnies ont développé leurs propres capacités au cours des dernières années.

La fusion permet également de réunir les compétences des deux entités dans un marché où le recrutement des profils spécialisés reste difficile. "Aujourd’hui, le marché est extrêmement tendu. Ce n’est pas simple de trouver les bonnes ressources. En fusionnant ces deux entités, on a aujourd’hui, je suis assez fier de le dire, les meilleures expertises et les meilleures compétences du marché", a affirmé Yahya Chraïbi.

Un réseau de 750 points de vente et une capacité d’investissement de 25 MMDH

La fusion doit également permettre à Sanlam Maroc de renforcer sa proximité avec ses clients. Avec plus de 750 points de vente, contre près de 550 auparavant, la compagnie revendique désormais la première place en matière de réseau de distribution au Maroc.

"Avec 750 points de vente, on devient de très, très loin le premier réseau marocain et ça renforce très, très fortement notre proximité avec nos clients", a affirmé Yahya Chraïbi.

Mais les ambitions du nouvel ensemble ne se limitent pas au marché des particuliers. Le directeur général insiste également sur le renforcement des capacités de la compagnie auprès des professionnels et des grandes entreprises, dans un contexte marqué par la multiplication des grands projets d’infrastructures au Maroc.

L’adossement aux groupes internationaux Sanlam et Allianz doit, à ce titre, permettre à la compagnie de disposer de capacités de souscription plus importantes sur le marché des risques d’entreprise. "Sur des sujets où, jusque-là, on devait y aller en coassurance ou avec le soutien de réassureurs peut-être hors groupe, aujourd’hui, avec cette fusion, on est capable d’aller adresser d’énormes sujets avec des engagements financiers extrêmement lourds en restant dans le cadre du groupe", a expliqué Yahya Chraïbi.

Une évolution que le directeur général présente comme particulièrement importante pour la clientèle des grandes entreprises, alors que les projets d’envergure se multiplient dans le Royaume.

La fusion renforce également la capacité d’investissement de la compagnie dans l’économie nationale. Celle-ci atteint désormais près de 25 MMDH. "Une compagnie d’assurance, c’est aussi sa capacité à investir dans l’économie nationale", a rappelé le DG. "On va pouvoir être un acteur encore plus influent dans l’économie locale", a-t-il poursuivi.

Un nouvel ensemble au quatrième rang du marché, leader renforcé de la non-vie

Le rapprochement entre Sanlam Maroc et Allianz Maroc modifie sensiblement le positionnement de la compagnie sur le marché marocain de l’assurance.

Le nouvel ensemble se hisse désormais au quatrième rang du marché global, avec une part de marché de 14% et plus de 8 MMDH de primes agrégées au titre de l’exercice 2025.

Cette position reste toutefois marquée par une forte prédominance de la non-vie, métier historique de Sanlam Maroc. Sur ce segment, la compagnie conforte son rang de leader, avec plus de 7 MMDH de primes.

En assurance vie, Sanlam Maroc entend poursuivre une stratégie différente de celle des acteurs adossés à des groupes bancaires, en développant notamment de nouveaux canaux de distribution, dont les unités de compte.

"On n’a pas de partenaire bancaire sur la bancassurance, mais c’est devenu un choix. C’était probablement subi au départ, on n’a pas de lien capitalistique avec une banque, mais au fur et à mesure, c’est devenu une vraie stratégie", a expliqué Yahya Chraïbi.

Le directeur général assume ainsi une stratégie davantage tournée vers la rentabilité que vers la recherche de volumes. "On ne joue pas la taille, on joue plutôt la profitabilité. On essaie d’aller chercher des lignes de croissance sur la vie qui ne sont pas celles de la bancassurance", a-t-il souligné.

Sur la non-vie, que Yahya Chraïbi qualifie de "terrain de jeu naturel" de la compagnie, la fusion porte la part de marché du nouvel ensemble à près de 23%, confortant sa position de leader.

Dans l’automobile, où Sanlam Maroc et Allianz Maroc disposaient déjà de positions importantes, la nouvelle compagnie conserve son leadership avec plus de 4 MMDH de primes.

Plus de 6 millions d’assurés et une présence dans 237 villes

La taille du nouvel ensemble se mesure également à son portefeuille de clients. À l’issue de la fusion, la compagnie compte désormais plus de 6 millions d’assurés.

"C’est phénoménal. Je pense qu’on ne réalise pas ce que ça implique. Quand vous ramenez ça à la population marocaine, c’est extrêmement significatif", a relevé Yahya Chraïbi.

Pour servir cette clientèle, Sanlam Maroc entend notamment capitaliser sur l’étendue de son réseau de distribution. La compagnie dispose désormais de plus de 750 agences exclusives, couvrant 237 villes et 230 localités rurales.

Une présence territoriale que le DG considère comme un avantage concurrentiel majeur, notamment dans la gestion des sinistres, où les assurés continuent de rechercher un contact direct et une proximité avec leur interlocuteur.

Plus de 240 ans d’histoire cumulée et 300.000 collaborateurs

Le nouvel ensemble entend également capitaliser sur son adossement aux groupes Sanlam et Allianz. À eux deux, les deux groupes représentent plus de 240 ans d’histoire cumulée, 300.000 collaborateurs, une présence dans 70 pays et plus de 200 millions de clients.

Au-delà de leur taille, Yahya Chraïbi insiste sur les expertises, les outils, les produits et les solutions auxquels la filiale marocaine peut désormais accéder.

"Ce ne sont pas seulement des chiffres, ce sont aussi des expertises qu’on récupère, des outils, des produits et des solutions qui sont mis à notre disposition", a-t-il expliqué.

Cet adossement doit également renforcer la solidité du nouvel ensemble, un élément que le directeur général considère comme central dans un secteur reposant avant tout sur la confiance des assurés.

"L’assurance, c’est d’abord un métier qui repose sur la confiance. Quand vous allez souscrire un contrat, finalement, on vous fait une promesse. On vous donne un bout de papier et on vous dit : le jour où il y a un problème, tu nous appelles, on s’occupe de tout", a résumé Yahya Chraïbi.

Selon lui, la solidité issue de la fusion et le soutien des deux groupes internationaux doivent ainsi contribuer à renforcer davantage la confiance des assurés dans la compagnie.

Un impact social limité grâce au gel anticipé des recrutements

La durée du processus de fusion a également permis aux deux compagnies d’anticiper ses conséquences sur le plan social. Selon Yahya Chraïbi, les deux années nécessaires pour lever les conditions posées par le Conseil de la concurrence ont finalement donné à Sanlam Maroc et Allianz Maroc davantage de temps pour préparer le rapprochement et limiter son impact sur les ressources humaines.

"On sait que le plus dur dans une fusion comme celle-là, c’est l’impact humain et c’est vraiment le plus compliqué à gérer. Notre chance dans cette situation, ça a été d’avoir ces deux années de préparation", a expliqué le directeur général.

Très tôt dans le processus, les deux compagnies ont ainsi décidé de geler les recrutements. Lorsqu’un collaborateur quittait l’une des deux entreprises, son poste n’était pas remplacé, sauf lorsque les besoins de continuité de service l’imposaient.

"À chaque fois que quelqu’un quittait l’une des deux compagnies, il n’était pas remplacé, sauf cas de force majeure, évidemment, parce qu’il fallait assurer une continuité de service", a précisé Yahya Chraïbi.

Cette stratégie a permis d’absorber progressivement une grande partie des doublons avant même la réalisation effective de la fusion. Elle a toutefois demandé un effort supplémentaire aux équipes restées en poste. "Les collaborateurs qui sont encore là aujourd’hui ont travaillé parfois pour deux, et c’est important de le mentionner", a-t-il souligné.

À ce stade, le directeur général affirme qu’il subsiste très peu de doublons au sein du nouvel ensemble. Ceux-ci concernent essentiellement les postes de management, certaines fonctions ayant dû être maintenues jusqu’au terme du processus afin de permettre aux deux compagnies de poursuivre séparément leurs activités.

"Aujourd’hui, la réalité, c’est qu’on a très peu de doublons. On a un effort RH qui reste à faire, qui est plutôt faible. Les doublons sont essentiellement sur les postes de management", a indiqué Yahya Chraïbi.

La compagnie considère ainsi avoir déjà réalisé la quasi-totalité des ajustements nécessaires sur le plan des ressources humaines. Pour les situations qui subsistent, Sanlam Maroc mise notamment sur la croissance future de son activité pour créer de nouvelles possibilités de mobilité interne.

"Les deux compagnies sont en forte croissance depuis des années et on vise à continuer à croître. Quand on croît plus, ça veut dire que des opportunités apparaissent et qu’on doit recruter", a expliqué le DG.

"On a encore des gens qui sont en doublon sur les postes, mais on pense que dans les mois qui viennent, avec cette croissance-là, on va avoir des opportunités de mobilité pour eux en interne", a-t-il poursuivi.

Un premier exercice combiné au titre de 2026

"Aujourd’hui, l’agrégation sur les chiffres d’affaires, c’est le plus facile à faire. Après, les deux portefeuilles diffèrent évidemment en termes de clientèle. C’est plus compliqué de rentrer dans le détail aujourd’hui des chiffres qui composent les deux compagnies", a expliqué Yahya Chraïbi.

"Le premier exercice combiné sera avec un effet rétroactif au 1er janvier 2026". Il faudra ainsi attendre la présentation des résultats annuels 2026, prévue en mars 2027, pour disposer d’une lecture détaillée des performances financières, de la rentabilité et des différents indicateurs du nouvel ensemble.

Agents d’Allianz Maroc : comment Sanlam a levé les inquiétudes du réseau

Yahya Chraïbi est également revenu sur les inquiétudes exprimées par une partie du réseau d’agents d’Allianz Maroc avant la finalisation de la fusion. Selon lui, celles-ci ont notamment été alimentées par l’utilisation du terme juridique de "fusion-absorption".

"On a usé, abusé du terme fusion-absorption, qui est finalement le terme juridique approprié pour cette opération, mais qui a donné l’impression au réseau d’agents exclusifs d’Allianz qu’ils allaient se faire absorber par une entité plus grande, avec un réseau très important, et qu’ils allaient probablement disparaître dans cette opération", a expliqué le directeur général.

Ces interrogations portaient notamment sur l’avenir des agences lorsque des points de vente Sanlam Maroc et Allianz Maroc étaient situés à proximité, mais également sur les différences de pratiques en matière de recouvrement entre les deux compagnies.

La situation a commencé à évoluer à partir du mois d’avril, lorsque Yahya Chraïbi a également été nommé à la direction générale d’Allianz Maroc, lui permettant d’engager directement les discussions avec le réseau.

"À partir de ce moment-là, j’ai été légitime pour m’asseoir en face des agents, échanger avec eux et prendre des engagements en tant que directeur général de leur compagnie. Et à partir de là, tout est rentré dans l’ordre". Sur le recouvrement, des solutions ont notamment été trouvées pour permettre aux agents d’Allianz Maroc d’intégrer la nouvelle entité sans se retrouver en difficulté face aux pratiques de la compagnie.

"On s’est assis avec eux, on a trouvé des solutions qui leur permettent d’intégrer la nouvelle entité sans avoir forcément un passif important et se retrouver en difficulté pour payer leurs primes", a expliqué Yahya Chraïbi.

Une fois ces principales inquiétudes levées, les discussions ont porté sur les avantages que les agents d’Allianz Maroc pourraient tirer de leur intégration au nouveau réseau, notamment en matière de commissions, d’outils d’aide à la vente et de produits.

"Ils ont commencé tout de suite à se projeter dans quelque chose de positif. On leur a garanti qu’aucune agence n’allait être fermée", a affirmé le DG.

"Ils ont compris qu’ils allaient être intégrés dans cette dynamique et on leur a présenté les avantages dont bénéficiait le réseau exclusif de Sanlam Maroc, en termes de commissions, d’outils à la vente et de produits", a-t-il poursuivi.

Selon Yahya Chraïbi, les tensions se sont ainsi rapidement apaisées. "Ça a fait beaucoup de bruit, mais au final, ça se passe plutôt bien", a-t-il conclu.

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