Mondial 2026 : Maroc-Pays-Bas, trois précédents et trente-deux ans d’échos
À Monterrey, les Lions de l’Atlas retrouvent des Oranje qu’ils n’ont battus qu’une fois, en 1999, après deux défaites en 1994 et 2017. Cette affiche intermittente, toujours conclue sur un 2-1, charrie aussi une histoire de doubles appartenances et de trajectoires passées d’un pays à l’autre.
Trois matchs, trois scores identiques et un fil rouge qui dépasse largement le terrain : avant leur duel ce lundi 29 juin à Monterrey en seizièmes de finale du Mondial 2026, le Maroc et les Pays-Bas ne se sont affrontés qu’à trois reprises en sélection A, toujours sur le score de 2-1.
Le bilan penche en faveur des Oranje, vainqueurs deux fois, contre un succès marocain. Mais chacune de ces rencontres a laissé une trace particulière.
Koeman, 1994 et la première boucle
Le premier épisode remonte au 29 juin 1994, exactement trente-deux ans avant le rendez-vous de Monterrey. À Orlando, dans la chaleur de Floride, les Pays-Bas battent le Maroc 2-1 en phase de groupes de la Coupe du monde. Dennis Bergkamp ouvre le score à la 43e minute, Hassan Nader égalise à la 47e sur une passe de Mustapha Hadji, entré à la mi-temps, avant que Bryan Roy ne donne la victoire aux Néerlandais à la 78e.
Ce jour-là, Ronald Koeman est capitaine des Pays-Bas. Face à lui, les Lions de l’Atlas de Abdellah Blinda, déjà éliminés après leurs défaites contre la Belgique et l’Arabie saoudite, bousculent une équipe néerlandaise où figurent aussi Frank de Boer, Marc Overmars, Wim Jonk, Aron Winter et Jan Wouters. Les Oranje doivent s’imposer pour assurer eux-mêmes leur qualification et éviter les calculs. La victoire leur donne finalement la première place du groupe.
La campagne néerlandaise de 1994 reste aussi associée à l’absence de Ruud Gullit. Revenu dans le groupe avant la compétition, l’ancien capitaine quitte le camp des Oranje trois semaines avant le Mondial, sur fond de désaccord persistant avec Dick Advocaat. Marco van Basten est alors sollicité pour le remplacer, mais l’attaquant de l’AC Milan renonce à son tour. Aux États-Unis, le poids offensif néerlandais repose donc surtout sur Dennis Bergkamp, Peter van Vossen, Marc Overmars et Bryan Roy.
Arnhem, seule victoire marocaine
Cinq ans plus tard, le Maroc tient sa revanche. Le 28 avril 1999, au GelreDome d’Arnhem, les Lions de l’Atlas s’imposent 2-1 face aux Pays-Bas. Youssef Chippo ouvre le score à la 58e minute, Salaheddine Bassir double la mise à la 69e, avant la réduction de l’écart de Ruud van Nistelrooy à la 88e. C’est, à ce jour, la seule victoire marocaine contre les Oranje.
La feuille de match donne la mesure du plateau : Edwin van der Sar, Clarence Seedorf, Giovanni van Bronckhorst, Marc Overmars et Van Nistelrooy côté néerlandais ; Noureddine Naybet, Tahar El Khalej, Youssef Chippo, Mustapha Hadji, Salaheddine Bassir et Abdeljalil Hadda “Kamatcho” côté marocain. Le but de Chippo est aussi le premier inscrit par une sélection nationale au GelreDome.
Mais l’histoire de cette rencontre dépasse le score. Dries Boussatta, né à Amsterdam de parents marocains, porte alors le maillot des Pays-Bas contre le pays de ses origines. Premier joueur d’origine marocaine à évoluer avec les Oranje, il est sifflé par une partie du public marocain. L’épisode résume déjà la complexité d’une affiche où les frontières sportives ne recouvrent pas toujours les appartenances familiales ou culturelles.
Agadir, le miroir des doubles appartenances
Le troisième précédent a lieu le 31 mai 2017, à Agadir. Les Pays-Bas, en reconstruction après leur absence à l’Euro 2016, s’imposent encore 2-1. Quincy Promes ouvre le score à la 22e minute, sur un service de Memphis Depay. Vincent Janssen double la mise à la 68e, servi par Promes. Deux minutes plus tard, Matthijs de Ligt est expulsé pour une faute sur Walid Azarou juste à l’entrée de la surface, alors que l’attaquant marocain filait vers le but. Sur le coup franc qui suit, Mbark Boussoufa réduit l’écart à la 72e.
Là encore, le symbole est fort. Boussoufa, né à Amsterdam, marque pour le Maroc contre les Pays-Bas. Dix-huit ans après Boussatta, le miroir est inversé : un joueur formé dans l’univers néerlandais porte cette fois le maillot marocain face aux Oranje.
Le match d’Agadir intervient aussi dans un contexte particulier côté néerlandais. Dick Advocaat vient d’être nommé sélectionneur, mais n’est pas encore sur le banc, retenu par ses engagements avec Fenerbahçe. Fred Grim dirige donc l’équipe. Le match, initialement envisagé à Casablanca, est finalement organisé à Agadir, le Complexe Mohammed V posant alors un problème d’éclairage en période de Ramadan.
Ces trois précédents disent beaucoup de la relation footballistique entre les deux pays. Les Pays-Bas ont longtemps été un espace de formation, de naissance ou de passage pour de nombreux joueurs marocains ou d’origine marocaine. Boussatta, Boussoufa, mais aussi, dans la génération actuelle, Noussair Mazraoui, Sofyan Amrabat ou Anass Salah-Eddine, incarnent cette circulation entre deux footballs.
Noa Lang ajoute une autre nuance à cette histoire. International néerlandais, né aux Pays-Bas sans racines marocaines directes, l’ailier a grandi en partie auprès de Nourdin Boukhari, ancien international marocain passé par l’Ajax, qui fut une figure importante de son enfance. Une trajectoire personnelle qui donne à l’affiche de Monterrey un relief supplémentaire.
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