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ECONOMIE

Fortes chaleurs : l'irrigation sous tension, l'apiculture déjà affectée

La vague de chaleur qui touche plusieurs régions du Maroc commence à faire sentir ses effets sur le secteur agricole. Si les cultures, les vergers et la filière avicole sont pour l'instant relativement épargnés, les besoins en irrigation vont fortement augmenter. L'apiculture apparaît comme la filière la plus affectée à ce stade.

Fortes chaleurs : l'irrigation sous tension, l'apiculture déjà affectée
Fortes chaleurs : l'irrigation sous tension, l'apiculture déjà affectée
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Le 29 juin 2026 à 16h17 | Modifié 29 juin 2026 à 16h46

L'essentiel

  • La Direction générale de la météorologie (DGM) annonce une vague de chaleur de niveau orange, avec des températures pouvant atteindre 44 °C dans plusieurs provinces du Royaume.
  • Pour la Comader, le principal impact attendu concerne l’irrigation, avec une hausse des besoins en eau, un stress hydrique accru des cultures et des risques de bioagresseurs.
  • Dans la région Fès-Meknès, la crainte porte surtout sur les nappes phréatiques, qui commençaient à se reconstituer après les pluies du début d’année.
  • L’apiculture apparaît comme la filière la plus touchée à ce stade, avec des mortalités d’abeilles déjà observées, tandis que la volaille reste pour l’instant épargnée.

-oOo-

Les détails

La DGM a émis un bulletin d'alerte de niveau de vigilance orange annonçant une vague de chaleur qui se poursuivra du lundi 29 juin au mercredi 1er juillet 2026.

Des températures comprises entre 38 °C et 41 °C sont attendues dans les provinces de Sidi Kacem, Sidi Slimane, Khénifra, Fès, Moulay Yacoub, Taounate, Ouezzane, Khouribga, Sidi Bennour, Essaouira, Khémisset, Meknès, Safi, Agadir Ida Outanane et Inezgane-Aït Melloul.

Des températures encore plus élevées, comprises entre 41 °C et 44°C, concerneront El Kelâa des Sraghna, Rehamna, Youssoufia, Béni Mellal, Fquih Ben Salah, Oued Eddahab, Boujdour, Assa-Zag, Es Semara, Tata, Taroudant, Aousserd, Settat, Chichaoua, Marrakech, Zagora et Errachidia.

Par ailleurs, un temps chaud avec des températures variant entre 39 °C et 43°C est prévu à Chtouka-Aït Baha, Tiznit, Sidi Ifni, Guelmim et Tan-Tan lundi et mardi, ainsi qu'à Tarfaya et Laâyoune mardi.

Une pression attendue sur l'irrigation

Contactée par Médias24, la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural (Comader) nous explique que les principaux effets de cet épisode de fortes chaleurs concernent avant tout les besoins en eau.

L'organisation prévoit "une forte hausse des besoins en irrigation". Les températures élevées accélèrent l'évaporation et augmentent le stress hydrique des cultures, obligeant les agriculteurs à arroser davantage pour maintenir leur développement.

La Confédération attire également l'attention sur une probable "prolifération de certains bioagresseurs". Les fortes chaleurs favorisent "le développement des acariens ainsi que de la mouche des fruits", nous explique-t-on. Cette situation oblige ainsi les producteurs à "multiplier les traitements phytosanitaires", ce qui pourrait entraîner "une hausse des coûts de production".

Autre conséquence, "l'apparition de coups de soleil sur certains fruits", dont la qualité pourrait se dégrader en raison d'une exposition prolongée au soleil, ce qui pourrait réduire leur valeur commerciale.

Les nappes phréatiques de nouveau sous pression ?

Pour Mustapha Oustouh, agronome dans la région Fès-Meknès, la principale inquiétude concerne la ressource en eau. Selon lui, les précipitations enregistrées au début de l'année avaient permis une amélioration de la situation hydrique. "Les nappes phréatiques avaient commencé à se reconstituer, et certaines seguias avaient repris leur fonctionnement".

Il rappelle toutefois que les réserves restent fragiles. "Les niveaux d'eau dans les puits avaient fortement baissé ces dernières années. Dans la région Fès-Meknès, la salinité des eaux souterraines avait également augmenté en raison du manque de renouvellement des nappes, empêchant certains agriculteurs d'irriguer leurs cultures".

Cette canicule, arrivée un peu plus tôt que d'habitude, risque, selon lui, d'accroître fortement la pression sur l'eau. "Les agriculteurs vont être amenés à irriguer davantage. Cela va augmenter le pompage et exercer une nouvelle pression sur les nappes qui commençaient tout juste à se reconstituer".

En revanche, sur le plan de la végétation, il se montre rassurant. "Les cultures et les arbres fruitiers ne présentent pas, pour le moment, de signes particuliers de stress. L'arboriculture supporte généralement ce type de chaleur, à condition que les besoins en eau soient couverts", conclut-il.

L'apiculture, la filière la plus touchée

Contrairement aux autres productions agricoles, l'apiculture subit déjà les conséquences directes de cette vague de chaleur.

Contacté par Médias24, Mohamed Aboulal, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l'apiculture (Fimap), explique que les températures élevées affectent directement les colonies d'abeilles. "Les abeilles supportent difficilement des températures aussi élevées. Nous observons déjà des mortalités, ainsi qu'une réduction de la population dans plusieurs ruches".

"Les apiculteurs qui n'ont pas anticipé ces épisodes de chaleur en installant des abreuvoirs ou en assurant un approvisionnement suffisant en eau ont subi les pertes les plus importantes. Certains ont même vu leurs ruches se détériorer sous l'effet de la chaleur", déplore Mohamed Aboulal.

"À l'inverse, ceux qui ont mis en place ces mesures préventives ont limité les dégâts, même si des pertes ont également été enregistrées".

Selon le président de la Fimap, "le Maroc disposait historiquement d'une abeille saharienne particulièrement résistante aux fortes chaleurs. Cette souche s'est toutefois progressivement dégradée au fil des années. Le ministère de l'Agriculture et la Fédération travaillent actuellement à la régénération de cette abeille, considérée comme un patrimoine national et mieux adaptée aux conditions climatiques du pays".

"Face à la hausse des températures, les apiculteurs n'ont aujourd'hui que peu de solutions. Ils doivent installer les ruches dans des zones ombragées et garantir une disponibilité permanente de l'eau à proximité".

Concernant les pertes, Mohamed Aboulal estime "qu'elles sont très variables selon les exploitations. Elles peuvent atteindre au minimum 20% du nombre d'abeilles par ruche et aller jusqu'à 100% dans certains cas, notamment lorsque les ruches fondent sous l'effet de la chaleur".

Ces épisodes auront également un impact important sur la production de miel. Paradoxalement, il souligne que "les colonies se sont particulièrement bien développées cette année. Les ruches sont nombreuses et fortement peuplées. Pourtant, la production de miel reste faible". Aucune explication claire n'a, à ce stade, été avancée pour expliquer ce phénomène.

La volaille reste, pour l'instant, épargnée

Du côté de la filière avicole, la situation reste sous contrôle pour l'instant. Jointe par Médias24, l'Association professionnelle au service des éleveurs de volailles de type chair au Maroc (APV), relevant de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (Fisa), explique que les fortes chaleurs observées actuellement restent conformes aux conditions habituelles de la saison.

"Les températures enregistrées à l'intérieur des villes peuvent atteindre près de 40 °C, avant de redescendre durant la nuit. Des pertes apparaissent généralement lorsque les températures dépassent 43 °C à 46°C, notamment dans des régions comme Marrakech", souligne notre interlocuteur à la Fédération. "À l'exception de quelques cas isolés observés la semaine précédant Aïd al-Adha, aucune perte significative liée à la chaleur n'a été enregistrée jusqu'à présent".

La profession reste néanmoins vigilante et s'attend à une période plus critique entre fin juillet et début août, lorsque les températures augmentent davantage.

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Le 29 juin 2026 à 16h17

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