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Mondial 2026 : avant Maroc-Pays-Bas, le vieux dilemme des binationaux raconté par “Superleeuwen”

À quelques heures du duel de Monterrey, une série néerlandaise sortie après l’épopée de 2022 éclaire le ressort intime qui a poussé plusieurs joueurs formés aux Pays-Bas à porter le maillot marocain. Entre reconnaissance, héritage familial et regard porté sur les enfants de l’immigration, le choix des Lions de l’Atlas dépasse largement le cadre sportif.

Mondial 2026 : avant Maroc-Pays-Bas, le vieux dilemme des binationaux raconté par “Superleeuwen”
Noussair Mazraoui et Sofyan Amrabat, deux visages du lien footballistique entre le Maroc et les Pays-Bas, avant le seizième de finale du Mondial 2026.
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Le 29 juin 2026 à 13h20 | Modifié 29 juin 2026 à 14h35

Quelques heures avant Maroc-Pays-Bas en seizièmes de finale du Mondial 2026, un documentaire néerlandais consacré à l’épopée marocaine de 2022 résonne avec une force particulière : Superleeuwen : Het Marokkaanse voetbalsprookje (Super Lions : le conte de football marocain) racontait déjà, il y a trois ans, le choix intime des joueurs maroco-néerlandais entre les Oranje et les Lions de l’Atlas.

Diffusée à partir du 26 juin 2023 sur NPO Start, puis chaque lundi soir sur NPO 3, cette série en quatre épisodes est portée par le rappeur et acteur néerlandais d’origine marocaine Khalid Alterch, alias ICE, connu notamment pour son rôle de Tonnano dans Mocro Maffia. Coproduite par BNNVARA et Signal.Stream, réalisée par Bart van den Aardweg, elle a ensuite été proposée en arabe par Asharq Documentary sous le titre Oussoud Al Atlas.

Au départ, le film revient sur le parcours historique du Maroc au Mondial 2022, première sélection africaine et arabe à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde. Mais, à mesure que les scènes défilent, un autre fil conducteur s’impose : pourquoi des joueurs nés, formés ou socialisés aux Pays-Bas choisissent-ils le Maroc ?

Dans la série, ICE rencontre notamment Hakim Ziyech, Noussair Mazraoui, Sofyan Amrabat et Zakaria Aboukhlal, quatre joueurs élevés et formés aux Pays-Bas, mais devenus des figures du Maroc en 2022. Parmi eux, Mazraoui et Amrabat sont encore dans le groupe marocain au Mondial 2026, où le Maroc retrouve lundi soir à Monterrey le pays où ils ont grandi.

Un choix plus intime que sportif

“Tout commence au moment où l’on choisit de représenter le Maroc en football”, résume ICE dans le deuxième épisode. Avant l’épopée de 2022, ajoute-t-il, un tel choix pouvait encore coller une étiquette à un joueur : celle de “l’enfant difficile”.

Le passage le plus direct est celui de Noussair Mazraoui. Né à Leiderdorp et formé à l’Ajax Amsterdam, le latéral marocain raconte avoir rencontré Ronald Koeman, alors sélectionneur des Pays-Bas, au moment de faire son choix international. “Je suis allé le voir par respect, parce que c’est un grand nom du football”, dit-il. Après quelques minutes, poursuit-il, Koeman a compris que la décision était déjà prise : “Il voyait dans mes yeux que le Maroc était dans mon cœur.”

Mazraoui décrit alors une forme de rapport de force avec le football néerlandais, désireux de retenir les jeunes talents issus de l’immigration. “Ils voulaient que tout le monde joue pour les Pays-Bas, même si ce n’était que pour un seul match”, dit-il en substance, avant de rappeler que le choix devait rester personnel : “Puis-je choisir moi-même ?”

Cette histoire s’inscrit dans un débat ancien aux Pays-Bas. En septembre 2015, Hakim Ziyech avait définitivement opté pour le Maroc après avoir porté le maillot des sélections de jeunes néerlandaises. À l’époque, la presse néerlandaise relevait qu’une apparition avec le Maroc lui fermerait la porte des Oranje. “J’ai accepté l’invitation et je vais au Maroc”, avait répondu le joueur après un match avec Twente.

Depuis, le sujet n’a cessé de revenir. La NOS rappelait en octobre 2025 qu’aucun joueur néerlandais d’origine marocaine n’avait plus rejoint les Oranje depuis Anwar El Ghazi, en 2015, tandis que Ziyech, Amrabat et Mazraoui avaient, eux, choisi le Maroc. L’article citait aussi le poids du climat politique, de la concurrence sportive, de la reconnaissance et du travail de détection de la Fédération royale marocaine de football (FRMF).

Reconnaissance, origine et regard des autres

“Superleeuwen” ne réduit pourtant jamais ce choix à un rejet simple des Pays-Bas. ICE insiste sur ce point: choisir le Maroc ne signifie pas forcément penser que les Néerlandais ne veulent pas de vous. “On peut choisir les Pays-Bas si on le veut”, dit-il. Mais le documentaire fait aussitôt entendre un autre argument, formulé par Andy van der Meyde, ancien international néerlandais : pour un jeune binational, le Maroc n’est plus seulement le pays des origines. C’est aussi une sélection compétitive, présente au plus haut niveau, capable de disputer la Coupe du monde et la Coupe d’Afrique, avec un environnement plus chaleureux et plus passionnel que celui des Oranje.

Cette idée est mise en scène à travers un enfant interrogé sur un terrain aux Pays-Bas par l’acteur Iliass Ojja et Khalid Tissoudali, frère de l’international marocain Tarik Tissoudali. À la question de savoir s’il choisirait les Pays-Bas ou le Maroc s’il devenait footballeur professionnel, l’enfant répond sans hésiter : “Le Maroc.” Pourquoi ? “Parce que je suis vraiment marocain”, dit-il, même s’il reconnaît être né aux Pays-Bas.

Ojja, acteur néerlandais d’origine marocaine, prolonge la scène par une réflexion sur le regard porté sur les joueurs issus de l’immigration. Il rappelle que plusieurs Marocains ont déjà joué pour les Pays-Bas, comme Ibrahim Afellay ou Khalid Boulahrouz. Mais il estime que, lorsque les résultats tournent mal, les joueurs noirs ou issus de l’immigration peuvent être renvoyés à leur origine. Les commentaires, dit-il, peuvent alors devenir “très racistes”. Au Maroc, ajoute-t-il, les joueurs sont “portés sur les épaules”.

Le documentaire donne aussi la parole à Chahine van Bohemen, jeune joueur né d’un père néerlandais et d’une mère marocaine, passé par les sélections de jeunes des Pays-Bas avant de rejoindre les jeunes du Maroc. “Mon père est néerlandais et ma mère marocaine”, explique-t-il. “Ils m’ont toujours dit que c’était mon choix.” S’il choisissait les Pays-Bas, ce serait pour son père; s’il choisissait le Maroc, ce serait pour sa mère.

Van Bohemen résume alors le malaise de nombreux binationaux : la difficulté d’être perçu comme pleinement double. “Tu ne peux pas être néerlandais et marocain, c’est impossible”, lance-t-il ironiquement, avant de défendre au contraire le droit d’assumer les deux identités, ou même de les refuser.

Dans le quatrième épisode, le documentaire revient sur la singularité de l’équipe marocaine de 2022. “Nous étions l’équipe qui comptait le plus de joueurs qui ne jouaient pas pour leur pays de naissance”, dit ICE. Cette diversité aurait pu fracturer le groupe. Elle l’a, au contraire, renforcé, selon lui : “Ne nous regardez pas comme des joueurs venus de pays différents. Ce lien nous donne une valeur ajoutée.”

Le rôle décisif de Walid Regragui

Le film insiste enfin sur le rôle de Walid Regragui, présenté comme celui qui a su parler à ces joueurs sans leur demander de renier leur parcours européen. Lui-même né en France dans une famille marocaine, le sélectionneur aurait compris que ces binationaux n’étaient pas des Marocains nés au Maroc, mais pas non plus de simples produits des centres de formation européens.

Dans une scène racontée par les joueurs, Regragui leur rappelle les sacrifices de leurs parents, venus en Europe pour leur offrir un avenir. Le message est simple : courir 90 minutes pour rendre fiers leurs pères, leurs mères et tout un pays.

Trois ans plus tard, ce récit revient au premier plan. Face aux Pays-Bas de Ronald Koeman, le Maroc de Mohamed Ouahbi aligne encore Mazraoui et Amrabat, héritiers directs de cette histoire. Et si Ziyech et Aboukhlal ne sont plus dans le groupe actuel, leur parole dans “Superleeuwen” éclaire toujours le ressort intime d’un choix qui dépasse le football.

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Le 29 juin 2026 à 13h20

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