Biodiversité : addax, gazelles, oryx… après des décennies de déclin, le Maroc restaure sa faune sauvage
De l'addax à la gazelle dorcas, en passant par le cerf de Berbérie, le Maroc accélère la restauration de sa mégafaune. L'Agence nationale des eaux et forêts dresse un premier bilan de son programme de réintroduction de la mégafaune en nette progression dans le cadre de la stratégie "Forêts du Maroc 2020-2030".
L'essentiel
- Dans le cadre de la stratégie "Forêts du Maroc 2020-2030", l’ANEF poursuit un programme national de conservation et de réintroduction de la grande faune marocaine.
- Addax, oryx algazelle, mouflon à manchettes, gazelles et cerf de Berbérie font l’objet d’opérations de lâcher, de renforcement ou de constitution de noyaux reproducteurs.
- Les premiers résultats sont déjà visibles : l’addax compte 55 à 60 individus sauvages à Iriqui, tandis que la gazelle dorcas y est passée d’une vingtaine d’individus en 2018 à plus de 450 aujourd’hui.
- Au-delà de la sauvegarde des espèces menacées, le programme vise à restaurer les écosystèmes, à renforcer le suivi scientifique et à valoriser les espaces naturels protégés.
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Les détails
Dans le cadre de la stratégie "Forêts du Maroc 2020-2030", l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) poursuit la mise en œuvre d'un vaste programme national de conservation, de réintroduction et de restauration de la mégafaune marocaine. L'objectif est de restaurer durablement les populations d'espèces emblématiques menacées ou disparues de certaines régions du Royaume, de réhabiliter leurs habitats naturels et de renforcer leur contribution à l'équilibre des écosystèmes, à la valorisation du patrimoine naturel national et au développement durable des territoires.
L'Agence explique à Médias24 que les résultats enregistrés au cours des dernières années traduisent des avancées significatives, grâce notamment à la constitution de noyaux reproducteurs performants, à la réintroduction réussie de plusieurs espèces dans leurs aires historiques de répartition et à l'augmentation des effectifs de certaines populations sauvages au sein des parcs nationaux et des espaces protégés.
Le Maroc abrite une biodiversité exceptionnelle, caractérisée par une grande diversité d'écosystèmes allant des montagnes du Rif et de l'Atlas aux steppes, aux zones arides et aux espaces sahariens. Toutefois, plusieurs espèces de la grande faune ont connu un important déclin au cours du siècle dernier sous l'effet combiné du changement climatique, de la dégradation des habitats naturels, de la fragmentation des écosystèmes, du braconnage et des pressions humaines croissantes.
Pour répondre à ces défis, le programme repose sur une approche intégrée articulée autour de la restauration et de la protection des habitats naturels, de la constitution de noyaux reproducteurs en semi-captivité, du suivi scientifique et sanitaire des populations, de la lutte contre le braconnage, du renforcement des populations sauvages et de la réintroduction progressive des espèces dans leurs aires historiques. L'objectif affiché est de reconstituer des populations viables capables d'assurer leur pérennité dans le milieu naturel, tout en contribuant au développement de l'écotourisme, à la sensibilisation environnementale et à la valorisation du capital naturel national.
Des espèces ramenées dans leurs habitats
Parmi les espèces concernées figure l'addax, considéré comme l'une des espèces sahélo-sahariennes les plus menacées au monde. Grâce aux noyaux reproducteurs développés au Parc national de Souss-Massa, puis dans les stations de Leghchiwate et Safia, les opérations de réintroduction engagées depuis 2019 au Parc national d'Iriqui ont permis de constituer une population sauvage aujourd'hui estimée entre 55 et 60 individus. L'ANEF indique qu'une reproduction régulière est désormais observée dans le milieu naturel.
Le programme concerne également l'oryx algazelle. Après la constitution d'une population viable en semi-captivité au Parc national de Souss-Massa, des transferts ont été réalisés vers les sites de M'Cissi, dans la province de Tinghir, et de Timokrarine, dans la province de Boujdour. Selon l'Agence, ces opérations visent à diversifier les noyaux reproducteurs, à réduire les risques liés à la concentration des populations sur un seul site et à préparer la reconstitution de populations sauvages viables dans l'aire historique de l'espèce, en tenant compte des exigences écologiques et de la disponibilité des habitats.
Le mouflon à manchettes fait lui aussi l'objet de plusieurs opérations de lâcher et de renforcement dans ses aires naturelles de répartition. Les actions ont concerné les parcs naturels de Beni Snassen et de Chekhar, les sites d'intérêt biologique et écologique (SIBE) de Jbel Bounacer, de Tizi N'Aït Ouirah et d'Aït M'hamed, ainsi que les parcs nationaux d'Ifrane, du Toubkal et du Haut Atlas Oriental.

L'ANEF explique que ces opérations ont permis de renforcer les populations sauvages existantes et de restaurer progressivement la présence de l'espèce dans plusieurs habitats favorables. Elles sont accompagnées de dispositifs de suivi, de surveillance et de gestion des sites afin de favoriser l'adaptation des individus relâchés. Certaines zones pilotes, notamment à Beni Snassen et dans le Haut Atlas, intègrent également une dimension écotouristique et cynégétique encadrée, tout en restant subordonnée aux objectifs de conservation.

Des populations sauvages en progression
La gazelle dorcas constitue l'un des résultats les plus marquants du programme. Au Parc national d'Iriqui, sa population était estimée à une vingtaine d'individus en 2018. Depuis, plusieurs opérations de renforcement ont permis le lâcher de plus de 200 individus dans le milieu naturel. La population actuelle est désormais estimée à plus de 450 individus. Cette évolution confirme la capacité de l'espèce à se réadapter à son habitat lorsque les conditions de protection, de tranquillité et de disponibilité des ressources naturelles sont réunies, explique l'ANEF.
Les efforts en faveur de la gazelle de Cuvier portent principalement sur la restauration des habitats naturels, la sensibilisation des populations locales, le renforcement de la surveillance et la lutte contre le braconnage. Ces actions ont favorisé le maintien et le développement de certaines populations sauvages, notamment dans l'Anti-Atlas. En parallèle, des noyaux reproducteurs ont été développés au Parc national d'Ifrane ainsi qu'aux parcs naturels de Chekhar et du Plateau Central afin de préparer de futures opérations de réintroduction ou de renforcement.
La gazelle dama mhorr, parmi les espèces les plus menacées de la faune sahélo-saharienne, bénéficie quant à elle du développement de noyaux reproducteurs en réserve. Ces noyaux ont permis une augmentation progressive des effectifs et constituent une étape préalable à de futures opérations de réintroduction. Les prochains lâchers sont envisagés dans l'ancienne aire de répartition de l'espèce, le long de l'Oued Drâa, de M'Hamid El Ghizlane jusqu'à Assa-Zag, avec un suivi rigoureux de son adaptation et de son évolution démographique.

Le programme inclut enfin le cerf de Berbérie, unique cervidé d'Afrique. Des noyaux reproducteurs ont été créés dans les parcs nationaux d'Ifrane et de Tazekka ainsi qu'au Parc naturel de Bouhachem afin d'assurer la reproduction, la préservation génétique et la préparation des individus à leur retour en milieu naturel. Une première opération de lâcher a été réalisée en 2024 au Parc national d'Ifrane. En 2026, douze individus ont été réintroduits dans le Parc naturel de Beni Snassen, constituant le noyau fondateur d'une future population locale.
Un enjeu écologique et territorial
Au-delà de la sauvegarde des espèces menacées, l'ANEF considère que ce programme contribue à restaurer le fonctionnement écologique des écosystèmes marocains. Les grands herbivores jouent notamment un rôle essentiel dans la régénération des habitats, la dispersion des graines et le maintien de la diversité biologique.
L'Agence estime également que cette stratégie renforcera l'attractivité des espaces naturels protégés et favorisera le développement de l'écotourisme, de l'éducation environnementale et de la valorisation durable du patrimoine naturel.
Pour les prochaines années, l'Agence prévoit de consolider les populations déjà réintroduites, de renforcer le suivi scientifique et génétique, d'améliorer les dispositifs de surveillance et de protection, et d'étendre progressivement les programmes de réintroduction.
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