L'essentiel
- Pour la première fois depuis le T2-2021, le secteur bancaire contribue négativement à l'évolution des revenus de la cote, pénalisé par le recul des activités de marché dans un contexte de remontée des taux obligataires.
- En bourse, les banques reculent davantage pour des raisons techniques que fondamentales, selon les analystes. Malgré un début d'année difficile, les revenus récurrents (marge d'intérêt et commissions) restent bien orientés.
- Le secteur fait face à plusieurs défis : hausse progressive de l'IS à 40%, entrée en vigueur du SREP en 2027, réforme de Bank Al-Maghrib sur la classification des créances sensibles et risque de contrôles fiscaux.
- Les analystes de BKGR restent néanmoins positifs sur les banques cotées, estimant que le potentiel de redressement demeure important, avec des recommandations à l'achat sur Attijariwafa bank, BCP, BMCI, Crédit du Maroc et CIH Bank.
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Les détails
Pour la première fois depuis le T2-2021, le secteur bancaire contribue négativement à l'évolution des revenus de la cote. Longtemps principal contributeur à la croissance des bénéfices des sociétés cotées, il affiche cette fois une baisse de son produit net bancaire (PNB) trimestriel de 1,1 milliard de dirhams (MMDH). Cette évolution s'explique par le recul de 59,4% (2,8 MMDH) du résultat des activités de marché, attendu après la remontée des taux obligataires au cours du trimestre.
En bourse, le constat est le même. Depuis le début de 2026, l'indice Banques recule de 9,3%, contre un peu plus de 4% pour le MASI. La plupart des banques cotées sont également en baisse. Pourtant, selon un analyste sollicité par Médias24, "ce recul est davantage lié à des facteurs techniques de marché qu'à une détérioration des fondamentaux du secteur".
Pour rappel, le secteur bancaire pèse 27,2% de la capitalisation totale de la Bourse de Casablanca. À elles seules, Attijariwafa bank, BCP et Bank of Africa en représentent 23,4%, soit l'essentiel du poids du secteur.
Dans le détail, AWB baisse de 6,2%, BCP de 11,4%, BMCI de 0,65%, BOA de 14,4%, CFG de 20%, CDM de 4,3% et CIH de 15,4%.
Qu'est-ce qui a changé pour les banques cotées ?
Les premiers mois de l'année 2026 ont été moins favorables pour plusieurs secteurs cotés en bourse, dans un contexte marqué par l'escalade géopolitique au Moyen-Orient, les perturbations de la chaîne logistique internationale et le renchérissement des intrants énergétiques.
"En plus de ces facteurs, on a eu une période moins favorable en bourse, avec une remontée des taux obligataires qui a impacté négativement les activités de marché. Or, les activités de marché avaient été les principales contributrices à la croissance des revenus des banques en 2025. Cette fois-ci, on a eu le scénario inverse", ajoute l'analyste.
Néanmoins, la marge sur commissions, hors CFG Bank, a progressé de 8,1%, tandis que la marge d'intérêt a augmenté de 7,8%, traduisant le développement des commissions sur les prestations de services ainsi que la poursuite de la dynamique commerciale.
"La baisse des banques en bourse n'est pas liée aux fondamentaux du secteur. Il n'y a pas d'élément factuel qui la justifie. Elles sont surtout impactées par la baisse générale du marché. Les banques occupent des pondérations importantes dans les portefeuilles des gérants de fonds. Dans une période moins porteuse, marquée par des incertitudes, notamment à l'international, qui affectent aussi notre marché, lorsque les gérants réduisent leur exposition, ce sont généralement les valeurs les plus pondérées qui sont les plus vendues, ce qui accentue leur baisse".
Il faut dire que si le PNB agrégé des banques cotées a reculé de 4,4%, seules Attijariwafa bank, Crédit du Maroc et CFG Bank ont enregistré une hausse de leurs revenus, respectivement de 2,9%, 4,2% et 2,3%. Les autres banques cotées affichent toutes un repli de leur PNB.
Quels facteurs de risque pour le secteur ?
"Malgré un environnement macroéconomique marqué par des incertitudes, le coût du risque reste globalement bien maîtrisé par les banques. Les niveaux observés montrent que la qualité des portefeuilles de crédits demeure solide à ce stade. Cela étant, les établissements restent prudents, car une dégradation de l'environnement économique pourrait se traduire par une remontée du coût du risque dans les prochains trimestres".
Les banques devront composer avec plusieurs chantiers dans les prochaines années, notamment la hausse progressive de l'IS de 37% à 40% dans le cadre de la LF 2026, l'entrée en vigueur du SREP en 2027, la réforme de Bank Al-Maghrib sur la classification des créances sensibles, susceptible d'entraîner un renforcement du provisionnement, ainsi que le risque de contrôles fiscaux.
Les analystes restent néanmoins confiants
En effet, les dernières recommandations de BKGR, qui couvre 5 des 7 banques cotées, restent favorables au secteur bancaire. Attijariwafa bank est recommandée à l'achat avec un objectif de cours de 910 DH, soit un potentiel de hausse de 30,2% par rapport à un cours de référence de 699 DH.
BCP affiche le potentiel de hausse le plus important, avec un objectif de cours de 405 DH, soit un potentiel de 68,8% par rapport à un cours de référence de 240 DH. BMCI est également recommandée à l'achat, avec un objectif de 846 DH, offrant un potentiel de 41,9% par rapport à un cours de référence de 596 DH. Crédit du Maroc ressort avec un objectif de cours de 1.420 DH, soit un potentiel de 39,9% par rapport à un cours de référence de 1.015 DH. De son côté, CIH Bank affiche un objectif de cours de 507 DH, représentant un potentiel de hausse de 40,4% par rapport à un cours de référence de 361 DH.
À noter que BKGR a relevé sa recommandation sur plusieurs valeurs bancaires. BMCI passe de "Conserver" à "Acheter", tandis que Crédit du Maroc et CIH Bank passent d'"Accumuler" à "Acheter".
>> Attijariwafa bank
Pour Attijariwafa bank, BKGR ne mise pas sur un scénario de rattrapage boursier, mais sur la poursuite d'une croissance régulière des revenus. Le broker anticipe un PNB de 37,4 MMDH en 2026, en hausse de 7,2%, porté par la progression de la marge nette d'intérêt et des commissions.
Le RNPG devrait atteindre 11,6 MMDH, contre 10,6 MMDH en 2025. Cette trajectoire repose notamment sur la reprise graduelle du crédit, le leadership du groupe dans le financement de l'économie, ses relais de croissance en Afrique ainsi que le développement de SIMPLE, sa néobanque mobile.
Source: medias24.com
>> BCP
Pour BCP, la principale thèse d'investissement réside dans une décote boursière que BKGR juge encore injustifiée au regard des fondamentaux du groupe. Le broker estime que le parcours du titre reste en décalage avec la performance opérationnelle de la banque. Il table sur un PNB de 28,2 MMDH en 2026, en progression de 4,6%, un RBE de 15,7 MMDH (+5,2%) et un RNPG de 5,1 MMDH (+13,9%).
BKGR considère par ailleurs que le recul du premier trimestre est essentiellement lié à une base de comparaison exceptionnellement élevée sur les activités de marché. Les revenus récurrents restent, eux, bien orientés, avec une marge d'intérêt en hausse de 7,3% et une marge sur commissions en progression de 7,8%, ce qui conforte sa vision positive sur le titre.
Source: medias24.com
>> BMCI
Pour BMCI, la recommandation de BKGR dépasse le seul cadre des résultats financiers. Le broker voit dans l'acquisition de la participation de BNP Paribas par Holmarcom un véritable catalyseur stratégique, susceptible de redonner une impulsion commerciale à la banque, d'améliorer son positionnement sur le marché marocain et de dégager des synergies avec les autres entités du groupe. Les prévisions restent prudentes, avec un PNB attendu à 4,1 MMDH en 2026 et un RNPG de 488 millions de dirhams (MDH), avant 578 MDH en 2027. BKGR évoque également un rapprochement potentiel avec Crédit du Maroc, qui donnerait naissance à un acteur disposant de plus de 120 MMDH d'encours de crédits.
Source: medias24.com
>> Crédit du Maroc
Pour Crédit du Maroc, BKGR combine une amélioration attendue des fondamentaux et une optionalité stratégique liée à Holmarcom. Le broker prévoit un PNB de 3,8 MMDH en 2026 (+6,7%), soutenu par une marge nette d'intérêt en hausse de 8% et une marge sur commissions de 6%. Le RNPG est attendu à 948,5 MDH, en progression de 9,8%, une trajectoire déjà confortée par un premier trimestre marqué par une hausse de 4,2% du PNB et un bond de 37,2% du RNPG. Au-delà de ces performances, BKGR estime que le rapprochement potentiel avec BMCI constituerait un levier de création de valeur important grâce aux synergies commerciales, opérationnelles et technologiques.
Source: medias24.com
>> CIH Bank
Pour CIH Bank, BKGR considère que la banque entre dans une nouvelle phase de croissance après avoir achevé sa transformation en banque universelle à forte composante digitale. Après un PNB de 5,42 MMDH (+14,4%) et un RNPG de 1,09 MMDH (+24,4%) en 2025, le broker estime que le plan Impulse 2030 constitue désormais le principal moteur de développement. Celui-ci vise une croissance annuelle moyenne du PNB comprise entre 7% et 9%, ainsi qu'une progression moyenne du RNPG de 7,4% sur la période 2025-2030, portée par le renforcement du modèle omnicanal, la conquête commerciale, le développement des segments jeunes et immobilier, ainsi que la capacité du groupe à accompagner d'éventuelles opérations de croissance externe.
Source: medias24.com
