Pourquoi l'AMMC a-t-elle décidé d'élargir à ±20% le seuil de variation des actions nouvellement introduites en bourse durant leurs cinq premières séances de cotation ? À première vue, relever le seuil de variation peut sembler accroître les mouvements de cours.
En réalité, son objectif est tout autre. Il s'agit de permettre une formation des prix plus rapide et plus fluide lors des premières séances de cotation, dans un contexte où les introductions en bourse suscitent un engouement croissant des investisseurs.
Selon une source sûre, cette évolution résulte d'une révision du dispositif applicable aux introductions en bourse, rendue nécessaire par l'évolution récente du marché. "La nouvelle dynamique des IPO au Maroc amène une mise à jour de notre dispositif", explique-t-elle.
Cette réforme vise également à rendre les premières séances de cotation plus fluides. "Cela permet de réduire l'effet cocotte-minute des séances post-IPO. Avec ce changement, le titre a besoin de moins de jours, quasiment la moitié, pour commencer à traiter. C'est bénéfique à tous les niveaux".
Cette décision est saluée par les professionnels du marché, selon plusieurs sources de la place.
Comment fonctionne l'effet "cocotte-minute" lors d'une IPO ?
Pour bien comprendre le mécanisme, imaginons qu'une IPO arrive. L'entreprise fixe un prix d'introduction. Dès l'ouverture de la cotation, énormément d'investisseurs veulent acheter le titre. Mais il y a très peu de vendeurs, puisque les actions disponibles sont limitées. Normalement, sur un marché, quand il y a beaucoup plus d'acheteurs que de vendeurs, le prix monte jusqu'à ce que certains acheteurs renoncent ou que davantage de vendeurs acceptent de vendre. C'est comme ça que le marché trouve son prix d'équilibre.
Le problème, c'est qu'en bourse il existe un coupe-circuit : le seuil de variation. Prenons un exemple. Le titre est introduit à 100 DH. Le premier jour, les investisseurs seraient peut-être prêts à l'acheter à 125 DH, parce que la demande est énorme. Mais le règlement ne lui permet de monter que de 10% (ancien dispositif). Donc il ne peut terminer qu'à 110 DH.
Est-ce que le marché a trouvé son vrai prix ? Non. Simplement, le plafond réglementaire l'a empêché d'aller plus haut.
Du coup, que se passe-t-il ? Tous les investisseurs qui voulaient acheter à 115, 120 ou 125 DH n'ont pas pu être servis. Leurs ordres restent dans le carnet. Le lendemain, ils sont toujours là.
Et de nouveaux investisseurs arrivent en plus. La pression augmente encore. Le titre reprend +10%. Mais là encore, il ne rejoint peut-être toujours pas son prix d'équilibre. On recommence le troisième jour. Puis le quatrième. Puis le cinquième.
Pendant tout ce temps, le carnet est rempli d'ordres d'achat qui attendent d'être exécutés. C'est cette accumulation qu’on appelle l'effet "cocotte-minute". Comme une cocotte-minute, la pression s'accumule parce qu'elle ne peut pas s'évacuer assez vite. Le marché est obligé d'attendre plusieurs séances avant que le prix rejoigne enfin un niveau où davantage de vendeurs acceptent de céder leurs actions et où les échanges deviennent plus fluides.
Avec un plafond porté à ±20%, le mécanisme change. Si le marché estime que le titre vaut 120 DH dès le premier jour, il peut s'en approcher beaucoup plus rapidement. Le prix trouve plus vite son équilibre. Davantage de vendeurs apparaissent. Davantage d'ordres sont exécutés. Le titre commence donc à traiter plus normalement dès les premières séances.
SGTM, l'IPO qui a mis en évidence les limites du dispositif
Rappelons aussi que le cas de SGTM illustre concrètement les tensions qui peuvent apparaître lors des premières séances d'une introduction en bourse très demandée. Introduite le 16 décembre 2025, l'entreprise a cédé 20% de son capital et levé près de 5 MMDH, attirant un nombre record de souscripteurs. Porté par un fort déséquilibre entre une demande soutenue et une offre limitée, le titre a enchaîné plusieurs séances de réservation à la hausse.
La séance du 26 décembre est venue illustrer l'ampleur de cette pression. Ce jour-là, le volume global des échanges a dépassé 4,4 MMDH, dont 3,6 MMDH sur le marché central. À elle seule, SGTM a concentré 1,95 MMDH d'échanges et 18.951 contrats sur les 27.099 exécutés sur le marché central, soit près de 70% des transactions. À l'ouverture du fixing, une ligne agrégée de 1,555 million d'actions, représentant 1,54 MMDH, a été exécutée à 989 DH avant que le cours ne se replie lors des transactions suivantes.
Pour les professionnels du marché, ce type de situation illustre les difficultés de formation des prix susceptibles d'apparaître lorsque la demande est exceptionnellement forte dès les premières séances de cotation. C'est précisément dans ce contexte que l'AMMC a revu son dispositif afin de permettre au cours de converger plus rapidement vers son prix d'équilibre et de réduire ce que notre source qualifie d'"effet cocotte-minute".
Le marché des IPO a changé d'échelle
Depuis 2020, le marché des IPO s’est clairement réanimé. Après Aradei Capital en 2020, la cote a accueilli TGCC et Disty en 2021, Akdital en 2022, CFG Bank en 2023, puis CMGP Group fin 2024, Vicenne, Cash Plus et surtout SGTM en 2025. Les montants levés montrent aussi un changement d’échelle : SGTM a levé 5,04 MMDH, ce qui en fait la plus grosse IPO de la période.
Ce retour des introductions en bourse a redonné de la profondeur au marché, avec de nouveaux secteurs représentés : santé, BTP, financement, agriculture, immobilier, banques, technologies de l'information. Il a aussi attiré une demande importante des investisseurs, ce qui a mis en évidence les limites du dispositif de variation lors des premières séances.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le relèvement du seuil à ±20%. L’enjeu n’est pas seulement d’accompagner le retour des IPO, mais d’adapter la mécanique de cotation à un marché plus actif, plus diversifié et plus sollicité par les investisseurs.
Introductions en Bourse : l'AMMC porte à 20% le seuil de variation durant les cinq premières séances
