Abdellatif Jouahri : “Nous souhaitons le réveil de l'investissement privé”
Le deuxième Conseil de Bank Al-Maghrib de l'année 2026 s'est tenu ce mardi 23 juin, suivi par la traditionnelle conférence de presse du Gouverneur. Voici l'essentiel des réponses de Abdellatif Jouarhri aux questions des journalistes.
Le taux directeur est resté inchangé à 2,25%. Le Conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir le taux à son niveau actuel en raison de l’évolution prévue de l’inflation à des niveaux en ligne avec l’objectif de stabilité des prix à moyen terme ; de la consolidation de la dynamique de l’activité économique ; et de la forte incertitude entourant les perspectives économiques à l’échelle internationale.
Comme le veut la coutume, le gouverneur a répondu aux questions des journalistes. Voici les principales déclarations.
Activités relais des banques marocaines en Europe, transferts MRE, restrictions européennes
La fonction relais des banques marocaines installées en Europe a été "remise en cause" par une loi qui est passée devant le Parlement européen en juin 2025. Comme la disposition est générale, ça a touché également nos banques, rappelle le gouverneur.
"Nous avons réagi avec une task force menée par les affaires étrangères, et composée des banques marocaines systémiques les plus essentielles qui ont une activité MRE, et de nous-mêmes avec la direction du Trésor du ministère des Finances pour attaquer le problème de front. Nous avons mené des discussions avec d'abord la Commission européenne, la direction Fisma, et celle-ci nous a dit qu'elle a laissé aux législations nationales le soin de transposer dans leur réglementation les dispositions de la loi européenne et qu'à ce titre il nous appartenait de prendre contact avec les pays concernés pour essayer de mieux clarifier l'opposition vis-à-vis de ce point-là".
"On a attaqué le problème avec la France parce que c'est la principale activité de nos banques au titre des MRE et nous avons abouti pratiquement à un accord qui ne remet pas du tout en cause l'activité relais, maintenant nous sommes en train d'attaquer les autres à commencer par la Hollande, la Belgique. Nous allons programmer l'Espagne et l'Italie".
"Chaque pays nous fait part de son interprétation. Les échanges avec la France nous ont été utiles, mais vraisemblablement, ce n'est pas suffisant vis-à-vis des autres pays. Chacun est souverain de transposer comme il l'entend, mais nous ne désespérons pas".
"La task force mène une action très honnêtement de fond... je dirais presque de harcèlement de façon à faire valoir aussi la réciprocité sur les intérêts qui lient ces pays au Maroc de façon générale".
Pour le Wali, le Maroc va faire aboutir ce sujet "de façon positive" même si "cela prendra du temps".
Encourager l'investissement privé : une réunion large est prévue
La croissance est portée, actuellement, par les investissements publics colossaux en prévision de l'échéance 2030. Quels sont les relais de croissance quand cette échéance sera atteinte et que les investissements publics seront potentiellement moins importants ?
"La croissance est portée par l'effort d'investissement, mais il n'est pas dit que cet effort d'investissement du secteur public va se contracter... Il y a des choses qui vont déborder par rapport à 2030", répond le gouverneur.
"Il y a aussi ce qu'il y a dans le cadre des comptes de la nation, à savoir les investissements des entreprises publiques". Il cite en exemple OCP et son programme d'investissement doté "d'une vingtaine de milliards par an". "Il n'y a pas de raison que ce programme n'aille pas au-delà de 2030 surtout avec des orientations stratégiques comme celle de l'hydrogène vert, etc", explique-t-il.
Cela dit, "ce que nous souhaitons, c'est le réveil de l'investissement privé", affirme le Wali. "Tous les ingrédients sont là. La loi sur les PPP est là. D'ailleurs, elle a bien joué son rôle en ce qui concerne l'investissement dans le dessalement d'eau de mer, et plus globalement le problème hydrique. Il n'y a pas de raison pour que dans d'autres secteurs, ça ne puisse pas agir".
"Il y a, bien sûr, la Charte de l'investissement. Il y a les CRI qui ont fait peau neuve. Il y a aussi, sur le plan de développement territorial, doté d'une enveloppe conséquente… Les uns à côté des autres, s'il en diminue un peu, il y en a d'autres qui vont prendre la relève."
"Nous pensons qu'il y a la place pour que l'investissement privé puisse aussi contribuer à aller au-delà de ce momentum de 2030. Nous sommes en train de programmer une réunion entre le GPBM, nous-mêmes, le ministère des Finances, le ministère de l'Investissement et la CGEM, de façon à mettre les choses sur la table et à voir s'il y a encore en plus à faire".
Mais pour le Wali, "tous les outils mis en place et qui sont complémentaires les uns aux autres (charte, Fonds Mohammed VI,...) il n'y a pas de raison que, au-delà du momentum de 2030, les éléments qui participent au niveau de l'investissement et donc à la croissance ne soient pas là pour prendre la relève".
Ciblage de l'inflation, lancement envisagé en 2027
"Nous sommes en plein dedans... D'ailleurs, je n'ai plus en tête si nous sommes à la note 16 ou 17. Au fur et à mesure, nous faisons les notes d'actualisation pour voir où est-ce que nous en sommes", explique Jouahri, interrogé sur l'avancement du dossier du ciblage de l'inflation.
"Nous sommes encore sur une période de sensibilisation, je dirais presque de formation des parties prenantes. Nous avons tenu une première réunion avec les financiers, les académiciens, etc. Maintenant, nous passons aux autres catégories, c'est-à-dire le secteur privé. Et c'est un des points, d'ailleurs, que nous allons évoquer avec la réunion dont j'ai parlé avec la CGEM. J'espère qu'on pourra la tenir avant la fin de l'année et préparer, en quelque sorte, un mémorandum pour le gouvernement qui viendra", confie-t-il.
"Nous avons à la fois l'assistance technique du Fonds monétaire international, mais nous avons aussi maintenant les pairs qui nous ont devancés au niveau du ciblage et avec qui nous sommes en partenariat (...) Nous prévoyons de présenter le dossier au Conseil, dans toutes ses composantes, en septembre et nous pouvons faire une simulation à blanc en décembre et ouvrir la voie au ciblage de façon officielle à partir de l'année prochaine en touchant du bois, en espérant qu'il n'y ait pas de crise encore qui vienne perturber ce calendrier".
Ce qu'a dit Jouahri sur le produit d'investissement adossé à la performance du bitcoin
Saham Bank a lancé un certificat de dépôt structuré adossé à la performance du bitcoin, présenté comme le premier produit d'investissement de ce type au Maroc. D'une maturité de trois ans, ce placement permet aux investisseurs de s'exposer à l'évolution de la cryptomonnaie à travers l'ETF iShares Bitcoin Trust (IBIT) de BlackRock, tout en bénéficiant d'une protection de 90% du capital à l'échéance.
L'annonce est récente. Le gouverneur a été naturellement interrogé sur ce nouveau produit. "Bitcoin ? Vous avez l'information avant moi. Je n'ai pas d'information", répond le Wali à notre confrère qui a demandé son avis sur le produit.
"Ce que nous avons, c'est un projet de réglementation qui est en cours. Nous discutons avec le SGG de quelques amendements de cette réglementation", avance le gouverneur. "J'ai vu des titres (...) je lirai de quoi il s'agit et après on verra".
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