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ECONOMIE

Antidumping sur les couvertures : Mazafil et Cosyfil s'expliquent

Mazafil et Cosyfil demandent l’instauration de droits antidumping sur les importations chinoises et égyptiennes d’étoffes à longs poils pour couvertures. Les deux producteurs dénoncent des prix anormalement bas et défendent une mesure destinée, selon eux, à rétablir une concurrence loyale.

Mazafil et Cosyfil demandent des droits antidumping contre la Chine et l’Égypte
Mazafil et Cosyfil demandent des droits antidumping contre la Chine et l’Égypte
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Le 22 juin 2026 à 19h01 | Modifié 22 juin 2026 à 20h12

L'essentiel

  • Le ministère de l’Industrie et du commerce a ouvert une enquête antidumping sur les importations d’étoffes à longs poils pour couvertures originaires de Chine et d’Égypte, à la demande de Mazafil et Cosyfil.
  • Les deux producteurs nationaux estiment les marges de dumping à 55% pour la Chine et 47% pour l’Égypte, tout en affirmant ne pas vouloir bloquer les importations, mais corriger les prix pratiqués sur le marché marocain.
  • Mazafil et Cosyfil disent avoir baissé leurs prix de près de 20% entre 2022 et 2025, sans parvenir à s’aligner sur des importations qu’ils jugent anormalement basses, alors que leurs capacités restent largement sous-utilisées.
  • Un professionnel du secteur estime toutefois que les difficultés actuelles tiennent aussi à des choix industriels, notamment le repositionnement vers le 100% polyester, et plaide plutôt pour un accès plus fluide des transformateurs marocains aux tissus et intrants textiles.

-oOo-

Les détails

Le ministère de l’Industrie et du commerce a ouvert une enquête antidumping sur les importations d’étoffes à longs poils pour couvertures originaires de Chine et d’Égypte.

La requête a été déposée par Mazafil et Cosyfil, deux producteurs nationaux qui demandent l’instauration d’une mesure visant à corriger ce qu’ils considèrent comme des pratiques de dumping sur le marché marocain.

Le produit concerné correspond à des étoffes de bonneterie à longs poils, en fibres textiles synthétiques, destinées à la fabrication de couvertures. Selon l’avis du ministère, ces étoffes sont utilisées dans la production de couvertures lourdes ou de couvertures en flanelle plus légères.

Dumping présumé : les réponses de Mazafil et Cosyfil

Dans ce contexte, Médias24 a contacté Mazafil et Cosyfil, qui ont répondu conjointement à nos questions.

"Au niveau de la requête, nous avons estimé, sur la base de données objectives, une marge de dumping de 55% pour les exportations de Chine des étoffes en question, et de 47% pour les exportations de l’Égypte. Toutefois, notre estimation reste un élément déclencheur et la marge de dumping officielle sera déterminée par le ministère dans le cadre de l’enquête sur la base des exportations et des prix de vente des exportateurs chinois et égyptiens concernés", nous explique une source autorisée qui parle au nom des deux producteurs nationaux.

À la question de savoir pourquoi la Turquie, traditionnel concurrent du secteur textile marocain, n'est pas visée par la requête, notre source explique que "ses exportations d’étoffes concernées vers le Maroc portent sur de très faibles quantités, environ une trentaine de tonnes par an". 

Pour Mazafil et Cosyfil, les actions entreprises pour contrer la concurrence chinoise et égyptienne n'ont pas permis de redresser la situation. Entre 2022 et 2025, "nous avons essayé d’augmenter notre production et nos ventes en volume et ce, en baissant nos prix de vente pour les aligner sur les prix des importations", avance notre source autorisée.

Les deux producteurs marocains affirment avoir concédé une baisse de près de 20% de leurs prix de vente sans, toutefois, pouvoir atteindre le niveau, au demeurant bas, des prix des importations.

"Toutefois, cette démarche n’est pas soutenable du fait que les prix des importations sont encore en deçà de nos prix de vente et, en conséquence, nous perdons en termes de ventes en valeur et en termes de rentabilité et de marges commerciales".

Et d'ajouter : "Aujourd'hui, les prix moyens des importations des étoffes en question originaires de la Chine et de l’Égypte sont anormalement bas et se situent largement en deçà de nos prix moyens de vente, avec un différentiel d’environ 22% en 2022 et 14% en 2025". 

Dans le même sens, les chiffres financiers de Mazafil, consultés par Médias24, montrent une nette dégradation de la situation de l’entreprise. Son chiffre d’affaires a fortement reculé, passant d’un pic de 144,6 MDH en 2007 à 81,4 MDH en 2021.

De même, le résultat net confirme cette fragilité, avec de lourdes pertes enregistrées entre 2018 et 2020, dont -123,3 MDH pour la seule année 2019. L’exercice 2020 porte clairement l’empreinte du choc Covid. En 2021, les comptes montrent une récupération partielle par rapport au point bas, mais la situation reste fragile et toujours négative.

Des droits antidumping pour "corriger un dumping sur le marché marocain" et protéger des investissements marocains

La question qui se pose est de savoir si un droit antidumping peut rendre durablement la production marocaine compétitive, ou s'il servira principalement à compenser temporairement un écart de coûts avec les producteurs étrangers ? Pour les opérateurs nationaux, il s'agit d’abord de "corriger les prix pratiqués par les exportateurs chinois et égyptiens sur notre marché par rapport à ceux qu’ils pratiquent sur leur marché domestique".

Ils s'expliquent : "Les éléments de coûts de production peuvent être différents, en fonction des systèmes de production et en fonction de chaque marché. Les exportateurs chinois et égyptiens pratiquent des prix sur notre marché marocain inférieurs à ceux pratiqués en Chine et en Égypte. Par conséquent, la mise en place d’un droit antidumping corrigera cette différence et permettra d’instaurer un climat de concurrence loyale sur le marché marocain et, in fine, affectera positivement notre compétitivité".

"Il est important de signaler, à ce propos, que les industriels du secteur ont déjà réalisé des investissements considérables entre 2022 et 2024, avec la création de nouvelles unités industrielles modernes et fortement intégrées, notamment à Nador", explique notre source autorisée.

"Aujourd’hui, le Maroc dispose d’une industrie textile intégrée, spécialisée dans la fabrication des étoffes à longs poils en fibres textiles synthétiques pour couvertures. L’importance des investissements réalisés par les sociétés de la branche de production montre que ce secteur industriel s’inscrit dans une dynamique favorable à la croissance de la production nationale. Ces investissements ont porté essentiellement sur la mise en place de nouvelles unités, la modernisation des équipements et l’acquisition de nouveaux matériels de production. Ils se sont traduits par une augmentation des capacités de production de la branche", poursuit-elle.

"Ainsi, nous estimons que l’instauration d’une mesure antidumping permettra d’abord de protéger les investissements d’envergure déjà réalisés et de soutenir la voie de la croissance de la branche de production".

Par ailleurs, notre source assure que les industriels du secteur disposent de capacités de production largement sous-utilisées, "avec un taux d’utilisation qui ne dépasse guère 38% entre 2022 et 2025".

Pour autant, Mazafil et Cosyfil assurent que leur requête ne vise pas à "stopper ou à interdire les importations du produit objet de l’enquête. Elle vise plutôt à corriger les prix de ces importations, sans pour autant agir sur leurs courants ou leurs flux. Autrement dit, il ne s’agit nullement de bloquer les importations. Le produit concerné peut toujours être importé, mais à des prix loyaux, sans pratique de dumping".

"Le problème principal réside essentiellement dans les capacités de production déjà mises en place, mais qui restent aujourd’hui sous-utilisées sous l’effet de la concurrence déloyale des importations massives à bas prix en provenance de Chine et d’Égypte. Une fois utilisées de manière optimale, ces capacités industrielles permettraient de satisfaire largement le marché national à des prix concurrentiels".

Des virages stratégiques ratés ?

Cette demande intervient toutefois dans un secteur textile où tous les acteurs ne partagent pas la même lecture de la situation. Contacté par Médias24, un professionnel du secteur estime que les difficultés actuelles tiennent aussi aux choix industriels opérés par certains acteurs nationaux.

"Mazafil disposait historiquement d’une offre de couvertures reconnue pour sa qualité, fondée sur l’utilisation de laine, de mélanges laine/acrylique et d’acrylique. L’entreprise a toutefois abandonné cette spécialisation en se repositionnant sur une production 100% polyester", explique-t-il.

"Ce choix stratégique l’a conduite à évoluer sur un marché fortement concurrentiel, où la compétitivité des producteurs chinois et égyptiens, soutenue par des coûts de production particulièrement avantageux et d’importantes capacités industrielles, rend la concurrence particulièrement difficile", poursuit le professionnel.

Il estime que la priorité industrielle ne devrait pas être de restreindre l’accès aux tissus importés, mais de fluidifier l’approvisionnement des transformateurs marocains.

"Dans un pays où l’amont textile reste peu développé, la priorité ne devrait pas être de perturber l’approvisionnement des confectionneurs de pyjamas, peignoirs et vêtements de sport, mais plutôt de favoriser l’émergence d’une offre de couvertures à plus forte valeur ajoutée, cohérente avec les atouts et les ambitions du Maroc", souligne-t-il.

"Le renforcement de la compétitivité du secteur passe avant tout par une plus grande fluidité des approvisionnements en tissus et en intrants textiles, ce qui plaide pour une suppression des droits de douane qui continuent de pénaliser les transformateurs locaux", ajoute notre source.

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Le 22 juin 2026 à 19h01

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