Sahara : l’élection de de la Espriella peut-elle faire basculer la position de la Colombie ?
De Bogota à Rabat, l’élection d’Abelardo de la Espriella est observée au-delà de son seul enjeu colombien. Le nouveau président succède à Gustavo Petro, qui avait rétabli les relations avec la "rasd" trois jours après son investiture et multiplié les signaux favorables au polisario. Pour le Maroc, la question est désormais de savoir si cette ligne survivra au retour de la droite au pouvoir.
L'élection le 21 juin 2026 d'Abelardo de la Espriella à la présidence de la Colombie marque le retour de la droite au pouvoir après quatre années de gouvernance de gauche sous Gustavo Petro. Au-delà des enjeux internes, ce changement politique pourrait avoir des répercussions sur la position colombienne concernant la question du Sahara.
Le nouveau président, avocat et figure conservatrice, succédera officiellement à Gustavo Petro le 7 août.
Abelardo de la Espriella possède les nationalités colombienne, américaine et italienne. Il a obtenu la reconnaissance de sa nationalité italienne par ascendance, ses grands-parents maternels étant italiens, et a acquis la citoyenneté américaine en février 2023, après plusieurs années de résidence aux États-Unis.
Sa victoire met fin à une parenthèse politique durant laquelle la Colombie avait rétabli, en août 2022, ses relations diplomatiques avec la "rasd", une décision qui avait suscité de vives controverses au sein de la classe politique colombienne.
Un précédent ancien, relancé par Petro
L’histoire entre Bogota et la "rasd" ne commence toutefois pas avec Gustavo Petro. La Colombie avait établi des relations diplomatiques avec l’entité fantomatique en février 1985, sous la présidence du conservateur Belisario Betancur, dans un contexte latino-américain encore marqué par les solidarités tiers-mondistes et les débats autour de la décolonisation. Ces liens avaient ensuite été gelés en décembre 2000 sous Andrés Pastrana, dans l’attente d’une issue au processus onusien sur le Sahara.
Le geste de Petro, intervenu trois jours après son investiture, avait donc été présenté par ses soutiens comme une reprise de cette ligne ancienne, mais dénoncé par ses opposants comme une rupture avec l’équilibre recherché par Bogota dans ses relations avec Rabat.
Pour Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur et chercheur en relations internationales, cette reconnaissance n'a jamais fait l'objet d'un consensus national. "Le rétablissement des relations avec la "rasd" a été décidé par l'exécutif sous Petro, mais il a rencontré une forte opposition au sein du Congrès colombien, dont une majorité est restée favorable au maintien de relations privilégiées avec le Maroc".
Selon lui, le président sortant colombien a progressivement intégré la question du Sahara dans son agenda diplomatique. "Sous l'influence de ses rapprochements avec Alger, Petro a porté ce dossier sur la scène internationale à un moment où une majorité croissante d'États soutient pourtant l'initiative marocaine d'autonomie comme base sérieuse et crédible de règlement du conflit", souligne Ahmed Faouzi.
Ce tropisme ne s’est pas limité au rétablissement des relations diplomatiques. Dès le 10 août 2022, Petro avait reçu à Bogota le pseudo "ministre" sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Salek, ainsi que Mohamed Zrug, représentant du polisario pour l’Amérique latine. En mars 2023, le mouvement séparatiste avait également salué sa proposition d’associer le Sahara aux sommets ibéro-américains. Plus récemment, en novembre 2025, Petro a revendiqué publiquement un soutien ancien à la soi-disant "lutte sahraouie" et plaidé de nouveau pour un référendum.
Cette orientation s'est notamment illustrée en mai 2026 lorsque la Chambre des représentants colombienne a décerné à la "rasd" l'"Ordre de la Dignité et de la Patrie", une distinction controversée largement saluée par la diplomatie algérienne.
Mais cette position était loin d'être unanimement partagée. En réaction, 62 sénateurs sur les 108 que compte la chambre haute ont exprimé publiquement leur désaccord avec la reconnaissance de la "rasd", réaffirmant leur attachement aux relations historiques entre la Colombie et le Maroc.
Pour Ahmed Faouzi, la reconnaissance de la "rasd" par la Colombie en 2022 a été une décision portée par Petro et n'a jamais fait l'objet d'un consensus au sein des institutions colombiennes.
Le Conseil de sécurité en toile de fond
La victoire de la Espriella soulève désormais des interrogations quant à l'avenir de la position colombienne sur le dossier du Sahara, même si le nouveau président n'a pas encore annoncé d'orientation précise sur cette question. L’enjeu est d’autant plus suivi que la Colombie siège comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2027, période durant laquelle le dossier du Sahara continuera de faire l’objet d’examens réguliers à New York.
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