L'embellie historique des barrages masque encore la fragilité des nappes
Avec 12,6 milliards de mètres cubes stockés au 19 juin 2026, soit un taux de remplissage de 74,43 %, les barrages marocains renouent avec des niveaux inégalés depuis août 2015. Une embellie portée par le bassin de l'Oum Errabiâ, mais qui ne doit pas masquer la vulnérabilité des nappes phréatiques, loin de leurs niveaux d'avant la sécheresse.
L’essentiel
- Au 19 juin 2026, les stocks des barrages atteignaient 12,6 milliards de m³ (74,43 % de remplissage), un niveau inédit depuis le 5 août 2015.
- Après le pic de 76,19 % du 10 mai, les vagues de chaleur ont entraîné un léger recul de 1,76 point, soit environ 290 millions de m³.
- Le bassin de l'Oum Errabiâ est le principal moteur de la reprise : ses grands barrages (Al Massira, Bin El Ouidane, Ahmed El Hansali) stockent à eux seuls près de 2,9 milliards de m³, s'approchant de la capacité d'Al Wahda, la plus grande retenue du pays.
- Un an plus tôt, ces ouvrages étaient quasi vides, notamment Al Massira.
- Les données satellitaires GRACE confirment une remontée des nappes dans plusieurs régions, mais le centre du pays (Casablanca-Settat, Marrakech-Haouz) reste en déficit.
- Malgré l'embellie, les niveaux souterrains demeurent loin de leur état normal, dans un contexte de forte vulnérabilité climatique.
Les détails
Cela fait plus de dix ans que les retenues des barrages n'avaient pas atteint un tel niveau. Ce vendredi 19 juin 2026, les stocks hydriques s'établissent à 12,6 milliards de mètres cubes, soit un taux de remplissage de 74,43 %. À titre de comparaison, il faut revenir au 5 août 2015 pour retrouver un niveau de remplissage similaire.
Ces dernières semaines, à la suite des vagues de chaleur qu'a connues le Maroc, les réserves hydriques ont légèrement diminué. Elles sont passées du pic de 76,19 %, enregistré le 10 mai 2026, à 74,43 %, soit un recul de 1,76 point de pourcentage. En volume, cette baisse correspond à environ 290 millions de mètres cubes.
L'Oum Errabiâ, principal moteur de la reprise des stocks hydriques
Par rapport à l'année dernière, l'amélioration du stock est principalement portée par la hausse des réserves dans le bassin de l'Oum Errabiâ.
Le barrage Al Massira stocke aujourd'hui environ 1,13 milliard de mètres cubes, soit un taux de remplissage de 42,96 %, alors qu'en 2025 ce taux ne dépassait pas 5 % au maximum.
En amont du barrage Al Massira, le barrage Ahmed El Hansali s'approche de sa pleine capacité, à 84,91 % (591,96 millions de mètres cubes), contre un maximum de 19 % atteint en 2025.
De son côté, le barrage Bin El Ouidane, qui conjugue vocation touristique et hydrique, frôle actuellement un volume record de 1.175,2 millions de mètres cubes, soit un taux de remplissage de 92,29 %, un niveau jamais atteint depuis août 2015.
Par rapport à l'année dernière, où ils dépassaient à peine 500 millions de mètres cubes cumulés, les grands barrages de l'Oum Er-Rbia stockent actuellement environ 2,9 milliards de mètres cubes, ce qui montre l'ampleur de l'impact des précipitations exceptionnelles qui ont arrosé le pays cette année.
Outre les barrages du bassin de l'Oum Errabiâ, cette dynamique haussière est également observée au barrage Al Wahda. Bien qu'il ait été relativement épargné par la sécheresse qui a frappé le Maroc, il dépasse désormais le seuil des 3 milliards de mètres cubes, un niveau inégalé depuis 2018.
Des nappes qui remontent, mais loin de leurs niveaux d'avant la sécheresse
Dans un précédent article, nous avions relevé, à partir des signatures satellitaires, une dynamique positive dans plusieurs régions du Maroc durant les premiers mois de l'année, bien qu'elle demeure insuffisante, notamment dans les régions du centre du pays, où le rebond est resté timide.
Rappelons que ces satellites ne « voient » pas l'eau directement. Les valeurs obtenues reflètent en réalité les variations du champ de gravité terrestre. L'eau constituant une masse considérable, ses déplacements modifient localement la gravité. Ainsi, une valeur de +10 cm ne signifie pas qu'il y a 10 cm d'eau à cet endroit, mais qu'il existe l'équivalent de 10 cm d'eau supplémentaires par rapport à la période de référence du satellite.
Jusqu'au mois de mai 2026, au nord du Maroc, après avoir atteint un pic de +9,5 cm en février, l'anomalie a reculé jusqu'à +4,3 cm, qui demeure toutefois positive.

Dans la région du Gharb, après une longue période d'anomalie négative entamée en décembre 2019, l'indicateur a atteint un pic de +1,9 cm en février. En mai, l'anomalie redevient légèrement négative (-1,07 cm), mais reste nettement plus faible que lors de la période précédente, signe d'un net redressement.

Dans la région de Casablanca-Settat, la dynamique haussière des nappes se poursuit, tout en demeurant négative par rapport à la période de référence des données satellitaires GRACE, à -8 cm. Rapportée à la même période de l'année dernière (-14 cm), cette évolution traduit néanmoins une nette amélioration où le déficit s'est réduit de près de moitié.

Dans la région de Marrakech et du Haouz, la dynamique haussière se prolonge jusqu'au mois de mai, tout en restant négative. La comparaison mois par mois fait toutefois apparaître une progression sensible : de -11 cm en mai 2025 à -7,2 cm en mai 2026.

La même tendance s'observe dans les régions proches de l'Atlas, où la dynamique haussière se maintient, probablement sous l'effet de l'apport de la fonte des neiges. Dans la région de Taroudant, l'anomalie reste négative, mais la trajectoire demeure ascendante jusqu'au mois de mai.

De ce qui précède, on peut déduire que les eaux souterraines ont entamé une reprise. Toutefois, replacée sur plusieurs années, cette amélioration ne suffit pas à ramener les nappes à leurs niveaux habituels, en particulier au regard de la pression hydrique et de la longue série d'épisodes de sécheresse.
Si l'on prend l'exemple de la région du Nord, la comparaison des moyennes de l'état hydrique des sols au mois de mai, indicateur de la recharge potentielle, montre que la situation se rapproche seulement de celle observée au début de la sécheresse amorcée en 2020.

Tout cela démontre l'urgence de repenser la gestion des ressources souterraines, afin de concilier une utilisation optimale des terres et la préservation des ressources hydriques pour les générations futures. D'autant que l'ensemble des prévisions climatiques placent le Maroc dans une zone de forte vulnérabilité, et que tous les bassins hydriques, y compris ceux du nord du pays, restent exposés à des baisses importantes, même dans les scénarios les plus optimistes, parallèlement à un dérèglement climatique qui ne cessera de s'aggraver si le monde ne parvient pas à maîtriser ses émissions.
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