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Autoproduction : le Maroc tient-il enfin son cadre, ou seulement une amorce ?

Le décret tant attendu sur l'autoproduction est entré en vigueur le 9 juin 2026, ouvrant aux entreprises et aux particuliers le droit de produire leur électricité renouvelable. Mais entre un décret complémentaire toujours bloqué, un plafond de revente figé à 20% et l'absence de mesures d'accompagnement, le cadre ressemble pour l'instant davantage à une amorce qu'à un dispositif pleinement opérationnel et incitatif.

Autoproduction : le Maroc tient-il enfin son cadre, ou seulement une amorce ?
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Le 18 juin 2026 à 13h11 | Modifié 18 juin 2026 à 14h35

L'essentiel

  • Entré en vigueur le 9 juin 2026, le nouveau cadre d’autorisation de l’autoproduction ouvre enfin la voie, sur le papier, à une production autonome d’électricité renouvelable, légale et connectée au réseau national.
  • En 2026, le marché libre a réservé une capacité d’accueil de 696 MW, prédominée par l’éolien. Cette réserve doit atteindre 2.647 MW à l'horizon 2029-2030.
  • Trois régimes coexistent selon la puissance : déclaration (moins de 11 kW), accord de raccordement délivré par les SRM (11 kW à 5 MW) et autorisation de l'ONEE (au-delà de 5 MW).
  • La dématérialisation complète des procédures est prévue mais pas encore effective.
  • Au-delà de la facture énergétique, l'enjeu est celui de valoriser l'excédent d'autoproduction afin de promouvoir davantage d’investissements qui pourront permettre de compenser les flambées périodiques des énergies fossiles.

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Les détails

Depuis le 9 juin 2026, particuliers et entreprises peuvent obtenir l'autorisation de produire leur propre électricité à partir de sources renouvelables. C'est l'aboutissement d'un long parcours où il aura fallu près de trois ans rien que pour que le texte d'application soit adopté.

Le décret 2.25.100 ouvre un segment stratégique pour les entreprises. Produire sa propre énergie permet de réduire la facture énergétique et, dans le même mouvement, de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Les progrès technologiques y contribuent, puisqu'il est désormais possible non seulement de produire de l'électricité renouvelable, mais aussi de la stocker pour gérer l'intermittence propre à ces sources.

Pour les installations déjà en service, le texte prévoit une période de transition. En vertu de l'article 33 de la loi nᵒ 82-21 relative à l'autoproduction de l'énergie électrique, les personnes physiques et morales exploitant de telles installations disposent de dix-huit (18) mois, à compter de l'entrée en vigueur de la loi, pour se déclarer auprès de l'administration.

Autoproduction et promesse de dématérialisation des procédures

La réglementation marocaine distingue trois procédures en fonction de la capacité demandée :

  • Régime de déclaration (installations inférieures à 11 kW) : Simple et rapide. En l’absence de raccordement au réseau, une déclaration administrative suffit. En cas de raccordement, le demandeur doit vérifier la disponibilité de la capacité d’accueil et fournir un plan de raccordement, un schéma d’implantation et un rapport sur ses besoins en consommation.
  • Accord de raccordement (entre 11 kW et 5 MW) : Délivré par les Sociétés Régionales de Distribution (SRM), sous réserve d’une étude technique favorable.
  • Régime d'autorisation (supérieure à 5 MW) : accordée par l’ONEE (gestionnaire du réseau national), après avis technique confirmant la faisabilité de l’intégration au réseau.

La loi 82-21 a prévu la dématérialisation complète des procédures (article 21) pour plus de fluidité et de transparence, notamment dans l’attribution des raccordements via un système de priorité clair (premier arrivé, premier servi). En attendant la mise en service de la plateforme électronique, les demandes doivent encore être déposées auprès des services déconcentrés de la Transition énergétique.

Avant de boucler l'ensemble du cadre juridique relatif à l'autoproduction, il reste également à finaliser le texte relatif au stockage d'énergie (article 15 de la loi 82-21), qui tarde lui aussi à arriver.

Pour les investissements industriels, notamment ceux confrontés au CBAM (taxe carbone), il devient urgent de doter le Maroc d'un dispositif de certification de l'origine verte de son électricité, reconnu par le marché européen.

Si le Maroc a fait le pas d'autoriser les premières ESCO, ces sociétés de services énergétiques qui aident les entreprises à concrétiser leurs projets d'efficacité énergétique, à opérer sur le marché marocain, la livraison de ces certificats ne peut se faire sans la mise en place de la plateforme nationale de certification.

Le ministère vient de boucler la phase d'appel à manifestations d'intérêt, au cours de laquelle il a échangé avec une quinzaine d'investisseurs. Il examine désormais le modèle technique, financier et opérationnel le mieux adapté en vue de l'appel d'offres imminent.

Un potentiel important pour le marché libre

En tant que régulateur, l'ANRE met librement à disposition les données de capacité d'accueil, gage de transparence des procédures. Pour chaque poste source, il est possible de connaitre les capacités d’accueil disponibles et ceux réservés.

Le système électrique national peut accueillir jusqu’à 10.429 MW de nouvelles capacités renouvelables à l’horizon 2030, avec une répartition équilibrée entre l’éolien (jusqu’à 4.915 MW) et le solaire (jusqu’à 5.514 MW).

En 2026, la capacité d’accueil réservée par le marché libre s’est élevée à 696 MW (519 MW en éolien et 177 MW en solaire). Cette réserve devrait augmenter progressivement pour atteindre 2.647 MW à l’horizon 2029-2030. Il s’agit des projets déjà autorisés par le ministère de la Transition mais qui ne sont pas encore mis en service.

Côté réseaux de distribution, les 1.324 MW disponibles incluent 68 MW déjà réservés à Fès et à Tanger. À Tanger, le poste source «Harrarine», près de la zone industrielle de Gueznaya, en mobilise 35 MW ; à Fès, le poste source « Fès Amont » en réserve 15 MW.

À l'échelle des douze régions, la SRM Casa-Settat concentre la plus grande capacité de distribution dédiée aux renouvelables, avec 375 MW à l'horizon 2029 contre 196 MW aujourd'hui. Elle est suivie par la région de Rabat, qui devrait cumuler 229 MW.

Ces chiffres traduisent une dynamique d'investissement privé qui s'installe, portée par le potentiel marocain en énergies renouvelables. Les capacités d'accueil autorisées concernent en premier lieu le réseau de transport THT-HT, et plus particulièrement l'éolien.

Cette filière représente environ 74 % de la capacité réservée en 2026, principalement dans les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab. Viennent ensuite les capacités solaires, sur les réseaux de transport et de distribution, surtout implantées dans la région de l'Oriental.

La prédominance des projets à haute tension donne une indication sur les capacités susceptibles d'être mobilisées en lien avec les projets d'hydrogène vert et/ou de dessalement portés dans les régions du Sud.

SR500 : quand les crédits carbone financent le photovoltaïque industriel

Le déblocage de l’autoproduction s’accompagne du lancement du programme Solar Rooftop 500 (SR500). Lancé en février 2026, ce programme est le fruit d’un accord de coopération entre le Maroc et la Suisse pour le transfert de crédit carbone (entrant dans le cadre des ITMO Résultats d'atténuation transférés au niveau international) visant à installer une capacité cumulée de solaire de 500 MWc.

Le SR500 finance le déploiement de nouvelles installations photovoltaïques en toiture, jusqu’à 3 MWc par projet, sur des sites industriels ou tertiaires.
En contrepartie, l’entreprise bénéficiaire perçoit dans un premier temps 60 % du montant total estimé des émissions évitées, valorisées jusqu’au 31 décembre 2030. Ce versement intervient juste après la mise en service de l’installation. Les 40 % restants sont ensuite versés annuellement pendant toute la durée d’exploitation, en fonction des émissions réellement évitées et vérifiées.

Le Maroc pose le cadre, reste à promouvoir les auto producteurs

Les tarifs de rachat fixés auparavant par l’ANRE, soit 21 centimes en heures de pointe et 18 centimes en heures creuses, placent le rapport rachat/prix réseau dans un ordre de grandeur comparable à celui observé en France.

Cependant, en France, il est possible de vendre la totalité de sa production. On a également promu l'autoproduction à travers des primes à l'investissement, mais aussi des primes paysagères destinées à ne pas nuire à l'architecture des bâtiments. Bien que ces primes soient aujourd'hui supprimées, elles ont constitué un attrait pour l'investissement, qu'il s'agisse des ménages ou des industries.

Par ailleurs, en France, les prix de rachat ne sont pas fixes toute l'année, car ils augmentent pendant la saison estivale, lorsque le besoin de produire davantage d'électricité se fait plus important.

Au Maroc, les professionnels du secteur attendent par ailleurs l'approbation d'un nouveau décret destiné à promouvoir l'autoproduction, en redéfinissant les conditions de révision du plafond de revente de l'excédent, aujourd'hui fixé à 20 %, un texte qui n’a pas encore été adopté par le conseil du gouvernement.

Le cadre de l'autoproduction n'allégera pas, à lui seul, la facture énergétique du Maroc. Il offre en revanche un terrain favorable à l'investissement privé. À l'image de l'Europe, le Maroc doit désormais compléter ce cadre réglementaire par un dispositif d'accompagnement pour promouvoir effectivement les auto producteurs.

L’enjeu est aussi celui de la résilience. Qu’il s’agisse du renchérissement des matières premières comme le charbon, le pétrole et le gaz, ou d’une année de sécheresse qui pénalise l’hydroélectricité, la possibilité de valoriser l’excédent d’autoproduction permet d’absorber ces aléas sans nuire à la compétitivité du système électrique. Et cette flexibilité, si on arrive à encourager les investissements, pourrait renforcer la sécurité énergétique du Maroc face aux chocs externes.

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Le 18 juin 2026 à 13h11

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