Mondial 2026. Comment le Maroc a rivalisé avec le Brésil
ANALYSE. Après une première demi-heure très aboutie, l’équipe nationale a payé le prix de ses ambitions avant de se rendre à la raison face au Brésil, samedi 13 juin, lors de la première journée du groupe C. Si Ayyoub Bouaddi et Achraf Hakimi ont survolé la rencontre, le capitaine de l’EN n’est pas exempt de tout reproche sur le but égalisateur. Mais il n’est pas le seul.
Tout d’abord, plantons le décor. Le choc de la première journée du groupe C, entre le Maroc et le Brésil, a tenu toutes ses promesses. Jusqu’à présent, ce fut sans doute le match le plus haletant de cette Coupe du monde 2026.
Et les Lions de l’Atlas n’y sont pas étrangers. Surtout pendant la première demi-heure, où ils ont dominé des Auriverde bousculés et surpris par la générosité dans les courses et l’intensité de leurs adversaires.
Si l’ouverture du score d’Ismail Saibari est intervenue à un moment où le Brésil avait repris ses esprits, elle récompense surtout l’entame de match des Lions de l’Atlas et le plan de jeu mis en place par le staff de Mohamed Ouahbi.
Mais à ces hauteurs, un seul moment d’inattention se paye cash. Et face à des attaquants d’une telle qualité, il suffit de qu’un joueur d’absente de sa position pour que toute la défense soit dépeuplée. En l’occurrence, Achraf Hakimi.
Mais il serait injuste de lui faire porter la totale responsabilité de l’égalisation signée Vinicius Junior. Brahim Diaz, Neil El Aynaoui et Ayoub Bouaddi ainsi que Azzedine Ounahi ne sont pas non plus hors de cause.
La réalisation brésilienne a toutefois mis en évidence l’état d’esprit conquérant des Lions de l’Atlas. Ils ont été portés pendant plus de trente minutes par une confiance inébranlable en leur bonne étoile et surtout leur capacité à marcher sur la Seleção, sans éprouver aucun complexe d’infériorité.
Néanmoins, autant le magnifique but de Saibari a piqué au vif le Brésil, autant l’égalisation a quelque peu coupé l’herbe sous le pied aux hommes de Mohamed Ouahbi. On vous explique (retrouvez les statistiques du match en fin d’article).
Pendant trente minutes, le plan a fonctionné à merveille
Comme nous l’évoquions avant la rencontre, les phases de transition et la gestion de la profondeur ont bien été la clé de cette rencontre.
Conscient de la nécessité de ne pas laisser trop d’espace entre la défense et Yassine Bounou mais aussi d’en créer dans le camp d’en face, Mohamed Ouahbi a disposé son équipe défensivement autour d’un schéma de jeu en 4-4-2.
Il y a eu quelques situations de jeu, sur les touches et en début de match notamment, où Ismail Saibari et Azzedine Ounahi devaient sortir très fort sur les défenseurs centraux du Brésil pour les obliger à jouer long et donc pouvoir récupérer le ballon.

Mais la consigne générale était de couper la relation entre les défenseurs et les milieux de terrain afin d’orienter la relance sur les côtés, où les Marocains effectuaient un pressing une fois que les latéraux d’en face avaient le ballon.

Il s’agissait donc d’être sur la ligne des passes intérieures pour Saibari et Ounahi, puis de sortir sur Casemiro, Paquetá et Guimarães pour Bilal El Khannouss, Diaz, El Aynaoui et Bouaddi.
Le Maroc a orienté la relance sur les côtés (flèche noire) pour mieux enfermer le porteur, qui avait un adversaire supplémentaire avec la ligne de touche dans son dos.

Une stratégie qui a été particulièrement efficace en début de match. Puisque les Lions de l’Atlas ont récupéré pléthore de ballons dans le premier quart d’heure (17), qu’ils n’ont malheureusement pas su concrétiser ensuite.
Dans ce laps de temps, ils ont certes eu moult situations, 6 tirs contre 1 seul pour les Auriverde, mais ils ont quelque peu manqué de justesse dans le dernier ou l’avant-dernier geste. Parfois, ils ont également trop tergiversé aux abords de la surface de réparation.
À l’image de cette action où Azzedine Ounahi a fait le choix du dribble alors qu’il avait une fenêtre pour tenter sa chance. Bref, le plan de jeu a été respecté et appliqué à merveille.
Les Marocains ont aspiré les Brésiliens pour mieux les contrer
Puis les Marocains ont quelque peu baissé de rythme et d’intensité. Ce qui fut somme toute compréhensible au regard de leur débauche d’énergie dans le premier quart d’heure.
Ils ont su reculer intelligemment tout en gardant un bloc compact et discipliné. Et surtout la présence d’esprit d’aspirer les Brésiliens pour mieux les contrer.
Dans sa configuration offensive, l’équipe de Carlo Ancelotti est vulnérable à l’opposé du ballon, mais aussi en profondeur. Alors, lorsque Noussair Mazraoui a récupéré un ballon, il savait pertinemment que Brahim Diaz allait être libre de l’autre côté.
Sur le coup, le Madrilène a bénéficié du manque de vigilance du latéral gauche brésilien, Douglas Santos, qui est arrivé avec un temps de retard.

À cet instant, l’appel et la prise d’espace d’Ismail Saibari, tout comme la justesse de la passe en profondeur de Brahim Diaz, étaient aussi parfaits qu’un alignement des planètes.
Mais il faut aussi souligner la course d’Achraf Hakimi qui a également eu une grande importance. Car en déboulant à grande vitesse sur la gauche de Brahim Diaz, le capitaine de l’équipe nationale a accaparé l’attention du central Gabriel Magalhães.

Le défenseur d’Arsenal a orienté son corps vers la ligne de touche pour se préparer à gérer la course de son bourreau en finale de la Ligue des champions.
Mais il s’est fait piéger par cette fausse piste. Et le temps qu’il s’en rende compte et qu’il ajuste l’orientation de son corps du côté de Saibari, il était déjà trop tard.

La suite de l’action doit bien évidemment beaucoup à la classe du joueur du PSV et un peu aussi à la mauvaise lecture du gardien brésilien Alisson en profondeur.
Jusqu’ici, le plan du Maroc se déroulait sans accroc. C’était même trop beau pour être vrai. D’ailleurs, c’est à partir de cet instant que les Lions de l’Atlas ont commencé à avoir quelques soucis.
Le Maroc a manqué de discernement et de prudence après l’ouverture du score
Ce n’est pas tant qu’ils ont eu un excès de confiance. Mais peut-être ont-ils eu un peu de suffisance en même temps qu’un surplus d’ambition.
On a tendance à le sous-estimer. Mais l’impact du facteur mental sur le résultat d’un match n’est pas moins important que la technique, la tactique et le physique.
On s’explique. Il est probable que le Onze national se soit quelque peu fourvoyé au vu de l’ascendant pris sur le Brésil. Au point parfois de manquer de précaution et de trop vouloir aller de l’avant.
Avant le but égalisateur, il y a eu quelques alertes où Vinicius Junior s’est retrouvé seul dans la surface de réparation. Mais à chaque fois, Hakimi réussissait à revenir au bon moment. Mais sur le but du Madrilène, il était cette fois beaucoup trop loin.
Et pour cause, quelques secondes auparavant, Hakimi s’était projeté très haut dans son couloir pour disputer un ballon long de la tête.

Cependant, il l’a perdu et s’est donc retrouvé hors de position. Son repli n’a pas été un modèle du genre. Celui de Brahim Diaz non plus, au point que ce dernier marchait sur la fin de l’action. Issa Diop a étonnamment tenté de jouer le hors-jeu, alors que Chadi Riad était bas.

La suite de l’action a également mis en évidence une absence d’agressivité de Azzedine Ounahi sur Bruno Guimarães, qui a tout de même réussi à remettre le ballon à Vinicius, entre Bouaddi et El Aynaoui.

Difficile de mettre ce but sur le dos d’un seul joueur. Disons que c’est une somme d’erreurs au résultat fâcheux. Mais plus important encore, cette réalisation a quelque peu ébranlé la confiance et les aspérités offensives de l’EN.
Les Lions de l’Atlas ont été bien moins dangereux après l’égalisation
La répartition temporelle des tirs tentés par le Maroc en témoigne. Saibari et ses coéquipiers n’ont tenté aucun tir entre la 31e et la 99e minute.

Une longue traversée du désert qui est également symbolisée par la prudence d’Achraf Hakimi. Le latéral marocain a clairement rongé son frein.
En vérité, les changements opérés par Mohamed Ouahbi n’ont pas métamorphosé son équipe. Un constat qui met en relief un écart de niveau entre le onze titulaire et les remplaçants.
En dépit d’un second acte pas à la hauteur du premier, le Maroc peut se targuer d’avoir non seulement tenu tête à une grande nation du football mais aussi de l’avoir dominée pendant une bonne partie de la rencontre.
Maintenir l’état d’esprit, l’intensité et la qualité de jeu dont ils ont fait preuve garantira aux Lions de l’Atlas des résultats en corrélation avec leurs ambitions. Même si la rencontre face à l’Écosse sera d’une toue autre nature.
Pour finir, voici les statistiques de notre fournisseur de données qui attestent d’une opposition âpre et disputée avec tout de même un léger avantage offensif pour le Maroc.
Voici les statistiques approfondies du match :
Possession : Maroc (49%) - Brésil (51%)
xG : Maroc (1,6) - Brésil (0,6)
Tirs : Maroc (13) - Brésil (9)
Tirs cadrés : Maroc (4) - Brésil (5)
Récupérations : Maroc (81) - Brésil (81)
% de duels gagnés : Maroc (47,5%) - Brésil (51,3%)
% de duels offensifs gagnés : Maroc (50%) - Brésil (43,2%)
% de duels défensifs gagnés : Maroc (56,7%) - Brésil (52%)
% de duels aériens gagnés : Maroc (21%) - Brésil (78%)
% de centres réussis : Maroc (20%) - Brésil (41,6%)
% de passes en avant réussies : Maroc (74,6%) - Brésil (78,3%)
% de passes réussies dans le dernier tiers : Maroc (69,6%) - Brésil (75,4%).
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