IA : la note choc de Citrini sur une crise mondiale contestée par des experts
Publiée initialement comme un simple "exercice de réflexion", la note macroéconomique de Citrini et Alap Shah a provoqué un véritable séisme chez les investisseurs et les décideurs politiques. En modélisant un futur où l'abondance d'IA détruit l'économie humaine, Citrini Research a brisé le tabou de l'optimisme technologique, déclenchant un tollé sans précédent.
C’est un document que certains qualifient de "bear porn" (fantasme baissier) et d’autres de "prophétie lucide". Intitulée The 2028 Global Intelligence Crisis, la note publiée en février 2026 par le cabinet Citrini Research ne cesse de faire l’objet de débats enflammés. Ce qui devait être une simulation de "risque de queue gauche (un scénario catastrophe improbable)" est devenu le point de ralliement de tous ceux qui craignent que la bulle de l'IA ne finisse par dévorer ses propres géniteurs.
Le scénario du pire : quand l'efficacité tue la croissance
Le postulat de Citrini est aussi simple que terrifiant : et si le succès total de l'IA était, en réalité, le pire scénario pour le capitalisme ? La note décrit un mécanisme de "spirale de déplacement de l'intelligence humaine".
Contrairement aux révolutions industrielles précédentes, l'IA ne créerait pas plus d'emplois qu'elle n'en détruit. Dans ce récit daté de juin 2028, le chômage atteint 10,2% aux États-Unis, non pas parce que les entreprises vont mal, mais parce qu'elles vont trop bien.
Les marges explosent grâce à l'automatisation, mais la "vélocité de l'argent" s'effondre. C’est le concept du "Ghost GDP" (PIB fantôme) : une croissance qui apparaît dans les comptes nationaux, mais ne circule jamais dans l'économie réelle, car les machines, par définition, ne consomment pas.
Un tollé dans la Silicon Valley et à Wall Street
Dès sa sortie, la note a provoqué une levée de boucliers. Les géants du SaaS (Software as a Service) et les banques d'affaires ont dénoncé une vision "néo-luddiste" de l'économie. Citrini y affirme en effet que les "douves" (moats) économiques de sociétés comme ServiceNow ou DoorDash sont en train de fondre, car l'IA réduit à zéro la "friction" sur laquelle ces entreprises prélèvent leurs rentes.
Plus grave encore, l'article met en lumière une faille systémique : le marché de la dette privée. Citrini décrit comment les grands gestionnaires d'actifs (Apollo, Blackstone, KKR) ont utilisé les assurances-vie et les rentes des ménages pour financer des rachats d'entreprises de logiciels, dont les revenus sont désormais décimés par l'IA. "Un château de cartes de paris corrélés sur la productivité", assène la note.
Le spectre de 2008, version col blanc
La partie la plus polémique du rapport concerne l'immobilier. Citrini prédit une crise des prêts "prime" (les emprunteurs les plus solides). Contrairement à 2008 où les prêts étaient mauvais dès le départ, les prêts de 2028 seraient "bons", mais rendus impossibles à rembourser par l'obsolescence soudaine des cadres supérieurs.
À San Francisco ou Seattle, les prix chutent déjà de 11%, illustrant une fracture où l'intelligence humaine, autrefois rare et chère, est devenue abondante et dévalorisée.
Vers une "taxe sur l'inférence" ?
Le retentissement de cette note a été tel que les politiques ont dû s'en saisir. Citrini évoque l'émergence du mouvement "Occupy Silicon Valley" et des projets de loi radicaux comme le Shared AI Prosperity Act, qui propose de taxer l'inférence des processeurs pour financer des transferts directs aux ménages.
Le tollé mondial suscité par cette publication montre que la question n'est plus de savoir si l'IA fonctionne, mais si le contrat social peut survivre à une telle efficacité. En concluant que "le gain de productivité profite presque exclusivement aux propriétaires du calcul (compute)", Citrini Research n'a pas seulement publié une note de recherche, ils ont ouvert la boîte de Pandore de la lutte des classes à l'ère du silicium.
Face à ces prévisions alarmistes de Citrini Research, le cabinet Bersingéco se veut rassurant. Loin de détruire la demande et les revenus, la révolution de l'IA pourrait au contraire stimuler le pouvoir d'achat et tirer les salaires globaux vers le haut.
Si ce scénario "catastrophe" a suffi à faire baisser la bourse américaine, Bersingéco démontre dans une analyse que l'argumentation d'une chute globale de la demande et des salaires est peu convaincante d'un point de vue économique.
Une hausse de la productivité n'entraîne pas une baisse de la demande
L'argument central de la note de Citrini, selon lequel l'IA détruirait les emplois de "cols blancs" (codage, traduction, comptabilité, juridique) et provoquerait une spirale récessive, est remis en cause par l'analyse de Bersingéco.
Pour le cabinet, l'argent économisé par les entreprises ne s'évapore pas. Pour illustrer ses propos, Bersingéco prend l'exemple d'une société de logiciels économisant 100.000 € de masse salariale grâce à l'IA :
- L'entreprise peut accroître ses profits (revenus pour les actionnaires).
- Elle peut augmenter les salaires des collaborateurs restants, devenus plus productifs.
- Elle peut baisser le prix de ses produits, augmentant le pouvoir d'achat des clients.
Dans tous les cas, ces 100.000 € sont réinjectés dans l'économie, générant une demande supplémentaire dans d'autres secteurs.
Bersingéco souligne également l'absurdité théorique du concept de "PIB fantôme" : par définition, une production génère forcément un revenu et une demande équivalente.
L'IA : un moteur potentiel pour la hausse des salaires globaux
Contrairement aux idées reçues, le cabinet Bersingéco soutient que l'IA pourrait augmenter les salaires globaux via deux mécanismes :
- L'effet Balassa-Samuelson : les gains de productivité dans les secteurs technologiques finissent par tirer vers le haut les salaires dans l'ensemble de l'économie (y compris dans les services de proximité comme la restauration) pour attirer et retenir la main-d'œuvre.
- L'enseignement de l'histoire industrielle : un graphique produit par Bersingéco montre qu'entre 1987 et 2025 aux États-Unis, malgré une baisse de l'emploi total dans l'industrie, la productivité et les salaires moyens ont progressé de concert. La hausse de la valeur ajoutée par salarié permet mécaniquement une meilleure rémunération.
La réactivité des politiques publiques
Enfin, l'étude du cabinet Bersingéco rappelle que les autorités monétaires et budgétaires disposent de leviers puissants pour contrer toute velléité de crise :
- En cas de baisse de la demande, la Banque centrale pourrait baisser ses taux d'intérêt et créer de la monnaie massivement pour stimuler l'activité sans risque inflationniste immédiat.
- L'État pourrait profiter de ces taux bas pour financer des plans de soutien massifs, l'action budgétaire devenant plus facile dans un contexte de pressions déflationnistes.
Pour toutes ces raisons, l'enchaînement déflationniste lié à l'IA est donc, selon Bersingéco, hautement improbable. L'innovation, comme par le passé, modifiera la structure de l'emploi, mais ne détruira pas la dynamique de croissance. En libérant du pouvoir d'achat par la baisse des prix, l'IA favorisera au contraire l'essor de nouveaux secteurs d'activité.
Face à ces deux visions radicalement opposées de l'avenir du capitalisme, le débat se poursuit : l'intelligence artificielle sera-t-elle le déclencheur d'une crise sans précédent ou le moteur d'un âge d'or de la productivité ?
Et vous, quel scénario vous semble le plus plausible ? N’hésitez pas à nous faire part de vos analyses à l’adresse suivante : [email protected]
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