Déficit, dette, compte courant : ce que les nouveaux chiffres du PIB changent vraiment
En rehaussant les PIB nominaux de 2023 et 2024, les nouveaux comptes nationaux donnent une meilleure allure à plusieurs indicateurs macroéconomiques. Mais cette amélioration restera fragile si elle ne s’accompagne pas d’une croissance plus productive, portée par un secteur privé capable de transformer l’activité en revenus, en emplois et en recettes fiscales durables.
L’essentiel
- La croissance s’est établie à 4,9% en 2025. Celle de 2023 a été relevée à 3,8%, et celle de 2024 à 4,4%.
- La révision à la hausse du PIB nominal en 2023 et 2024 réduit mécaniquement les ratios de déficit budgétaire, de dette du Trésor et de compte courant.
- L’effet reste limité sur le déficit budgétaire, mais plus visible sur la dette du Trésor, dont le ratio recule de 0,3 point de PIB en 2023 et de 0,7 point en 2024.
- Le compte courant se dégrade fortement en 2025, avec un déficit de 42 milliards de DH (MMDH), soit 2,4% du PIB.
- La durabilité de l’amélioration des ratios dépendra de la capacité de la croissance à générer durablement des revenus, des emplois et des recettes fiscales, ce qui exige un investissement privé solide et dynamique.
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Les détails
La croissance économique s’est établie à 4,9% en 2025. Ce niveau est supérieur à l’ordre de grandeur d’environ 4,6% que suggérait l’agrégation des comptes trimestriels disponibles jusque-là.
Comme chaque année, la publication des premiers comptes annuels de l’année la plus récente s’accompagne d’une actualisation des deux exercices précédents. Les comptes de 2023 deviennent définitifs, ceux de 2024 semi-définitifs et ceux de 2025 restent provisoires.
La croissance de 2023 est ainsi relevée de 3,7% à 3,8%. La révision est beaucoup plus importante pour 2024, dont la croissance passe de 3,8% à 4,4%.
Cette révision porte aussi sur le PIB nominal :
- Le PIB de 2023 passe de 1.479,8 MMDH à 1.485,6 MMDH.
- Le PIB de 2024 est relevé de 1.596,8 MMDH à 1.614,6 MMDH.
- Le PIB de 2025 est estimé à 1.720,2 MMDH.
Cette révision à la hausse du PIB nominal de 2023 et de 2024 réduit mécaniquement les ratios macroéconomiques.
Un effet très limité sur le déficit budgétaire
Le déficit budgétaire s’est établi à 64,2 MMDH en 2023, à 61,5 MMDH en 2024 et à 60,5 MMDH en 2025.
Avec l’ancien PIB, le déficit de 2023 représentait 4,3% du PIB. Il reste à 4,3% après révision, lorsque le ratio est arrondi à une décimale.
L’effet est plus visible en 2024. Le ratio passe de 3,9% à 3,8% du PIB. La révision permet donc de réduire le déficit de 0,1 point de PIB. En 2025, le déficit représente 3,5% du PIB.
La trajectoire reste orientée à la baisse. En valeur absolue, le déficit budgétaire recule de 64,2 MMDH en 2023 à 60,5 MMDH en 2025. Son poids dans le PIB diminue aussi.
La révision profite davantage au ratio de dette
La dette du Trésor atteint 1.016,8 MMDH en 2023, 1.081,6 MMDH en 2024 et 1.145 MMDH en 2025.
La révision du PIB produit ici l’effet le plus important. Le ratio de la dette du Trésor recule de 0,3 point de PIB en 2023 et de 0,7 point en 2024.
La dette augmente de 128,2 MMDH entre 2023 et 2025, tandis que son poids relatif recule. Cette évolution signifie que le PIB nominal progresse plus rapidement que l’encours de la dette.
Le compte courant
Le déficit du compte courant passe de 15,5 MMDH en 2023 à 19,6 MMDH en 2024, avant d’atteindre 42 MMDH en 2025.
La révision du PIB n’entraîne aucun changement visible à une décimale pour 2023 et 2024. Le déficit reste proche de 1% du PIB en 2023, et de 1,2% en 2024. En 2025, il atteint 2,4% du PIB.
L’augmentation du PIB nominal ne compense donc pas la forte dégradation du solde extérieur. Le creusement du déficit des échanges de biens a largement dépassé l’amélioration enregistrée au niveau des services et des revenus secondaires.
Le compte courant montre ainsi les limites de l’effet de dénominateur. Une hausse du PIB réduit mécaniquement un ratio, tant que le montant placé au numérateur reste relativement stable. Or, entre 2024 et 2025, le déficit courant est passé de 19,6 MMDH à 42 MMDH, soit une hausse de 114,3%. Cette forte dégradation a largement neutralisé l’effet de la progression du PIB nominal.
Au-delà des ratios, l’enjeu d’une croissance durable portée par le privé
Au-delà de ces ajustements statistiques, l’enjeu est de rendre durable la baisse des ratios. Pour que cette amélioration soit pérenne, la croissance doit aussi élargir la base fiscale et générer davantage de recettes. Elle agit alors par deux canaux complémentaires, en réduisant les déficits grâce à des recettes plus élevées et en augmentant le dénominateur à travers la progression du PIB nominal.
Cette dynamique passe nécessairement par un secteur privé solide et dynamique, capable de créer davantage de revenus, d’emplois, de salaires, de profits et de recettes fiscales. La qualité de la croissance compte donc autant que son rythme.
Une croissance portée principalement par la dépense publique ou par des facteurs temporaires améliore les ratios à court terme, mais ne garantit pas leur trajectoire future.
L'enjeu est donc de renforcer l'investissement privé. Cela suppose certes des infrastructures de qualité, mais également un environnement institutionnel favorable. La prévisibilité réglementaire, l'application effective du droit de la concurrence, la protection de l'investissement et la réduction des barrières à l'entrée constituent des éléments tout aussi importants que les infrastructures physiques.
L’expérience internationale montre que les investisseurs accordent autant d’importance à la qualité des institutions qu’aux infrastructures.
Une entreprise peut accepter un coût logistique plus élevé ou des délais administratifs plus longs si elle bénéficie d’une visibilité suffisante sur les règles du jeu. En revanche, l’incertitude réglementaire, l’instabilité des règles ou les difficultés d’exécution des contrats peuvent freiner l’investissement, même dans un environnement bénéficiant d’infrastructures performantes.
La protection effective des droits des investisseurs constitue également un facteur déterminant. Les entreprises investissent sur des horizons parfois très longs. Elles doivent pouvoir anticiper avec confiance la stabilité des règles fiscales, réglementaires et contractuelles qui encadrent leurs activités. Cette confiance est souvent aussi importante que les incitations financières ou les dispositifs de soutien publics.
C’est à cette condition que l’amélioration observée aujourd’hui dans les ratios budgétaires et d’endettement pourra se transformer en tendance durable plutôt qu’en simple effet statistique lié à la hausse du PIB nominal.
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