Équipe nationale. Mohamed Ouahbi, un pari risqué ?
La nomination du technicien marocain, le jeudi 5 mars, était attendue, mais elle surprend à plus d’un titre. Formateur expérimenté, il découvrira le très haut niveau international dès le 27 mars, face à l’Équateur à Madrid, en préparation du Mondial 2026. Champion du monde avec les U20, Ouahbi s’apprête à relever un défi d’une tout autre ampleur, secondé par le Portugais João Sacramento.
Mohamed Ouahbi est le nouveau sélectionneur du Maroc. C’était dans l’air depuis quelque temps, mais confier les Lions de l’Atlas à un technicien qui découvre le très haut niveau international n’en demeure pas moins surprenant.
Pour la huitième nation au classement FIFA, certains s’attendaient à un nom plus expérimenté, rompu aux exigences du football international.
Mais, le jeudi 5 mars, lors d’une soirée d’hiver glaciale au Complexe Mohammed VI de Salé, Walid Regragui a laissé les commandes à Mohamed Ouahbi.
Le désormais ancien sélectionneur est parti comme il était venu, en toute discrétion. Un départ loin d’être à la hauteur de l’empreinte qu’il laisse dans le livre d’histoire du football marocain, arabe et africain.
La discrétion, Ouahbi en connaît un rayon. Né le 7 septembre 1976 à Schaerbeek, en Belgique, le technicien marocain baigne dans le monde du football profesionnel depuis plus de vingt-cinq ans.
Il commence sa carrière d’entraîneur à seulement 21 ans, au RSC Anderlecht, avec les jeunes (moins de 9 ans), avant de gravir les catégories jusqu’aux espoirs.

Le nouveau sélectionneur des Lions de l’Atlas a énormément compté dans la carrière de joueurs confirmés de nos jours, comme Youri Tielemans (Aston Villa), Dodi Lukébakio (Benfica), ou encore Jérémy Doku (Manchester City).
En mars 2022, la carrière de Mohamed Ouahbi prend une tout autre tournure. Il prend les commandes des U20 marocains, qu’il mènera en finale de la Coupe d’Afrique des nations, avant de réaliser l’exploit historique de décrocher le titre de champion du monde de la catégorie en 2025.
Et voilà qu’il succède à Walid Regragui, qui lui laisse en héritage un autre exploit, une demi-finale du mondial chez les A.
Le temps lui est compté. Dès le 27 mars, face à l’Équateur à Madrid, puis le 31 mars face au Paraguay à Lens, il devra gérer un vestiaire de stars internationales, dans la perspective du mondial 2026 où le Maroc affrontera le Brésil dès le match d’ouverture, le 13 juin à Boston.
Pour l’instant, la durée de son contrat n’a pas été annoncée. Interrogé à ce sujet, Mohamed Ouahbi a éludé la question, préférant insister sur son engagement moral et sa mission auprès de l’équipe nationale.
Concernant son staff, il n’est pas encore entièrement constitué. À ce jour, seuls Christophe Baudot, directeur du secteur médical à la Fédération royale marocaine de football (FRMF), et le Portugais João Sacramento (premier adjoint), en font partie.
João Sacramento, la tactique d’abord
Fin tacticien, Sacramento a entamé sa carrière au centre de formation du SC Braga, avant de se tourner vers l’analyse du jeu.
Diplômé d’un master en sciences de la performance et titulaire de la licence A UEFA, il est reconnu pour sa maîtrise de l’analyse vidéo et ses exercices tactiques capables de répondre à toutes les situations.
Les entraîneurs avec lesquels il collabore s’appuient régulièrement sur son regard pendant les rencontres.

Le Lusitanien a notamment travaillé avec l’équipe technique du Pays de Galles, puis rejoint l’AS Monaco en 2014. Il occupe ensuite différentes fonctions d’analyste et d’adjoint en Ligue 1, avant d’accompagner plusieurs entraîneurs européens de renom, dont José Mourinho.
Une première expérience comme numéro un au LASK Linz en Autriche lui permet également de découvrir la responsabilité complète d’un staff, même si elle a tourné court.

En somme, son CV est plus long que celui de Ouahbi. Il sera à n’en pas douter un atout pour épauler le sélectionneur dans sa mission, dont la nomination symbolise une forme de continuité aux yeux du président de la FRMF.
"Nous avons des entraîneurs marocains de très haut niveau, nous ne nous posons plus la question de choisir un technicien étranger. Mohamed Ouahbi est assez discret, mais c’est un travailleur acharné. Cette confiance placée en lui est somme toute logique afin de développer l’équipe nationale et être à la hauteur des attentes des Marocains", a souligné Fouzi Lekjaa.
Quant à Ouahbi, il a exprimé toute sa détermination et sa foi en ses qualités. "Je suis conscient des attentes, très honoré, et je m’engage vraiment à travailler avec sérieux, avec humilité, avec détermination. Et surtout avec beaucoup de patriotisme pour continuer à faire progresser cette équipe".
"Nous avons une équipe solide", reprend-il, "en pleine progression, sans complexe. Je remercie du fond du cœur Walid Regragui pour tout ce qu’il nous a laissé, son héritage nous servira de base".
Le challenge est immense. Formateur expérimenté, mais découvrant le très haut niveau international, héritier d’un groupe qui a atteint la demi-finale du mondial 2022, Mohamed Ouahbi devra faire preuve d’autant de génie tactique que de tact.
Il devra davantage manager qu’entraîner. Être diplomate, mais aussi avoir du caractère pour naviguer dans un vestiaire exigeant et face à la pression de plus de 40 millions de Marocains.
"Mohamed Ouahbi n’a rien à perdre, c’est que du bonus pour lui. Il y a un an, personne ne s’attendait à le voir là. Il le mérite. Il est humble, travailleur et compétent", assure un technicien marocain.
Cela dit, notre interlocuteur n’ignore pas le défi qui attend Ouahbi. "Sa connaissance du jeu et son expertise tactique sont indéniables, mais il devra apprendre à gérer un vestiaire de stars et la pression d’une nation entière", prévient-il.
Maintenant, c’est à Mohamed Ouahbi de surprendre son monde. Dans le bon sens du terme.
Coupe du monde U20. Autopsie du style exigeant prôné par Mohamed Ouahbi
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