Moteurs d'avion. Safran parie sur le Maroc : entretien avec son directeur général
En trois mois, le groupe aéronautique français Safran a arrêté sa décision : le Maroc accueillera l'usine dédiée à l’assemblage de moteurs d’avion. Un projet industriel majeur, signé le lundi 13 octobre devant le Roi Mohammed VI, qui positionne le Royaume dans un segment technologique de pointe. Choix du Maroc, calendrier du projet, stratégie de Safran… Médias24 s'est entretenu avec Olivier Andriès, directeur général de Safran.
Le français Safran a décidé d'installer au Maroc deux usines qui vont positionner le Royaume sur le segment très restreint et stratégique de l'assemblage des moteurs d'avion.
La décision a été prise en "trois mois", nous confie Olivier Andriès, directeur général de Safran, avec qui nous nous sommes entretenus, ce mardi 14 octobre, au sujet des implications de cet investissement et du calendrier de son déploiement.
"Au printemps de cette année, nous nous sommes dit qu'il fallait investir dans nos capacités d'assemblage. Nous avons maturé cette réflexion jusqu'au début de l'été, et la décision a été prise vers le mois de juin. Nous avons ensuite engagé des discussions avec le Maroc", nous confie-t-il.
"Le Maroc permet d'être compétitif et performant"
Des discussions qui se sont soldées par un investissement stratégique de 3,4 milliards de dirhams (MMDH) dans deux usines, dont les conventions ont été signées ce lundi 13 octobre devant le Roi Mohammed VI.
Le projet consiste en la mise en place d'un complexe industriel composé de deux unités qui emploieront à terme plus de 900 personnes :
- une usine d’assemblage et de test de moteurs, pour un investissement de 2,1 MMDH, qui disposera d’une capacité de 350 moteurs par an, soit près de 30% de la production mondiale du moteur LEAP.
- un centre de maintenance et de réparation, pour 1,3 MMDH, qui assurera la réparation de 150 moteurs par an.
Comme nous l’indiquions dans un précédent round up, le Maroc bénéficie d'une forte attractivité des investissements étrangers dans ces domaines hautement technologiques, grâce à la formation professionnelle des jeunes et à la connectivité aux énergies renouvelables, deux secteurs directement supervisés par le Roi Mohammed VI. La stabilité du Royaume renforce cette attractivité.
Ces arguments et d’autres ont plaidé pour le Maroc comme destination d'investissement, comme nous le confirme notre interlocuteur.
"Le Maroc s'est imposé comme destination d'investissement parce que nous y sommes déjà très présents depuis vingt-cinq ans, période durant laquelle nous avons progressivement développé une multitude d'activités. Nous sommes très contents du soutien que l'on a toujours reçu, mais également de la performance de nos équipes marocaines", explique le directeur général de Safran.
"Nous sommes en confiance, parce qu'il y a un environnement économique et macroéconomique stable. Nous avons également confiance dans la stabilité économique du pays. Ceci est un élément fondamental pour notre groupe, car pour nous il s'agit d'investir dans l'avenir".
Derrière ces facteurs de confiance et de connaissance du marché et de l'écosystème marocain, il y a aussi des facteurs économiques qu'Olivier Andriès nous détaille.
"Le marché de l'aéronautique civile est très dynamique et les avionneurs, Airbus notamment, mais également Boeing, sont dans une trajectoire de montée en cadence très forte. Ainsi, nous sommes dans une dynamique de montée en cadence, où nous devons investir pour être capables de suivre. Des choix d'investissement devaient être faits avec l'objectif d'être compétitif et performant. Et le Maroc couvre ces deux aspects, la performance opérationnelle et la performance économique", poursuit-il.
L'autre argument avancé par notre interlocuteur est la stratégie de décarbonation du groupe Safran dans le cadre de laquelle cet investissement devait répondre à des normes d'accès à l'énergie verte. Une case que le Maroc a pu cocher grâce à la stratégie royale de développement des énergies renouvelables.
"C'était aussi crucial de pouvoir signer un accord qui nous permettait d'avoir accès à de l'énergie renouvelable. Grâce à l'appui des autorités marocaines, nous avons pu obtenir l'engagement des fournisseurs d'énergie pour nous approvisionner en énergie verte".
La proximité du marché français et la résilience industrielle, deux autres arguments de taille
Le directeur général du géant aéronautique nous confie que l'usine marocaine est destinée à répondre aux besoins d'Airbus. Ceux des clients nord-américains, notamment Boeing, dont des avions sont également équipés par le moteur LEAP, sont couverts par les sites de l'opérateur sur le continent américain.
Il s'agit d'un autre argument en faveur du Royaume, car il fallait une destination en Europe ou en Afrique du Nord pour rester proche de Toulouse en France, le fief d'Airbus qui abrite le siège social du constructeur aéronautique et l'un de ses principaux sites de production.
Safran, qui dispose de chaînes d'assemblage de moteurs en France, précisément au sud de Paris, a écarté l'option d'une augmentation de la capacité d'assemblage sur le site en région parisienne afin de répondre à "des impératifs de résilience".
"La résilience, c'est notre capacité à faire face à des événements imprévus. Nous ne pouvons pas être concentrés dans un même endroit pour éviter le risque du point de défaillance unique. Investir sur le même site existant, c'est être dépendant d'un seul site. Depuis quelques années, Safran a pris la décision d'aller vers des doubles sources. Il était donc important pour nous d'avoir une chaîne d'assemblage en dehors de France".
Une mise en service progressive du complexe entre 2026 et 2027
Concernant le calendrier de déploiement du complexe, le directeur général de Safran nous confie qu'il s’étalera sur trois ans :
- La construction de l’atelier de maintenance doit être achevée d’ici mi-2026, avec l'objectif d'introduire le premier moteur en réparation en juillet 2026, avant une montée progressive jusqu’à atteindre 150 moteurs par an.
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La chaîne d’assemblage de moteurs neufs démarrera en 2027 et atteindra progressivement une cadence de 350 moteurs par an.
Selon le directeur général de Safran, la montée en puissance sera étalée dans le temps. Pour l'unité d'assemblage, "je pense que nous allons commencer par quelques dizaines de moteurs la première année, peut-être une cinquantaine. Puis la capacité va augmenter progressivement. Il faudra trois ou quatre ans avant d'arriver à pleine cadence".
"Le moteur LEAP est aujourd'hui le plus vendu dans le monde. Pour vous donner un ordre de grandeur, notre objectif est de produire 2.500 moteurs d'avion en 2028. Et le site de Casablanca va y contribuer", ajoute-t-il.
Au-delà des moteurs, une extension prévue des autres activités au Maroc
Selon Olivier Andriès, Safran est également engagé dans un programme d'extension de ses autres activités installées au Maroc. "Nous avons trois projets d'extension sur nos autres sites", confie-t-il.
"Notre site dédié aux activités d'électronique et de commandes de vol situé à Casablanca va tripler de taille. Il va recruter probablement environ 400 personnes dans les trois à quatre ans qui viennent. Ensuite, notre site à Rabat consacré aux activités de câblage d'avions pour Airbus va recruter, dans les deux à trois ans qui viennent, 200 personnes. Nous avons également un petit site à Tiflet employant 300 personnes et qui va doubler de taille", détaille notre interlocuteur.
"Les projets d'extension évoqués cumulent entre 1.700 et 2.000 emplois supplémentaires, nous permettant à horizon 2029 d'atteindre les 7.000 employés au Maroc. Nous avons encore d'autres projets derrière, peut-être, qui arrivent".
Assemblage, un premier pas vers un écosystème et un sourcing local ?
Avec cet investissement, le Maroc met un pied dans le cercle restreint des assembleurs de moteurs d'avion. Un segment hautement stratégique. Mais peut-on aller au-delà et espérer, à moyen terme, voir émerger un écosystème des pièces de ce moteur fabriqué localement ?
"Notre supply chain est mondiale. Nous avons, donc, évidemment, des fournisseurs marocains pour nos autres activités. Nous avons pour politique de bâtir un écosystème marocain autour de nos sites. Dans ce sens, nous avons développé notre politique d'achat de pièces auprès de fournisseurs marocains, qui présente aujourd'hui une courbe de trajectoire en croissance", nous répond Olivier Andriès.
"Je pense que cette stratégie est efficace, car aujourd'hui, nous sommes déjà à 100 millions d'euros d'achats locaux, et ça augmente très vite", souligne-t-il.
"Donc, je pense que ce que nous entreprenons en ce moment ouvre la voie, dans l'avenir, à ce que certaines pièces du moteur puissent être fabriquées au Maroc", conclut-il.
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