Textile. H&M envisage de nouveau de fabriquer au Maroc
Le groupe suédois étudie la possibilité d'acheter davantage de vêtements et d'accessoires auprès de fournisseurs plus proches de ses principaux marchés. Pour desservir le marché européen, H&M cherche à développer sa base de fournisseurs au Maroc. Ce sera l'occasion pour le Royaume de renouer avec un ancien grand donneur d'ordres et de décrocher des volumes encore plus importants, mais à condition de développer davantage ses plateformes de produits finis.
Le malheur des uns fait-t-il le bonheur des autres ? Face aux menaces de droits de douane américains, le groupe suédois de fast fashion H&M accélère sa transition vers des chaînes d'approvisionnement régionales. Dans une déclaration à Reuters, le directeur financier de H&M annonce que le groupe étudie la possibilité d'acheter davantage de vêtements et d'accessoires auprès de fournisseurs plus proches de ses principaux marchés en Europe et aux États-Unis.
H&M envisage en effet de s'approvisionner davantage en Amérique centrale, a déclaré ce dernier, pour servir des marchés tels que les États-Unis et le Brésil. Et pour l'Europe, le groupe, qui s'approvisionne en Turquie, cherche aussi à développer sa base de fournisseurs au Maroc et en Égypte.
Une opportunité pour le textile marocain ?
Un retour de H&M au Maroc
"La marque cherche effectivement à poser de nouveau le pied au Maroc et à développer sa base de fournisseurs dans le Royaume. La proposition a été mise sur la table, bien avant les menaces de droits de douane américains. Il y a un an et demi, le groupe suédois a été reçu par l'AMITH et le ministère de l'Industrie. H&M avait même manifesté à l'époque un intérêt pour une réintroduction au Maroc. Les nouveaux droits de douane de Trump permettront éventuellement de concrétiser cette manifestation et de surtout permettre au Maroc de décrocher des commandes à gros volumes", confirme à Médias24, Hammani Amahzoune, président de l'Association marocaine des industries du textile et de l'habillement (AMITH) Région Rabat.
"Il faut savoir que H&M produit déjà au Maroc, notamment dans les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra. Cette production reste toutefois très marginale, car destinée à une seule marque du groupe (Cos). En outre, elle se fait en petites séries, voire des volumes faibles", tient à préciser ce dernier.
"Le groupe disposait par le passé d'autres unités de production à Tanger. H&M s'est néanmoins désengagé de Tanger car il n'a pas obtenu ce qu'il souhaitait, notamment en termes de capacité de production et de qualité de livraison, d'autant qu'Inditex était là pour absorber l'offre", se remémore-t-il.
Les structures marocaines de produits finis, grandes bénéficiaires de ce repositionnement
L'annonce de H&M représente sans doute une opportunité, souligne l'ex-président régional pour Casablanca de l'AMITH, Abderrahmane Atfi.
C'est une bonne nouvelle puisque l'on va pouvoir renouer avec un important client
"C'est une bonne nouvelle puisque l'on va pouvoir renouer avec un important client. Le Maroc est aujourd'hui un petit fournisseur de H&M, mais il fut une époque où le Maroc décrochait des commandes importantes du groupe, notamment à l'époque où les unités de production à Tanger permettaient d'épauler le gros des commandes du groupe suédois".
Les structures marocaines de produits finis seront les grandes bénéficiaires de ce repositionnement.
"Cette possibilité bénéficiera essentiellement aux structures qui produisent des produits finis, étant donné que le modèle de développement de H&M, contrairement à celui d'Inditex qui repose presque entièrement sur la sous-traitance (assemblage), est axé sur les produits finis", poursuit notre interlocuteur.
"La région de Casablanca-Settat est l'une des régions les mieux à même de répondre à ce besoin en produits finis. La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima peut elle aussi contribuer grâce à ses grandes structures qui ont la capacité de produire en grand volume".
Les plateformes, là où le bât blesse
Pour tirer pleinement profit de la politique de régionalisation des chaînes d'approvisionnement de H&M, le Maroc est invité à revoir en priorité ses plateformes de produits finis, maillon faible de l'industrie textile nationale.
"C'est une opportunité pour le Maroc de développer des plateformes ou ce que nous appelons des interfaces, qui sont très peu nombreuses au Maroc. Contrairement à Inditex, H&M ne dispose pas de plateformes qui vont gérer pour son compte la sous-traitance au Maroc. Ces plateformes se chargent à la fois du design, du sourcing matière et de la mise au point des produits. Aujourd'hui, H&M se fournit presque exclusivement en Turquie qui regorge de plateformes et de fournisseurs de produits finis", nous explique un important industriel du secteur.
"Le développement par le Maroc de ces plateformes, véritable maillon faible de l'industrie textile marocaine, doit ainsi être une priorité absolue. C'est d'ailleurs la principale raison pour laquelle le Maroc ne travaille pas avec les grands donneurs d'ordres du Nord, n'ayant toujours pas développé ce savoir-faire de plateformes".
Si nous réussissons à travailler avec H&M, qui est indéniablement un très grand donneur d'ordres, nous pourrons certainement travailler avec toute l'Europe du Nord et même au-delà
La prospection de H&M au Maroc signifie néanmoins que le potentiel est là, nuance-t-il. "Le Portugal est un excellent exemple. Ce pays a su se développer et monter en puissance parce qu'il a réussi à mettre en place des plateformes".
L'industriel d'ajouter : "Le secteur, à mon avis, s'est toujours trompé de vision. Nous avions toujours mis l'accent sur le développement de l'amont textile. Or, ce sont ces agrégateurs-là [les plateformes, ndlr] qu'il faut soutenir, notamment à travers la mise au point technique, créative et commerciale, la R&D, et en développant notre savoir-faire et notre marketing".
"Si nous réussissons à travailler avec H&M, qui est indéniablement un très grand donneur d'ordres, nous pourrons certainement travailler avec toute l'Europe du Nord et même au-delà", conclut-il.
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