Malgré la baisse progressive des taux, l’obligataire rémunère encore de manière attrayante

| Le 23/1/2024 à 17:17
Depuis quelques mois, la baisse des taux obligataires se formalise de plus en plus. Une baisse conduite par la réduction constante de l’inflation et la situation financière confortable du Trésor. Cette baisse des taux a poussé à la hausse le marché actions mécaniquement, mais les rendements obligataires demeurent encore attractifs.

L’année 2023 a été très particulière sur le marché obligataire. Elle avait très mal commencé, avec une hausse des taux des bons du Trésor qui avait entraîné une déroute très importante de la valorisation des fonds obligataires.

Cette forte hausse des taux a ensuite engendré un fort attrait des investisseurs vers le monde obligataire du fait de niveaux de rendement très attrayants et dans un contexte d’aversion aux risques. Mais depuis la pause du cycle de resserrement monétaire de Bank Al-Maghrib (BAM), et de la décrue progressive du niveau d’inflation, les taux ont commencé à se stabiliser puis à afficher une baisse sur certaines maturités en fin d’année 2023.

Une baisse qui s’amorce, poussée par deux facteurs clés

Désormais, une accalmie est bel et bien observée. D’ailleurs, la société de recherche Attijari Global Research notait dans son document hebdomadaire "Hebdo Taux" du 12 janvier dernier : "Les rendements primaires des maturités 26 semaines, 5 ans et 15 ans ont reculé en une semaine de 11, 21 et 31 PBS respectivement. Sur le marché secondaire, les baisses ont varié entre -5 PBS et -15 PBS. Au vu des placements importants du Trésor sur le marché monétaire, soit 25 MMDH en moyenne au cours de cette semaine, ainsi qu’une maîtrise des tombées du Trésor durant l’année 2024 autour des 84 MMDH, contre 150 MMDH en 2023, nous écartons toute pression sur les Taux primaires au cours du T1-24".

Les investisseurs anticipent une baisse du taux directeur

Contactée par Médias24, une source du marché confirme cette tendance baissière sur certaines maturités. "Les maturités courtes et moyennes ont été complètement impactées. Il y a encore un peu de marge sur les 20 ou 30 ans. Mais il y a une anticipation d’une baisse du taux directeur de la part des investisseurs", explique-t-elle.

En somme, deux facteurs poussent les taux obligataires vers une direction baissière. Premièrement, un recul progressif de l’inflation qui s’est terminée à 3,4% en décembre 2023. Cela engendre une baisse des exigences des investisseurs et une anticipation de la baisse du taux directeur courant 2024 par certains investisseurs.

Puis, notre source explique que "le Trésor est à l’aise. Il n’a aucune pression à lever des liquidités et dispose encore de potentiel sur l’enveloppe des financements innovants. Il y a aussi un rôle à jouer sur les privatisations cette année. Il y a les paiements de l’IS en mars qui rendront la situation encore plus confortable. Il y a donc une aisance qui pousse également les taux à la baisse".

Une autre source de la place note un allongement de la duration du Trésor, c’est-à-dire la durée moyenne de la dette du Trésor. "La duration moyenne de sa dette en 2022 était assez courte car le Trésor a retardé les levées. Mais en 2023, il a repris les levées en remontant les taux, permettant ainsi au Trésor d’étaler son échéancier en somme. Cela confère plus de confort au marché", explique-t-elle.

Un détournement vers le marché diversifié et actions, mais l’obligataire reste très attractif

De fait, le marché, à moyen terme, va se détourner progressivement vers des opportunités d’investissement à meilleurs rendements. Cependant, cela dépend du profil de risque des investisseurs.

"Concernant le flux obligataire, ce dernier va se détourner progressivement et se diriger plutôt vers du diversifié ou de l’action. Cela va donner un upside au marché action par effet mécanique. En somme, il n’y a plus vraiment d’upside sur le marché obligataire. Il a largement été consommé. Ce qui se passe, c’est qu’ils vont chercher de l’upside ailleurs, avec un peu plus de prime de risque sur le diversifié ou l’action. D’autres OPCVM pourront à terme se diriger vers les financements innovants", explique notre source.

Depuis le début de l’année, un engouement intéressant est observé sur le MASI avec une progression de plus de 5,6% à plus de 12.770 points à la mi-séance du 23 janvier. "Le secteur immobilier est celui qui a le plus pris l’année dernière. Il y a beaucoup de discussions sur les valeurs cimentières, celles du BTP et également Taqa Morocco, qui a déjà fortement progressé depuis le début de cette année. Il y a de l’intérêt sur le marché", poursuit notre source.

Notre autre source de la place attribue la hausse du marché action à la baisse des taux. "Est-ce que cela va perdurer ? Personne ne le sait ; cela dépendra des résultats du T4, des newsflow durant les prochains mois, etc.". L’un de nos deux interlocuteurs rappelle que la prudence est de mise dans l’attente du jugement contre Maroc Télécom. "Il faut voir ce qu’il va se passer la semaine prochaine sur Maroc Télécom, notamment du fait que cette dernière est fortement pondérée dans les portefeuilles. C’est très attendu par le marché et ce sera un point crucial. S’il y a une lourde amende, cela sera fortement ressenti", explique notre source.

Mais le marché obligataire, malgré la baisse des taux, reste attractif avec des rendements qui demeurent à des plus hauts depuis plusieurs années. "Sur le marché obligataire, il y a des prix qui s’envolent et des opportunités qui faiblissent du fait de la baisse des taux, de l’ordre de 1%. Mais il faut rappeler qu’après la pandémie de Covid-19, les taux étaient très bas. A échéance 5 ans, un BDT offrait du 2% de rendement en 2020. Aujourd’hui, on parle de 3,4%. C’est une bonification des taux qui rémunèrent correctement le risque actuel, il ne faut pas l’oublier non plus. Ils restent à des niveaux au plus haut depuis 8 ou 10 ans", conclut notre source.

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