Tourisme: Fatim-Zahra Ammor table sur 15 millions d'arrivées en 2024

Entretien: Au terme de l’année écoulée, la ministre du Tourisme fait état, pour Médias24, de la forte résilience du Maroc par rapport à d’autres destinations plus impactées par le conflit au Proche-Orient. Optimiste sur la poursuite de cette dynamique dans le cadre de la feuille de route qui prévoit 17,5 millions d’arrivées à l’horizon 2026, Fatim-Zahra Ammor espère 1 million de visiteurs supplémentaires en 2024.

Tourisme: Fatim-Zahra Ammor table sur 15 millions d'arrivées en 2024

Le 11 janvier 2024 à 16h15

Modifié 12 janvier 2024 à 1h09

Entretien: Au terme de l’année écoulée, la ministre du Tourisme fait état, pour Médias24, de la forte résilience du Maroc par rapport à d’autres destinations plus impactées par le conflit au Proche-Orient. Optimiste sur la poursuite de cette dynamique dans le cadre de la feuille de route qui prévoit 17,5 millions d’arrivées à l’horizon 2026, Fatim-Zahra Ammor espère 1 million de visiteurs supplémentaires en 2024.

Après la période post-Covid qui a entraîné un rush mondial des voyageurs, la guerre en Ukraine suivie de celle au Proche-Orient ont occasionné un net ralentissement de l’activité touristique dans plusieurs destinations concurrentes du Royaume.

Face à ce constat, Médias24 a sollicité la ministre du Tourisme pour analyser les répercussions de ces soubresauts géopolitiques sur le secteur touristique du Maroc et savoir si les objectifs de la feuille de route 2023-2026, puis 2026-2030, étaient encore d'actualité voire atteignables.

Médias24 : En attendant la publication officielle des chiffres définitifs de l’année 2023, quelles sont vos estimations en termes d’arrivées et de recettes ?

Fatim-Zahra Ammor : En 2023, nous allons sans doute dépasser la barre des 14 millions de touristes, et enregistrer des recettes de voyage en devises supérieures à 100 milliards de dirhams. En effet à fin novembre, nous avions déjà atteint 13,3 millions d'arrivées et 97,4 MMDH.

- Quelle est votre lecture de la progression du secteur par rapport à 2019 et 2022 ?

- Entre 2019 et 2022, le Maroc a enregistré une avancée remarquable dans le classement mondial des destinations touristiques, grimpant de la 34e à la 22e place.

C’est une très belle performance qui témoigne de la résilience de notre tourisme. En effet, au sortir de la pandémie, sous la vision éclairée de Sa Majesté que Dieu L’assiste, notre pays a pris les mesures appropriées, au bon moment, pour assurer une reprise rapide.

Pour le secteur du tourisme en particulier, le gouvernement a été très volontariste, en lui accordant en moins de deux ans plus de 8 MMDH qui englobent des mesures de soutien, de relance, d’accélération et de transformation du tourisme qui s'inscrivent dans le lancement de la feuille de route 2023-2026.

Il est aussi important de souligner la croissance remarquable de la notoriété du Maroc, grandement influencée par la performance des Lions de l'Atlas lors de la Coupe du Monde au Qatar.

- Est-ce que cette progression s’inscrit dans la marche vers vos objectifs pour 2026, puis 2030 ?

- Absolument. Les résultats de 2023 s'inscrivent pleinement dans notre trajectoire vers les objectifs fixés pour 2026 et 2030.

Ainsi pour l'année écoulée alors que notre objectif était d'atteindre 13,5 millions de touristes et de réaliser 93 MMDH de recettes en devises, nous allons dépasser ces chiffres avec plus de 14 millions de visiteurs et probablement plus de 100 MMDH de recettes.

A présent, le véritable enjeu sera de maintenir cette dynamique afin d’atteindre les 26 millions de touristes en 2030 et, en phase intermédiaire, les 17,5 millions en 2026.

- Malgré les bons résultats d’octobre et de novembre, certains analystes n’hésitent pas à parler de crise des arrivées étrangères depuis le début du conflit au Proche-Orient ?

- Les résultats concrets ne corroborent pas l'idée d'une crise des arrivées étrangères, d’autant plus que jusqu'à fin novembre, nous avons observé une progression sur la plupart de nos marchés émetteurs par rapport à la même période en 2022.

Le marché israélien a naturellement baissé mais le marché américain, malgré une baisse de 8% en novembre, a connu une croissance de 52% durant les 11 premiers mois.

Certains hôteliers spécialisés dans ces deux segments de marché ont effectivement été impactés. C'est la raison pour laquelle je pense qu’il est crucial de diversifier la clientèle afin de réduire la vulnérabilité en temps de crise, quelle que soit son origine.

- Quid des opérateurs pour qui les arrivées des touristes étrangers de séjour ont peu augmenté et qu'en réalité, ce sont les MRE et nationaux qui sont à l’origine de la progression réalisée en 2023 ?

- Au Maroc, nous avons un attachement particulier aux Marocains résidant à l’étranger et comme chacun sait, Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu L’assiste, leur accorde une attention toute particulière.

S'il est indéniable que les MRE contribuent massivement à l’activité touristique de notre pays, ce n’est pas une spécificité du Maroc, et c’est d'ailleurs raison pour laquelle l'Organisation mondiale du tourisme considère la diaspora mondiale comme des touristes, et les inclut dans ses statistiques.

Personnellement, je me réjouis de voir autant de MRE visiter le Maroc.

Cela montre en effet que notre pays est attractif en tant que destination touristique, et que les MRE de 3e ou 4e génération viennent au Maroc parce que ça leur plaît, et non pas par obligation.

Il est également intéressant de noter qu’ils restent longtemps, en moyenne 3 semaines, et donc dépensent bien plus que les touristes étrangers qui ont une durée de séjour plus courte. Ce qui en fait des contributeurs à part entière à l’activité touristique, et donc à l’économie nationale.

Mais notre pays est également très attractif pour les touristes étrangers. En effet, l’année 2023 a vu un retour en force des touristes étrangers qui ont représenté 49% des arrivées (par rapport à 46% en 2022).

De plus, jusqu'à fin novembre, nous avons enregistré une augmentation de 46% des arrivées par rapport à 2022, et récupéré 102% des arrivées de 2019, dépassant de cette manière le taux de récupération mondial de 84%.

Ainsi, à titre de comparaison, les arrivées des MRE ont augmenté de 28% par rapport à 2022.

- Entre la guerre en Ukraine entraînant une spirale inflationniste qui grève le pouvoir d’achat des touristes européens, et leur désaffection pour certaines destinations arabo-musulmanes à cause du conflit au Proche-Orient, quelles sont les conséquences pour le Maroc ?

- Malgré le contexte géopolitique et économique mondial très compliqué, la destination Maroc tire son épingle du jeu, car les chiffres que j’ai partagés parlent d’eux-mêmes.

Nous demeurons une destination prisée, attractive et compétitive, offrant un excellent rapport qualité-prix pour les touristes et, en comparaison avec d'autres destinations, le Maroc maintient sa compétitivité en termes d'hébergement, de restauration, de transport, et autres services touristiques.

- Des nouvelles concrètes du palais des congrès de Marrakech réclamé à cor et à cris par les professionnels qui y voient un moyen de booster le tourisme d’affaires pour remédier aux éventuelles crises du tourisme de séjour ?

- Le palais des congrès revêt une grande importance pour nous. Il est en effet l'un des projets locomotives phares de la feuille de route du tourisme qui fera également partie du contrat d’application régional de Marrakech-Safi.

Les discussions sont en cours, et nous progressons constamment sur ce projet clé qui vise à renforcer l'attractivité de Marrakech sur la filière du MICE, et à  améliorer les arrivées et les taux d'occupation des établissements d'hébergement touristique.

- Quels sont les grands projets structurants qui verront le jour d’ici la fin de l’année actuelle ?

- L'année 2024 sera marquée par une avancée significative sur plusieurs aspects de notre feuille de route.

Outre les chantiers clés tels que l'aérien ou la promotion, nous signerons les contrats d'application avec les 12 régions, qui permettront d’avancer sur les filières thématiques et transverses de la feuille de route.

De plus, un programme d'accompagnement des entreprises touristiques, en partenariat avec Maroc PME, sera opérationnalisé, tout comme les nouveaux programmes de formation des talents avec l'OFPPT et la Confédération nationale du tourisme, ainsi qu’un programme de validation des acquis de l’expérience pour le secteur du tourisme.

Nous avançons aussi sur plusieurs projets locomotives d’animation, pour lesquels nous avons déjà signé des MoU (mémorandum d'entente) avec des investisseurs.

En termes d’aérien, nous continuerons de travailler sur les partenariats stratégiques pour renforcer notre desserte.

L’été 2024 sera notamment marqué par le lancement de nouvelles liaisons internationales et domestiques par Ryanair qui permettra, à terme, de doubler le nombre de leurs passagers, ainsi que par la poursuite de la mise en œuvre du contrat-programme ambitieux avec Royal Air Maroc visant une flotte de 200 avions à l'horizon 2037.

Tous ces plans ne manqueront pas d'avoir un impact considérable sur la performance du secteur.

- Hormis la promotion, pensez-vous que le renforcement du réseau aérien du Maroc permettra de faire revenir le marché allemand qui n’a cessé de reculer depuis 2019 ?

- Le marché allemand, qui se positionne actuellement à la 6e position de nos marchés émetteurs, est très important pour nous.

Jusqu'à fin novembre, nous avons enregistré plus de 250.000 touristes allemands, soit une croissance positive de 68% de leurs arrivées par rapport à 2022.

Pour reconquérir ce marché, nous nous concentrons sur deux leviers clés, à savoir le développement de la connectivité aérienne et la multiplication de nos partenariats avec les tour-opérateurs et OTA.

- Quels sont les marchés émergents sur lesquels vous tablez le plus en 2024 ?

- Notre objectif pour 2024 est de consolider nos marchés historiques tout en explorant de nouvelles opportunités, sachant qu’actuellement le Maroc suscite un grand intérêt dans diverses régions du monde, notamment au Moyen-Orient, en Amérique du Nord, en Amérique latine et en Asie.

Nous concentrons nos efforts sur plusieurs marchés clés tels que les pays du Moyen-Orient, le Brésil, le Japon, l’Inde, les États-Unis et le Canada.

Pour cela, nous avons inauguré en 2023 une ligne reliant le Canada à Marrakech, et nous travaillons aussi pour connecter prochainement plusieurs villes américaines à Marrakech.

- Un mot sur les retombées de l’instauration du visa électronique...

- Depuis son lancement, le visa électronique a apporté une contribution significative à l’attractivité du Maroc.

À fin novembre 2023, plus de 209.000 visas ont été accordés, dont plus de 95% délivrés pour des motifs touristiques.

Ces e-visas nous ont permis de constater un intérêt croissant de certaines nationalités pour le Maroc, révélant des tendances claires, à l’image du marché indien qui est apparu en 2e position en termes de demandes de e-visas.

Cela nous a d’ailleurs incité à ouvrir une délégation de l’ONMT en Inde, afin de développer ce marché dont la taille représente un potentiel considérable pour le tourisme au Maroc.

- Qu’avez-vous prévu de faire pour les 20% d’hôtels toujours fermés à Marrakech et les 30% à Agadir ?

- Plusieurs actions sont en cours pour soutenir les hôtels fermés ou en difficulté.

Nous avons déjà trouvé des repreneurs pour plusieurs hôtels fermés, que ce soit à Agadir ou à Ouarzazate, qui font face aux mêmes problèmes.

Parallèlement, nous collaborons avec le Fonds Mohammed VI pour mettre en place deux mécanismes spécifiques pour ces établissements : l'un dédié à la reprise des hôtels fermés, et l'autre à la rénovation à travers une dette subordonnée.

Ces mécanismes seront d’abord déployés à Agadir et Ouarzazate avant d'être étendus à d’autres régions.

- Selon plusieurs hôteliers, les chiffres des arrivées étrangères pourraient être beaucoup plus importants si les locations quasi informelles de type Airbnb étaient réglementées. À quand un recensement effectif et de vrais contrôles de la part de votre département et du fisc ?

- L'hébergement chez les habitants et les alternatives aux options traditionnelles gagnent en popularité dans le monde entier. Partant de ce constat, l’objectif principal de notre département est d'assurer que ces nouvelles options d'hébergement respectent des normes strictes en matière de sécurité et de qualité.

Pour répondre à cette évolution, le gouvernement a accéléré la publication des textes réglementaires de la loi n° 80.14, avec un nouveau décret relatif à l'ouverture et l'exploitation des établissements touristiques, ainsi que d'autres modes d'hébergement, qui vise à réglementer et à intégrer toutes ces nouvelles formes d'hébergement, mais aussi à garantir un rapport qualité-prix optimal pour les touristes.

Actuellement, nous sommes en phase finale de préparation des arrêtés qui devraient être publiés dans les prochaines semaines.

- Comment se présente le premier trimestre 2024, et que prévoit la feuille de route pour 2024 en termes d’arrivées et de recettes ?

- Sachant que l’année 2023 a été excellente, nous espérons rester sur la même tendance en 2024.

Pour le moment, nous pouvons dire que les réservations sont encourageantes pour le 1er trimestre 2024, selon nos partenaires tour-opérateurs et les plateformes de réservation en ligne.

Atteindre 17,5 millions de touristes en 2026 implique une augmentation annuelle moyenne de 1 million de touristes.

Pour y arriver, il faut que toutes les forces vives se mobilisent et il ne faut négliger aucun aspect de notre feuille de route. Le chemin est encore long.

- Enfin, est-ce que la nouvelle de l’attribution de la co-organisation du Mondial au Maroc, qui est venue après la publication de la feuille de route, vous a obligés à revoir vos prévisions d’ici 2030 ?

- La co-organisation de la Coupe du Monde de 2030 nous a surtout incités à réévaluer nos projections de capacités d'hébergement dans certaines destinations, notamment celles sélectionnées pour accueillir les matchs, comme Rabat et Tanger.

Cet événement historique sera une opportunité de mobilisation sans précédent de l'ensemble des acteurs et de l'écosystème touristique, afin d’accueillir cet événement d'envergure mondiale dans les meilleures conditions.

Personnellement, je pense qu’avoir une telle échéance permet de maintenir le cap et que, par conséquent, on ne peut pas se permettre de ne pas être au rendez-vous !

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