Des productions marocaines, révélations du Festival du film de Marrakech

Quelques heures avant la clôture du FIFM qui décernera l’Etoile d’or aux cinéastes en lice, Médias24 a recueilli l’avis de quatre professionnels du cinéma sur la qualité des films marocains qui concourent à ce prix. Najib Refaïf et Bilal Marmid avancent que « Mother of lies » ou « Les meutes » pourrait devenir la première production nationale à décrocher cette distinction tandis que Sarim Fassi-Fihri et Nabil Ayouch se disent optimistes pour la relève.

Des productions marocaines, révélations du Festival du film de Marrakech

Le 2 décembre 2023 à 11h50

Modifié 4 décembre 2023 à 8h05

Quelques heures avant la clôture du FIFM qui décernera l’Etoile d’or aux cinéastes en lice, Médias24 a recueilli l’avis de quatre professionnels du cinéma sur la qualité des films marocains qui concourent à ce prix. Najib Refaïf et Bilal Marmid avancent que « Mother of lies » ou « Les meutes » pourrait devenir la première production nationale à décrocher cette distinction tandis que Sarim Fassi-Fihri et Nabil Ayouch se disent optimistes pour la relève.

Lors de la 20ème édition du Festival international du film de Marrakech qui se tient depuis le 24 novembre jusqu’a ce samedi 2 décembre, le cinéma marocain a indéniablement été à l’honneur avec une quinzaine de films qui concourent aux différentes sections dont le docu-fiction "Mother of lies" et le long-métrage "Les meutes" qui ont de sérieuses chances de décrocher l’Etoile d’or, graal du FIFM.

"Un double coup de foudre"

Présent au FIFM où il a assisté à plusieurs projections, notre confrère Najib Refaïf nous a fait part de sa surprise et de son engouement pour la qualité impressionnante des deux films marocains en lice.

"Lors du visionnage, j’ai été étonné par la façon dont les réalisateurs ont su revisiter la thématique de la période des années de plomb entre 1970 et 1980. D’autres cinéastes l’avaient déjà traitée mais avec une façon de voir qui s’assimilait davantage, selon moi, à des témoignages", explique le chroniqueur tout aussi surpris par la qualité de la narration que par l’esthétique de ce pan historique du M.

Le critique note que c'est la première fois qu'autant de films marocains sont en compétition avec des productions qui sont vraiment"à la hauteur de l'envergure internationale du Festival du Film de Marrakech".

Face aux grandes productions internationales, souvent difficiles à concurrencer, Refaïf souligne que c’est la première fois qu’une édition du FIFM a permis à deux films marocains de concourir à l'Etoile d'or.

Se défendant de toute tentation chauviniste, le passionné de cinéma poursuit que ces films qui ont été sélectionnés pour leurs qualités cinématographiques contribuent en réalité à l’émergence d’une nouvelle vague de cinéastes marocains qui se confirme depuis une vingtaine d'années.

Mother of lies, un cinéma de genre en route vers les oscars ?

Citant le cas de "Mother of lies" réalisé par Asma El Moudir, le critique explique que cette fiction, qui flirte avec le documentaire, est le fruit d’une approche cinématographique originale voire inédite qui consiste à utiliser des miniatures et des poupées pour reconstituer la vie dans son quartier natal durant les émeutes qui ont eu lieu en 1981 (Chouhada Al Koumira) .

Ce long-métrage utilise, en effet, un dispositif qui se démarque des autres tentatives de revenir sur cette période de l’histoire du Maroc avec "un quartier et des maisons miniaturisés, des figurines, une sorte de laboratoire de discussion où la parole peut se libérer et la mémoire se restaurer", selon la description faite par la cinéaste avant une projection de presse.

Récompensé au festival de Cannes pour sa mise en scène dans la catégorie "Un certain regard", "La mère de tous les mensonges" qui a été choisi pour représenter le Maroc à la cérémonie des Oscars de 2024 ne comporte, selon notre confrère d’habitude bien plus avare en compliments, aucune longueur avec un rythme cadencé de la narration et une qualité de dialogues qui est au rendez-vous.

"Les meutes", le rendu esthétique ne fait pas défaut 

Tout aussi séduit par "Les meutes" de Kamel Lazrak, le critique tient à souligner la qualité de l’histoire de deux pieds nickelés, à savoir un père et un fils forcés de transporter, dans le coffre de leur voiture, le corps d'une personne morte accidentellement après un kidnapping qui a mal tourné.

Visiblement conquis par l’ambiance sombre de cette épopée nocturne, Refaïf déclare que ce road movie, filmé la nuit, a la particularité d’utiliser un éclairage naturel constitué des lampadaires de la ville et des phares de la voiture sans autre appoint artificiel.

"Si l'obscurité caractérise les images de ce film, en réalité c'est un film noir dans tous les sens du terme", tranche le cinéphile qui semble se réjouir de l’ambiance anxiogène d’un tournage qui montre, sous un jour inédit, la face cachée de la banlieue populaire de la métropole économique.

A l’instar de "Mother of lies", la qualité de ce film " haletant" serait renforcée, selon le cinéphile, par le choix du réalisateur d’opter pour un casting sauvage, partagé entre acteurs professionnels et amateurs proches des milieux sociaux dépeints, qui donne un rendu esthétique particulièrement efficace.

"Deux films qui peuvent créer la surprise"

Tout en reconnaissant n’avoir pas visionné tous les films sélectionnés pour concourir à l’Etoile d’or, il juge cependant que ces deux films "surprenants" peuvent allègrement jouer dans la cour des grands.

"Selon moi, un des deux à des chances de créer la surprise en remportant l'Etoile d'or mais nous serons fixés lors de la clôture du FIFM …", conclut notre confrère en rappelant qu’aucune production locale n’a jamais reçu ce prix en 20 ans d’existence du plus grand festival du cinéma du Maroc.

Sollicité à son tour, le critique Bilal Marmid estime que ces deux films "très aboutis" font partie des meilleurs sorties de ces dernières années mais également de l'histoire du cinéma marocain.

Selon notre interlocuteur, ces deux cinéastes ont montré, avec beaucoup de finesse et de maîtrise de la mise en scène qu'ils savaient parfaitement où ils voulaient aller et où ils voulaient nous emmener.

Rappelant que Lazrak a reçu le Prix du jury de la section un certain regard du festival de Cannes et que El Moudir s'est adjugée le prix de la mise en scène et de la réalisation lors du même événement, le cinéphile affirme qu’il s'agit de deux films de festival classe A.

De plus, le critique se réjouit du fait qu'ils ne comportent aucune image erronée, chère à l'Occident, à savoir avec une vision misérabiliste ou folklorique que certains festivals aiment tant, en se disant très optimiste pour que l’un des deux obtienne l’Etoile d’or.

"S'il faut respecter la décision du jury, je pense que les jurés pourraient passer à côté de quelque chose s'il ne retiennent pas un de ces deux films car,  selon moi, cela saute aux yeux qu'ils sont de très haut niveau", juge Marmid en ajoutant qu'il s’agit indéniablement de la meilleure participation marocaine à la compétition depuis la création du Festival International du Film de Marrakech.

Se voulant toutefois prudent, Marmid espère que ces deux films vont ouvrir la voie à de nouveaux jeunes mais qu'il faudra attendre 2024 pour voir s’ils vont s'inscrire dans la continuité de leurs prédécesseurs El Moudir et Lazrak en concluant, optimiste, que la relève semble assurée.

"Cette double participation est le fruit de plusieurs années de travail"

De son côté, l’ancien directeur général du CCM pense que le Maroc aurait pu concourir avec trois films marocains en compétition mais que c'est peut-être un peu trop pour un festival international.

Rappelant qu’en 2016, aucun film marocain n'avait été nominé pour l'Etoile d'or, Sarim Fassi-Fihri déclare que cette double participation au prix ultime est une grande première, fruit de plusieurs années de travail, qui ont donné lieu à du grand cinéma et pas de simple téléfilms.

N'ayant pas vu tous les films en sélection en compétition, notre interlocuteur préfère ne pas se prononcer sur les chances de ces deux films de décrocher l'Etoile d'or d'autant plus que le film palestinien "Bye bye Tibériade" qui est d'une actualité brûlante est formidable aussi.

Tout en se disant très fier du nombre croissant de films marocains financés à l’international qui montre que les cinéastes ont beaucoup progressé en termes d’écriture, l’ancien patron du cinéma marocain affirme que le vote a déjà eu lieu vendredi soir mais qu’il faudra attendre ce samedi soir pour connaître les résultats ...

"La relève est assurée"

Sollicité à son tour, le réalisateur Nabil Ayouch semble souscrire à la surprise de nos précédents interlocuteurs en particulier après avoir vu "Mother of lies", un film qu’il n’hésite pas à qualifier de très original avec une belle mise en scène et une esthétique soignée.

"Si je me dois de préciser que les films marocains voyagent et remportent des prix à l’international depuis longtemps, il est vrai que la jeune génération de cinéastes donne de l’espoir pour la relève", estime le cinéaste qui ne se dit pas du tout inquiet pour l’avenir du cinéma marocain.

Une première: un film marocain remporte l'Etoile d'or du FIFM grâce à Asmae El Moudir

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