La MDJS alerte contre la recrudescence des sites de paris sportifs illégaux
Dans un contexte où les paris sportifs illégaux fleurissent et se multiplient, notamment dans le domaine sportif, la Marocaine des jeux et des sports tire la sonnette d'alarme.
Lors d'une conférence sur les enjeux et les risques associés aux paris clandestins dans le sport, Khalid Naili, chargé de mission auprès de la Marocaine des jeux et des sports (MDJS), a présenté un rapport d'enquête approfondie réalisée par l'organisme.
"Nous faisons face à un phénomène global, et dès lors qu'un opérateur propose des paris sportifs ou des jeux d'argent sans licence dans un pays, son activité est considérée comme illégale", a déclaré Khalid Naili.
La MDJS est l'unique opérateur national autorisé à proposer des paris sportifs au Maroc. Cependant, l'enquête a mis en évidence une montée inquiétante des jeux d'argent clandestins. "Nous avons lancé cette enquête pour mieux comprendre comment ces opérateurs illégaux parviennent à attirer nos joueurs et à les inciter à jouer sur leurs plateformes", a-t-il précisé.
Selon les termes de la convention de Macolin dont le Maroc est signataire, la légalité d'un opérateur de jeux d'argent est déterminée par la juridiction dans laquelle se trouve le consommateur. Ainsi, tout opérateur qui exerce sans autorisation légale dans le pays du consommateur est automatiquement considéré comme agissant de manière illégale. En adhérant à cette convention, le Maroc s'engage à respecter et à mettre en œuvre cet aspect légal, affirmant ainsi son engagement à combattre les pratiques de jeu non autorisées sur son territoire.
Des taux de retour au joueur bien au-dessus de la moyenne
"Les opérateurs illégaux, tels que 1xbet qui mène une campagne agressive au Maroc sans y détenir de licence, proposent des cotes extrêmement attractives avec un taux de retour au joueur (TRJ) pouvant atteindre 95% (la norme étant aux alentours de 66%), une pratique qui peut induire des comportements d'addiction", souligne M. Naili. Il a également noté que ces taux élevés attirent particulièrement les mineurs et peuvent alimenter des activités frauduleuses, voire criminelles, dont le financement de terrorisme.
Les experts internationaux des paris sportifs considèrent que le jeu responsable n'est plus garanti dès lors que "le TRJ dépasse 85%", étaye-t-il.
"Calculer une part de marché exacte est complexe, mais nous estimons que ces opérateurs illégaux pourraient représenter entre 45 et 50% des mises, un phénomène mondial en pleine expansion, exacerbé durant les années 2010 et accentué par la crise sanitaire du Covid," poursuit M. Nairi. Cette période a vu une digitalisation accrue et une fermeture temporaire des points de vente légaux, propulsant les joueurs vers les jeux en ligne.
Les banques appelées à jouer pleinement leur rôle
Au Maroc, le système de régulation des changes est conçu pour maintenir une stricte surveillance sur les transactions internationales. Ainsi, chaque citoyen marocain se voit attribuer un plafond annuel de 15.000 DH pour les opérations en devises via Internet, une mesure qui vise à encadrer l'utilisation des plateformes en ligne internationales.
M. Naili souligne cependant une faille : "Malgré l'existence de réglementations claires, nous avons observé que certaines banques marocaines n'empêchent pas les transactions vers des sites de jeux illégaux." Cette situation met en lumière la nécessité d'une application plus rigoureuse des réglementations existantes.
M. Naili rappelle l'effort de régulation : "En 2011, l'ancien directeur de l'Office des changes avait adressé une communication officielle aux banques, établissant la liste MCC (merchant category code) qui spécifie les catégories de commerçants et d'activités interdites pour les paiements en ligne au Maroc."
L'accent est mis sur l'importance du respect de ces directives : "Si les banques mettaient pleinement en œuvre cette restriction, l'utilisation des cartes marocaines pour accéder aux jeux sur les sites prohibés serait bloquée", insiste-t-il. Cette mesure constituerait une barrière importante contre l'engagement des citoyens dans des activités de jeu en ligne non autorisées.
Approvisionnement des portefeuilles électroniques au Maroc, entre pratique légale et contournement des réglementations
"Nous avons identifié trois principales méthodes d'accès aux paris illégaux : l'utilisation de cartes bancaires marocaines pour des transactions en devises étrangères, le recours à des portefeuilles électroniques et l'intervention d'agents locaux", révèle M. Naili.
L'usage des portefeuilles électroniques au Maroc soulève des inquiétudes quant à leur approvisionnement en devises étrangères. M. Naili décrit deux méthodes principales : "La première consiste à alimenter ces portefeuilles directement via une carte électronique. Toutefois, la seconde méthode est préoccupante : les joueurs marocains peuvent prendre contact avec des agents de l'opérateur ou des intermédiaires des portefeuilles électroniques", a-t-il expliqué.
Ces agents, spécialisés dans l'échange de monnaie locale contre des devises avec commission, offrent une possibilité d'accéder à des fonds au-delà du plafond légal fixé par la réglementation des changes marocaine. "Le joueur communique simplement les détails de sa carte et transfère les fonds à l'agent, qui crédite ensuite le portefeuille électronique, lui permettant de parier sur des sites illégaux", précise M. Nairi.
En outre, le réseau des détaillants clandestins au Maroc se développe, agissant comme des représentants locaux des opérateurs de jeux illégaux. "Ces intermédiaires opèrent même au sein des points de vente légaux, une tendance qui s'est intensifiée durant la crise du Covid-19", ajoute M. Naili.
L'enquête a révélé que des sites de paris tels que Cwinz et Betobet ont établi des opérations au Maroc où l'argent est échangé physiquement, éliminant le besoin de transactions électroniques pour jouer. "Il est à noter que ces opérateurs gèrent des comptes administrateurs pour superviser les transactions", souligne M. Naili.
En ce qui concerne 1xbet, la stratégie est encore plus raffinée : "Quand un joueur accède à leur site depuis une adresse IP marocaine, il est accueilli sur '1xbet Morocco' et invité à utiliser la monnaie locale, renforçant l'illusion d'une opération légale," explique M. Naili. "De plus, leur engagement dans des opérations de sponsoring sportif augmente leur crédibilité parmi les joueurs."
Comment combattre ce phénomène ?
Dans un appel à l'action adressé aux institutions financières, M. Naili a clairement exprimé la nécessité d'une régulation plus stricte en matière de jeux d'argent en ligne. "Il est impératif que nos banques adhèrent scrupuleusement aux codes MCC et aux directives de l'Office des changes pour exclure les sites de jeux illégaux de leurs services de paiement", a-t-il insisté. M. Nahri a souligné l'importance de tenir à jour la liste des entités interdites, malgré la difficulté que représente la capacité d'adaptation et de camouflage de ces opérateurs illégaux : "Un suivi rigoureux rendra plus difficile pour ces entités de se dissimuler derrière des noms de façade, ce qui constitue un premier pas vers leur éradication."
Quant à la question épineuse des portefeuilles électroniques, M. Naili a été catégorique sur la marche à suivre : "Nous devons identifier et intercepter les agents qui facilitent ces transactions illégales, pour prévenir toute participation future à ce type d'activités illégales."
Il a également prôné des mesures techniques fermes contre les opérateurs non conformes : "Le blocage des adresses IP des sites sans l'accréditation de Bank Al-Maghrib réduira l'accès aux opérateurs illégaux, et bien qu'il existe des méthodes pour contourner un tel blocage, cette action signalera clairement la nature illégale de leurs activités."
Pour renforcer ces mesures préventives, M. Naili recommande l'action judiciaire : "Il est de notre responsabilité de poursuivre en justice ces opérateurs. D'ailleurs, la MDJS a déjà pris des mesures légales contre 1xbet, préfigurant notre engagement contre les jeux d'argent illicites." Cette approche, selon lui, est essentielle pour maintenir l'intégrité du système financier et protéger les consommateurs marocains.
Approché par Médias24, M. Naili a précisé que la collaboration avec l'ensemble des instances pour mettre en place un arsenal juridique limitant les actions des opérateurs illégaux est nécessaire et s'avèrera efficace à moyen terme.
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