À Sidi Kaouki, un collectif “préoccupé” par l’impact des projets de dessalement sur l'écosystème local
Face à l’avancement des projets de stations de dessalement, un collectif à Sidi Kaouki se dit "préoccupé" et demande des informations sur les études d’impact et les mécanismes de gestion des saumures qui seront mis en place dans le cadre de deux projets de stations de dessalement.
"Une partie de la population de Sidi Kaouki, des intervenants touristiques, des artisans et commerçants sont inquiets d’entendre parler de projets d’installation de 2 stations de dessalement dans la baie de Sidi Kaouki." C’est ce que l’on peut lire dans un courrier adressé le 25 juillet par un collectif d’habitants de Sidi Kaouki au gouverneur de la province d’Essaouira.
Voici la lettre en question ci-dessous :
Au total, des signatures de 54 pêcheurs, propriétaires de restaurants, de maisons d’hôtes et d’hôtels, professeurs de surfs, retraités et artistes habitant l’écovillage de Sidi Kaouki accompagnent cette lettre.
Ayant constaté des travaux de forage destinés à des projets de stations de dessalement aux alentours de Sidi Kaouki, ce collectif interroge les autorités locales pour obtenir des informations concernant l’impact de ces projets de dessalement sur l’écosystème terrestre et marin, et sur la gestion des rejets de saumure qui peuvent impacter la biodiversité marine.
Ce collectif se préoccupe de la préservation de l’écovillage pilote qu’est Sidi Kaouki et réclame des informations sur les études d’impact qui concernent ces stations de dessalement. Des études qui doivent prendre en considération les activités touristiques et économiques du village (hôtels et maisons d’hôtes, surf et sports nautiques, pêche et restauration...) qui dépendent entre autres de la biodiversité marine.
Diverses stations de dessalement prévues dans la région d’Essaouira
Dans le programme gouvernemental lancé par le ministère de l’Equipement et de l’eau, une station de dessalement de 53 millions de m3/an est prévue dans la région d’Essaouira.
L’Office national de l’électricité et de l’eau (ONEE) avait lancé un appel d’offres concernant la réalisation des études détaillées pour cette station de dessalement. Ils ont été octroyés en juillet dernier au groupement Novec-LPEE-Mapping. Les travaux devraient être achevés après 14 mois.
Contacté par nos soins, le cabinet d’études Novec nous explique qu’ils n’en sont qu’à la phase d’identification des sites. L’ONEE, de son côté, nous assure que la mise en service de ce projet n’est prévue que pour 2027. Les travaux constatés par ces habitants ne doivent donc pas concerner cette station.
En effet, une station de dessalement monobloc a récemment été lancée à Bhibah dans la province d’Essaouira. Elle est dotée d’une capacité de 720 tonnes d’eau/jour et a pour but d’approvisionner en eau les douars aux alentours qui souffrent d’une pénurie. Ce projet a été réalisé en huit mois.
Suite à cette mise en service, quatre autres stations de dessalement monobloc ont été annoncées, dont deux à Sidi Kaouki. Au total, cinq stations sont prévues dans la région pour atteindre un débit de 2.500 tonnes d’eau produites par jour.
Dans ce cadre, Karim Kadmiri, directeur général de la société gestionnaire de ces projets, explique que les travaux concernant une station de Sidi Kaouki sont en cours d’achèvement, qu’elle sera dotée de panneaux solaires et sera "écologique". Toutefois, il ne précise pas si l’aspect écologique de cette station ne concerne que l’énergie renouvelable utilisée ou s’il tient compte de la gestion des saumures et de la préservation de l’environnement.
Les facteurs à prendre en considération
Médias24 a contacté Fouad Lamraoui, chercheur en hydrologie à l’Université Hassan II de Casablanca, pour aborder les spécificités de la région et les critères de mise en place d’une station de dessalement dans cette zone qui dépend de la pêche et du tourisme. Voici selon lui les quatre aspects qui doivent être pris en considération :
- Pour choisir l’emplacement d’une station de dessalement, il faut tenir compte de l’état d’occupation du sol et analyser l’environnement de cette station. "Il faut s’éloigner des habitations et des activités industrielles ; être, en quelque sorte, dans une zone un peu neutre", explique t-il.
- Le volet énergétique est important car près de la moitié du coût de l’eau dessalée est celui de l’énergie. "Une station de dessalement doit être dotée d’énergies renouvelables et non fossiles. La région d’Essaouira est ventée, ce qui permet d’avoir une bonne source d’énergie éolienne. Le solaire peut également contribuer [à l’énergie], mais nécessite plus de terrain."
- Le troisième critère est la qualité de l’eau de mer de la prise. Il ne faut pas qu’il y ait des contaminations marines et il faut s’éloigner des rejets industriels. "Généralement dans les études, on se retrouve avec quatre sites potentiels et on identifie celui qui minimise les impacts."
- Le 4e facteur à prendre en considération est la gestion des saumures, qui sont généralement rejetées dans la mer. "Il faut les rejeter à travers des émissaires pas trop proches de la côte et diffusés avec les courants marins."
Une approche participative est importante
Fouad Amraoui explique que vu que la pêche et le tourisme sont les activités phares de la région, "les études d’impact doivent inclure les volets biologiques et de végétation, qui doivent naturellement être prises en considération. Il est important également de ne pas perturber les activités touristiques sur place".
"Il faut s’approcher des pêcheurs pour connaître les zones poissonneuses, afin de ne pas y rejeter des saumures par exemple. Il faut qu’il y ait un émissaire", recommande le professeur. "Il faut également s’approcher des acteurs locaux et dialoguer avec ces derniers pour les les rassurer et tenir compte de leurs requêtes."
L’approche participative est très importante pour assurer l’acceptabilité du projet et l’implication des acteurs locaux. "Il faut leur expliquer que les impacts positifs des stations de dessalement sont plus importants et que les impacts négatifs ont bien été minimisés", ajoute-t-il.
Un mouvement s’est aussi mobilisé à Oualidia
À Oualidia, un autre collectif baptisé "SOS Oualidia" a publié le 21 juin dernier sur sa page Facebook une lettre ouverte dédiée au président de la commune de Oualidia, au pacha et au préfet, à la suite de travaux de construction d’un "équipement de dessalement d’eau" constaté le 12 juin par les habitants du quartier de la grande plage de Oualidia.
Ces derniers dénoncent également le manque d’information concernant ce projet et se mobilisent pour avoir des données sur les études d’impact.
Le collectif de Sidi Kaouki attend toujours des réponses au moment où ces lignes sont écrites. Comme l’a expliqué M. Amraoui, une approche participative est nécessaire pour assurer la durabilité du projet et des activités de l’écosystème. Les habitants de ce collectif ne s’opposent pas à ces projets de dessalement et ne demandent qu’à être informés pour être rassurés quant à la préservation de leur environnement et de leurs activités.
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