Tourisme : préoccupant recul de la destination Ouarzazate qui revient 40 ans en arrière
Un an après la réouverture des frontières, Ouarzazate n’a pas profité de la reprise nationale de l’activité touristique. En cause, son enclavement aérien et une offre hôtelière qui décline.
Si les effets de la pandémie sont déjà un lointain souvenir pour la plupart des opérateurs des grandes destinations du Maroc, Ouarzazate, elle, connaît une crise structurelle qui s’aggrave d'année en année, avec un secteur touristique qui peine à retrouver le même niveau d’activité record que 2017.
"Un niveau d’activité proche de celui des années 1980"
"Après cinq années chaotiques, notre destination souffre toujours, et de plus en plus, d'enclavement aérien et routier, d’investissements qui se font rares, de fermetures d’hôtels qui se multiplient, et d’une promotion insuffisante à l'international", résume Zouhir Bouhoute en rappelant que l'année écoulée a connu une baisse d’environ 60% du volume des arrivées et nuitées enregistrées en 2019.
Une situation qui a conduit à la fermeture de cinq hôtels classés au cours des trois dernières années et d’une vingtaine depuis 2012, soit une baisse de 50% de sa capacité d’hébergement en une décennie. A ce jour, la ville ne compte en effet plus que vingt établissements avec une capacité estimée à 2.500 lits contre plus de 5.000 en 2011.
Se disant réaliste, le directeur du Conseil provincial du tourisme déclare que l’activité touristique de sa ville s'est littéralement effondrée depuis 2018, avec un niveau proche de celui des années 1980, soit un recul d’une quarantaine d’années.
Une "dégringolade" antérieure à la pandémie
"Ainsi pour les dix premiers mois de 2022, le taux de récupération du nombre de nuitées par rapport à la même période de 2019 s’est établi à 34% pour Ouarzazate, soit moins de la moitié des 73% réalisés au niveau national", décrit le directeur.
En termes de clientèle, l’effondrement s'est généralisé selon la même source, en touchant l'ensemble des principaux marchés émetteurs étrangers (marché français : 62% ; italien : 66% ; espagnol : 75% ; anglais : 79% ; allemand : 88%).
Si la crise sanitaire n’a rien arrangé, la "dégringolade" a en réalité démarré deux ans avant le début de la pandémie, avec un taux de croissance des nuitées passé de 37% en 2017 à 4% en 2018, au moment où il était de 8% au niveau national.
Une situation qui a continué de s’aggraver en 2019, avec une baisse de 8% par rapport à l’année 2018, alors que le taux national de croissance était de 5%.
Alors qu'elle occupait la première place nationale en termes de croissance des nuitées en 2017, Ouarzazate est par conséquent devenue, selon lui, une "zone sinistrée" une année avant l’avènement de la pandémie en mars 2020.
Et la situation n'a fait qu'empirer depuis cette date.
Un désenclavement vital
"Durant les trois dernières années, l’enclavement aérien n’a cessé de s’aggraver. L’année 2022 a enregistré un taux de récupération du trafic aérien des passagers de 51% par rapport à l’année 2019 (soit avant la crise, ndlr), contre 82% au niveau national", avance Zouhir Bouhoute en citant les derniers chiffres de l'ONDA.
"C’est le plus faible taux des trois aéroports de la région (102% pour Errachidia et 61% pour Zagora)"ajoute-t-il.
Entre le déficit de connectivité aérienne, la faible attractivité des investissements, la fermeture en série d’établissements hôteliers et le déclin de l’activité cinématographique, "la ville vit une crise sans précédent", alors que l’ensemble des grandes destinations touristiques retrouvent voire commencent à dépasser les niveaux de 2019.
"La baisse des arrivées a en effet conduit à une réduction drastique de la capacité d’hébergement de la ville, désormais incapable d’accueillir certains tournages étrangers qui lui préfèrent d’autres pays. Pour inverser cette tendance, il est donc nécessaire de renforcer l’offre aérienne et de trouver les moyens de redémarrer les cinq hôtels fermés par la CDG et le CIH", recommande Zouhir Bouhoute qui espère que la feuille de route ministérielle prendra en considération les priorités nécessaires au développement du secteur touristique.
Pessimiste, le directeur du CPT soutient que sans efforts financiers de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) pour pallier le déficit actuel de connectivité aérienne, et de la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) pour drainer des investissements hôteliers, la destination de Ouarzazate ne retrouvera pas le niveau des arrivées ou des nuitées de 2017 avant les cinq prochaines années.
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