Valeur du dirham : pourquoi le bug Google est juste un scénario impossible
Le moteur de recherche affichait jeudi la valeur d’un euro à 18,53 dirhams, créant une grande panique au Maroc. Mais malgré le démenti des autorités officielles et la correction faite par Google, certains citoyens demeurent inquiets. Voici pourquoi ce scénario est impossible.
La fausse information diffusée par Google sur la parité du dirham continue de créer de l’inquiétude. Au-delà du citoyen lambda, qui parle d’un "scénario de libanisation du Maroc", avançant le fameux argument de "il n’y a pas de feu sans fumée", ou "Google ne peut pas se tromper", la panique s'est emparée des professionnels au-delà des frontières, comme nous le révèle une source au sein de Bank Al-Maghrib. Selon notre interlocuteur, les services de la Banque centrale reçoivent des appels du monde entier pour s’assurer que la situation est sous contrôle.
"C’est là où l'on s’aperçoit de la puissance d’internet et des réseaux sociaux", s’alarme-t-il.
Ce bug, Bank Al-Maghrib continue d’enquêter sur ses raisons. "On a découvert que c’est toute une chaîne qui a planté. Google a juste repris les cotations affichées par le site Boursorama, qui lui aussi se fournit en data auprès d’autres plateformes. On est en train de remonter la chaîne pour savoir comment ce genre d’erreur a pu se produire", confie notre source. Tout indique qu'il s'agit d'un bug dans l'API principale qui fournit différentes plateformes.
Un euro à 18,54 dirhams, c’est effectivement une grosse bourde. A ce niveau, le dirham se serait déprécié face à l’euro de plus de 69%. Ce qui est factuellement impossible, car la monnaie nationale varie aujourd’hui dans une bande de fluctuation de -5% à +5%. Et en supposant que les autorités monétaires auraient élargi la bande sans prévenir, l’intervalle ne passerait pas à ce niveau de 69%.
L’élargissement de la bande n’est pas pour demain
Or le Maroc n’a aucune raison d’élargir la bande de fluctuation du dirham, car la monnaie nationale s'aligne sur les fondamentaux économiques et financiers du pays et il n'y a aucune pression sur les devises. Ce qui rend le scénario que l’on a vécu le temps d’une demi-heure, ce mercredi en fin d'après-midi, impossible, inimaginable. Car le Maroc n’est pas l’Egypte, et encore moins le Liban, chiffres à l’appui.
Premier élément important, la métrique ARA (Assessing Reserve Adequacy), qui renseigne sur les niveaux de réserves de change d’un pays. Pour le FMI, un pays qui a des réserves de change confortables doit avoir une ARA comprise entre 100% et 150%. Au Maroc, celle-ci est de 120%. En Egypte, elle est de 60%. Et le chiffre est pire au Liban.
Malgré les différents chocs qui se sont succédé sur l’économie mondiale et marocaine, les réserves de change du pays couvrent toujours entre six et sept mois d’importations. Un niveau suffisamment confortable pour maintenir la parité du dirham stable par rapport aux autres devises, dollar et euro principalement.
Et beaucoup de données continuent de conforter ces réserves de change. Le Maroc a certes un déficit commercial chronique (les sorties de devises pour les importations sont supérieures aux entrées via les exportations), mais le solde de la balance des paiements est excédentaire, grâce essentiellement au tourisme, aux transferts des MRE qui ont dépassé en 2022 les 100 milliards de dirhams, un record. Les IDE que reçoit le Maroc de manière régulière et constante sont aussi une source d’entrée de devises importante. Sans compter la possibilité qu’a toujours le pays, contrairement à d’autres, de lever de la dette en devises sur les marchés internationaux.
"Les spreads appliqués au Maroc sont proches des pays qui ont l’Investment grade, contrairement aux pays comparables dont beaucoup sont en détresse, comme on dit dans le langage du marché. La signature du Maroc est respectée sur les marchés internationaux, et nous sommes très loin d’un scénario où l'on afficherait un risque de défaut", explique notre source.
Aucun désalignement du dirham n’est remarqué
Autre argument qu’avancent les spécialistes pour juger de la valeur d’une monnaie : son alignement sur les fondamentaux du pays. Là aussi, le moyen le plus simple pour savoir si une monnaie est désalignée par rapport à sa vraie valeur, c’est d’aller faire un tour sur le marché parallèle, ou dans les bazars. Si en Algérie, en Egypte ou au Liban, les devises coûtent jusqu’à trois fois plus cher que chez le circuit officiel, au Maroc, la différence entre la cotation des banques et celles de cambistes travaillant au noir est minime ; elle ne dépasse pas quelques centimes et reflète plus la marge de l’intermédiaire qu’un décalage entre la cotation officielle du dirham et la réalité de la situation.
Et dernier argument : le flottement du dirham dans sa bande à 5% à la hausse comme à la baisse. Depuis l’élargissement de cette bande, le dirham est toujours resté dans cet intervalle et a rarement atteint les extrêmes. La Banque centrale n’est d’ailleurs jamais intervenue sur le marché pour défendre le dirham afin de le maintenir dans la bande. La seule intervention enregistrée jusque-là date de 2021, et elle s’est faite dans le sens contraire pour absorber les excès de liquidité sur le marché.
Des données qui renseignent toutes sur la stabilité de la monnaie nationale, l’impossibilité de son dérapage, et surtout l’énorme bug relayé par Google mercredi dernier.
Panique injustifiée après un bug de certaines plateformes internationales sur la valeur du dirham
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