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Rapport : les recommandations pour sauver l’Oum Er-Rabia d’une catastrophe écologique

La commission exploratoire sur la situation de l’embouchure de l’Oum Er-Rabia a présenté, mardi 17 janvier au Parlement, son rapport. Voici ses principales conclusions et recommandations.

Rapport : les recommandations pour sauver l’Oum Er-Rabia d’une catastrophe écologique

Le 19 janvier 2023 à 17h21

Modifié 19 janvier 2023 à 18h49

La commission exploratoire sur la situation de l’embouchure de l’Oum Er-Rabia a présenté, mardi 17 janvier au Parlement, son rapport. Voici ses principales conclusions et recommandations.

Une commission exploratoire, initiée par la Commission des infrastructures, de l’énergie, des mines et de l’environnement à la Chambre des représentants, s’est arrêtée sur la situation de l’embouchure de l’Oum Er-Rabia, qui connaît de nombreux problèmes, notamment liés aux eaux usées et à leur impact sur la biodiversité, la population des poissons et les professionnels de la pêche artisanale exerçant dans la région.

Les conclusions du rapport de cette mission ont été discutées mardi 17 janvier au Parlement, après la présentation de ses recommandations pour tenter de remédier à cette catastrophe écologique.

L’embouche du fleuve de l’Oum Er-Rabia n’atteint plus la mer

Sur 129 pages, le rapport liste les maux dont souffre le fleuve de l’Oum Er-Rabia, relevés par différents responsables locaux rencontrés par les membres de la mission exploratoire lors d’une visite des lieux.

La situation est telle que l’embouchure du fleuve n’atteint plus la mer. Entre le fleuve et l’Atlantique se dresse désormais un cordon de sable d’une centaine de mètres. Un drame écologique qui empêche le renouvellement de l’eau du fleuve.

Le fleuve ressemble à présent à une mare d’eau polluée, entretenue notamment par le déversement des eaux usées par différentes communes donnant sur l’Oum Er-Rabia (comme le montre la photo ci-dessous), dégageant ainsi des odeurs nauséabondes. Cette situation a entraîné la mort des poissons, particulièrement pendant les périodes chaudes, suite à la baisse de l’oxygène dans l’eau.

La multiplication des barrages a également joué en défaveur du fleuve, qui a connu une baisse du débit d’eau. Par ailleurs, ces obstacles physiques empêchent la circulation des poissons migrateurs, tels que le thon.

Tous ces points impactent négativement la vie des habitants de la ville d’Azemmour, en particulier ceux vivant de la pêche artisanale.

La situation est donc catastrophique, et la mise en place d’une solution définitive nécessite un budget très élevé, dont la province d’Azemmour ne dispose pas.

Catastrophe écologique

Après une visite des lieux et des rencontres tenues avec des responsables locaux, les membres de la commission ont relevé les éléments qui ont participé à la dégradation de la situation du fleuve de l’Oum Er-Rabia. Il s’agit principalement de :

- la construction du barrage d’Al Massira, puis celui de Sidi Daoui, qui ont contribué à la baisse du débit d’eau au niveau du fleuve, qui peut à présent être traversé à pied ;

- l’élimination des roches qui constituaient un obstacle empêchant le sable de s’accumuler au niveau de l’embouchure ;

- la construction de structures privées par les grands agriculteurs pour irriguer leurs terres via le fleuve ;

- la mise en place de solutions temporaires non étudiées, surtout le dragage de sable qui est par la suite déposé dans des endroits proches. Ce sable finit par revenir à l’embouchure, sous l’effet des vagues.

La mission a également expliqué qu’après la signature, en 2001, d’un accord entre le ministère de l’Equipement et de l’eau et la société Drapor, celle-ci s’est chargée du dragage du sable et de la purification de l’embouchure durant quatre ans environ, avant qu’elle commence à exploiter ce sable et à le commercialiser sous le nom d’une autre société. "Ce sable aurait pu être exploité par les différentes directions ministérielles durant 18 ans environ, pour soutenir des projets bénéficiant à la région et permettant de créer des emplois", estime-t-elle.

La mission rappelle par ailleurs que l’Oum Er-Rabia, qui s’étend sur plus de 555 km, est le second plus long fleuve au Maroc. Il prend son origine près de la ville de Khénifra et se jette près d’Azemmour.

Une solution à long terme sera très coûteuse

La mission exploratoire s’est, entre autres, entretenue avec la première vice-présidente du président communal d’Azemmour, qui a pointé le barrage d’Al Hanssali, construit à 50 km de Khénifra. "D’une capacité de 800 Mm³, tout le monde croyait que ce barrage bénéficierait à la population, alors que ses eaux sont utilisées pour le transport du phosphate à Jorf Lasfar."

La même source souligne aussi que la construction d’une station de traitement des eaux usées a été demandée à plusieurs reprises par la commune d’Azemmour, depuis 2009, mais que ce projet a été retardé par un problème de foncier notamment. A présent, la station est cours de réalisation.

De son côté, le directeur provincial du ministère de l’Equipement et de l’eau à El Jadida est revenu sur l’historique du fleuve et de l’embouchure. "Initialement, la solution relative au dragage du sable ne visait pas la préservation de l’embouchure mais plutôt le dragage du sable. Une convention dans ce sens a donc été conclue avec la société Drapor, qui a pris fin à l’entrée en vigueur de la loi sur les carrières, début 2018. Le renouvellement de cette convention est depuis devenu difficile, puisque ladite loi conditionne l’autorisation de dragage à une profondeur de sable d’au moins vingt mètres. D’autres mesures réglementent par ailleurs la commercialisation du sable qui ne dépasse pas cette profondeur, dont les textes d’application n’ont pas encore été publiés."

Et d’ajouter : "Durant la période 2019-2020, la problématique du sable a pris de l’ampleur, et son impact a été visible à plusieurs niveaux, notamment la mort des poissons à cause des déchets déversés au niveau du fleuve. La situation a empiré avec la sécheresse, ce qui a conduit à la baisse du débit d’eau arrivant depuis le barrage de Sidi Daoui. Le fleuve ressemble à présent à une mare d’eau polluée."

"De nombreuses mesures ont été prises par la direction provinciale pour faire face à cette situation, notamment le dragage du sable à plusieurs reprises, sauf que cette solution reste limitée en termes de durée de son efficacité ; mais aussi le lancement d’un appels d’offres, retardé par un procès de Drapor, et d’une étude pour analyser la situation dans le fleuve."

Les résultats de cette étude ont démontré que "la solution ultime pour libérer l’embouchure reste le dragage de sable". Pour ce faire, deux scénarios sont possibles :

- le lancement d’un appel d’offres pour le dragage de 300.000 m³ de sable, pour un montant de 40 millions de DH chaque trois ans ; ou,

- la signature d’une convention avec une société qui prendra en charge le coût du dragage, en contrepartie de l’exploitation claire du sable extrait. Il s’agit de la solution la moins coûteuse pour la direction, mais elle doit être autorisée par le chef du gouvernement.

"Pour ce qui est de la mise en place d’une solution définitive à long terme, comme demandé par différents acteurs, celle-ci nécessitera un investissement important. Il faudra d’abord continuer le dragage du sable à moyen terme, et lancer, à long terme, le réaménagement de toute la province d’Azemmour, en prenant en considération la croissance démographique et la vitesse de l’expansion urbaine ; un projet auquel participeraient de nombreux secteurs, notamment le Tourisme, l’Agriculture, la Culture et l’Industrie ainsi que la société civile."

"Par anticipation à cette solution à long terme, nous allons commencer par élargir l’étude déjà réalisée sur l’embouchure, pour comprendre le circuit entre l’embouchure et le barrage Sidi Daoui, qui s’étend sur 18 km", note le rapport.

Pour ce qui est des projets de dessalement, le directeur provincial a estimé que la direction provinciale manquait de ressources financières pour ce genre de projets.

Les recommandations de la mission exploratoire

Pour améliorer la situation dans le fleuve de l’Oum Er-Rabia, la mission exploratoire a fini par émettre de nombreuses recommandations, dont les principales sont les suivantes :

- entamer le lancement des études, mobiliser les ressources nécessaires, établir des partenariats et plans sectoriels en prenant en considération la croissance démographique et l’urbanisation au niveau de la province d’Azemmour ;

- élargir la première étude réalisée par le ministère de l’Equipement et de l’eau, qui ne concerne que l’embouchure du fleuve, pour englober une distance de plus de 15 km allant de l’embouchure au barrage Sidi Daoui ;

- éviter les solutions temporaires et mettre à niveau le plan d’aménagement de la ville d’Azemmour pour englober l’embouchure et les deux rives du fleuve, avec la possibilité de créer un domaine territorial dédié à l’embouchure, aux deux rives et aux zones hydriques qui y sont liées ;

- l’extraction du sable par le ministère de l’Equipement et de l’eau à chaque fois que cela s’avère nécessaire et au moins tous les 3 ou 4 mois ;

- éviter de placer le sable extrait dans un lieu proche de l’embouchure ;

- l’exploitation par l’administration de ce sable au profit de la plage et pour soutenir des projets de développement au bénéfice de la population de la région ;

- accélérer la réalisation d’une station de traitement des eaux usées à Azemmour. Tout retard dans la réalisation de ce projet ne fera qu’aggraver le taux de pollution du fleuve, notamment dans le contexte de la sécheresse ;

- fournir aux départements et établissements concernés, ainsi qu’à l’ensemble des intervenants, l’ensemble des données disponibles et études réalisées pour les aider à élaborer leurs visions et propositions concernant la solution définitive au problème de l’embouchure, tout en sensibilisant les établissements publics et les entreprises privées, ainsi que l’ensemble des citoyens à l’importance de l’usage rationnel de l’eau et au danger que représentent les déchets et les objets pollués jetés dans le fleuve ;

- créer une agence ou une société qui se chargera de l’aménagement de l’embouchure et des deux rives de l’oued Oum Er-Rabia ;

- la tenue, par le ministère de l’Equipement et de l’eau, d’une journée de communication pour sensibiliser à la problématique de l’embouchure de l’oued Oum Er-Rabia et présenter les solutions proposées à court et long termes.

De son côté, la station de traitement des eaux usées d’Azemmour, dont la construction a été lancée en novembre 2021, sera prête vers la fin du mois de juin 2023, a pour sa part annoncé le ministre de l’Equipement et de l’eau, Nizar Baraka, mardi au Parlement.

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