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Tourisme : les raisons du déclin de l’offre hôtelière de la ville d’Agadir

Près de 21 hôtels classés ont fermé leurs portes à Agadir depuis 2011, alors que l’offre hôtelière de la ville continue de diminuer au profit de sa voisine Taghazout. L’occasion de faire le point avec Said Skally, président du CRT Agadir Souss Massa, qui revient sur les raisons de ces fermetures et sur l'avenir de la región.

Une vue de la Baie de Taghazout à partir du Hyatt Regency. Ph. MEDIAS24

Tourisme : les raisons du déclin de l’offre hôtelière de la ville d’Agadir

Le 11 janvier 2023 à 16h46

Modifié 12 janvier 2023 à 11h29

Près de 21 hôtels classés ont fermé leurs portes à Agadir depuis 2011, alors que l’offre hôtelière de la ville continue de diminuer au profit de sa voisine Taghazout. L’occasion de faire le point avec Said Skally, président du CRT Agadir Souss Massa, qui revient sur les raisons de ces fermetures et sur l'avenir de la región.

  • 21 hôtels ont fermé en une dizaine d'années et la dynamique ne s'inverse pas.
  • La baisse de la desserte aérienne des villes d'Europe du Nord mise en cause.

Alors que les voyants reviennent progressivement au vert pour toutes les grandes destinations, une vingtaine d’hôtels d’Agadir ont fermé leurs portes à cause de la baisse des liaisons aériennes directes avec les marchés d'Europe du Nord qui constituent sa principale clientèle. Ces fermetures se sont étalées sur les dix dernières années.

Selon le président par intérim du CRT de la région Agadir Souss Massa Saïd Skally, cette dynamique inquiétante pourrait être inversée à terme par l’intervention d’une mission interministérielle.

Concernant la liste de 21 grands hôtels qui ont fermé depuis une dizaine d’années, Saïd Skally est revenu sur le cas de chacun d’entre eux en exposant la date et les raisons de l'arrêt de leur activité.

Les 21 grands hôtels qui ont fermé à Agadir intra-muros 

Selon le président du CRT, un nouveau propriétaire a repris l’ex-Sofitel Royal Bay qui a fermé pour travaux bien avant la crise sanitaire, sans donner de visibilité sur une éventuelle réouverture sous une autre enseigne.

Idem pour le Palais des Roses qui a fermé depuis plusieurs années sans aucune explication. A contrario, le Kempinski n'est même pas sorti de terre puis que les travaux ont été arrêtés en 2016, sans jamais reprendre, alors qu'il était en pleine construction.

L'Atlantic Palace est aussi en travaux de rénovation depuis le début de la pandémie en mars 2020. Le Club Med, qui a fait les beaux jours d’Agadir, a été fermé avant d’être remis à son propriétaire, la CDG.

Le Tivoli, qui a également fermé ses portes depuis plusieurs années, a été repris par le groupe institutionnel du CIH en attendant une réouverture qui n’est toujours pas à l’ordre du jour.

L’hôtel la Kasbah a été fermé définitivement depuis plus de dix ans.

Après sa troisième fermeture, l'hôtel Omayades a été repris par voie judiciaire par le groupe de la CDG.

Pour ce qui est des établissements fermés pour cause de redressement judiciaire, on recense les hôtels Igoudar, Tagadirt, Manader, Tamlalt, Agador et, enfin, le Royal Hôtel à l’arrêt depuis presque une décennie.

Gérés par un syndic judiciaire, ils n’ont aucune chance de trouver repreneur, sachant qu’aucun tour-opérateur étranger ne se risquera pas à entrer en affaires avec des établissements sous procédure de redressement.

Fermé depuis une quinzaine d’années, l'hôtel Transatlantique n’a aucun agenda de réouverture. Propriété du groupe Miloud Chaâbi, l'hôtel Mogador Médina est fermé depuis l’avènement de la crise.

Après avoir entamé des travaux de rénovation en août 2022, le Royal Atlas attend également des jours meilleurs sans aucune visibilité. L’hôtel Marina, lui, est fermé depuis l’année dernière. Prêts à être exploités depuis des années, les hôtels des groupes Levy et Benisha n’ont jamais ouvert.

En dernier lieu, le Salam Hôtel, qui a été racheté puis rasé par un promoteur en 2013, ne présente aucune perspective d’ouverture au public.

"Une offre hôtelière qui décline depuis une décennie"

Ces fermetures successives sont bien le signe du déclin de l’offre hôtelière de la ville, comme le souligne notre interlocuteur qui confirme que cette tendance perdure depuis au moins 2011.

"On prend souvent 2019 comme année de référence, mais avec moins de capacité litière, la période 2006 à 2008 a permis de réaliser bien plus d’arrivées et de nuitées qu’à la veille de la pandémie. Partant de là, c’est une erreur monumentale que de prendre 2019 comme base de comparaison", estime le président qui a ouvert plusieurs hôtels classés à travers le Royaume (Restinga, Marrakech, Agadir…) avant de devenir le plus important transporteur touristique du Maroc.

"L’essentiel des investissements touristiques est réservé à la station Taghazout"

Le président du CRT Agadir Souss Massa semble déplorer le fait que les investissements touristiques les plus conséquents soient réservés à la station balnéaire de Taghazout, qui est proche d’Agadir.

"On met le paquet sur Taghazout, quitte à s’approprier toute la clientèle traditionnelle d’Agadir", dénonce le professionnel, pour qui la capacité litière actuelle commercialisable de la ville se limite à un taux de 52% par rapport à sa capacité réelle.

Malgré ce phénomène consistant à "déshabiller Paul pour mieux vêtir Pierre", Skally avance qu’Agadir pourrait retrouver sa splendeur avec une vraie volonté politique.

"La suppression de plusieurs vols directs ont découragé les marchés du Nord"

Selon lui, ses marchés émetteurs étrangers, en majorité anglais, allemands et scandinaves, sont totalement différents de ceux de Marrakech, du fait de la durée de séjour.

"Contrairement à la ville ocre qui fait surtout le plein durant les week-ends avec des formules city break, nos visiteurs étrangers venaient en famille durant toute l’année pour séjourner une à deux semaines, à l’image des marchés espagnols de la Costa del Sol. Mais avec la suppression de plusieurs vols directs, leur nombre n’a pas cessé de diminuer", constate Skally pour qui les marchés du Nord sont découragés par les vols indirects qui passent par le hub de Casablanca.

Si le président du CRT Agadir Souss Massa reste persuadé que la clientèle existe, il explique que la capacité litière s’est progressivement étiolée en l'absence de transport aérien suffisant.

D'après lui, le maire et la ministre du Tourisme, qui ont pris conscience des difficultés hôtelières et aériennes d’Agadir, sont en mesure d’initier des solutions pour rouvrir dans un premier temps les hôtels appartenant à l’Etat avant de faire revenir les marchés du Nord. Pour rappel, en 2008, Agadir accueillait 240.000 Allemands ; en 2022, leur nombre a chuté à 30.000 visiteurs. C'est dire s'il y a problème...

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