Décarbonation : le match que le Maroc ne doit surtout pas rater

Avec l’adoption, le mardi 13 décembre, de la taxe carbone aux frontières sur les importations, l’Union européenne offre une belle opportunité au Maroc pour gagner davantage de parts de marché par rapport à ses concurrents mondiaux. Encore faut-il que les industriels du Royaume accélèrent la décarbonation de leur production pour monter rapidement en compétitivité.

Décarbonation : le match que le Maroc ne doit surtout pas rater

Le 15 décembre 2022 à 14h52

Modifié 15 décembre 2022 à 16h02

Avec l’adoption, le mardi 13 décembre, de la taxe carbone aux frontières sur les importations, l’Union européenne offre une belle opportunité au Maroc pour gagner davantage de parts de marché par rapport à ses concurrents mondiaux. Encore faut-il que les industriels du Royaume accélèrent la décarbonation de leur production pour monter rapidement en compétitivité.

S’il y a un pays bien positionné pour profiter de l’effet de la « taxe carbone » instituée par l’Union européenne, c’est le Maroc ! Discuté depuis plusieurs mois, ce mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (c’est son nom officiel) a été adopté le mardi 13 décembre, donnant le coup d’envoi de la politique européenne de verdissement des importations industrielles.

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Il consiste à appliquer aux importations des 27 une sorte de « taxe » calculée en fonction des émissions de CO2 qu’a nécessité le processus de fabrication de chaque produit entrant sur le territoire de l’UE. C’est donc une sorte de malus pour les pollueurs, qui verront renchérir le coût de leurs produits à la frontière du marché européen.

La décarbonation industrielle devient ainsi, et de manière officielle, un avantage comparatif pour les pays qui exportent vers l’UE. Et ils sont très nombreux. Le Maroc en fait partie, et l’UE est son premier marché commercial à l’international. Un marché où il est concurrencé dans plusieurs secteurs par les pays asiatiques, la Turquie, les pays d’Europe de l’Est, l’Amérique du Sud, l’Egypte, la Tunisie, Israël, l’Afrique du Sud…

Redistribution des cartes sur le marché européen

Avec le coût de la main-d’œuvre, de l’énergie, de la logistique, du foncier, des capitaux… Cette taxe deviendra un facteur déterminant dans la compétitivité industrielle entre les différents fournisseurs de ce grand marché qu’est l’UE. Une nouvelle course à la compétitivité sera donc lancée. Et il se trouve que le Maroc a déjà pris de l’avance par rapport à ses concurrents sur ce sujet, avec notamment un écosystème dans la production d’énergies renouvelables (solaire et éolienne) actif depuis plusieurs années.

Les énergies renouvelables assurent aujourd’hui plus de 30% du mix énergétique du Royaume, une part qui grimpera selon les ambitions marocaines à plus de 50% d’ici 2030.

Cet acquis reste toutefois insuffisant pour faire du Maroc le principal gagnant de ce nouveau match de la compétitivité industrielle lancé par l’UE, comme nous le signale un grand industriel marocain.

« Grâce à la vision anticipative du Roi, nous disposons aujourd’hui de grandes capacités de production dans les énergies renouvelables. Mais celles-ci ne servent pas encore l’industrie, qui utilise en grande majorité la moyenne tension qui n’est pas disponible pour l’instant dans le réseau électrique du pays. Si on veut gagner cette bataille de la décarbonation en Europe, il faut que nos industriels aient accès à cette source d’énergie, et à des prix compétitifs », explique notre source.

Et d’ajouter : « L’Etat doit prendre conscience que le privé peut jouer un rôle important dans cette course, en permettant aux industriels ou à tout opérateur privé de produire lui-même sa propre énergie propre, et de lui donner la possibilité en cas d’excédent de production de le vendre sur le marché. »

Cette question a été justement posée à la ministre de la Transition énergétique, Leila Benali, par un conseiller du groupe de la CGEM à la deuxième chambre le jour même de l’adoption de ce mécanisme européen.

Sa réponse indique que le sujet a été anticipé par le gouvernement.

« Nous avons pris plusieurs décisions cette année pour permettre à toutes les entreprises de mettre leurs produits aux normes pour éviter la taxe carbone européenne », a-t-elle répondu.

Deux décisions ont été mises en avant par la ministre :

- la possibilité désormais donnée aux industriels d’accéder à l’électricité moyenne tension d’origine verte ;

- la possibilité d’avoir des autorisations administratives pour investir dans des capacités solaires moyennes.

Deux décisions qui visent, selon elle, à accélérer la décarbonation industrielle sur le court terme, en attendant le vote au Parlement de deux projets de loi décisifs qui vont structurer ce marché : il s’agit du projet de loi 40-19 sur les énergies renouvelables et du projet de loi 82-21 relatif à l’autoproduction d’électricité.

A cela s’ajoute, souligne la ministre, la mise en place de règles d’origine qui vont permettre aux industriels marocains de prouver la source de l’énergie utilisée dans leurs chaînes de production pour faciliter les échanges avec les clients européens.

La ministre a aussi cité l’accord passé récemment entre le gouvernement et l’ONEE, qui permettra de fournir aux industriels de l’électricité propre à des prix compétitifs.

Bien que ces décisions et ces projets ne soient pas encore visibles sur le terrain, ils montrent, selon notre industriel, que l’on est sur la bonne voie pour gagner ce nouveau match, qui constitue une sorte de redistribution des cartes sur le marché européen. Le Maroc doit se positionner en force à la fois pour augmenter ses flux d’export, mais aussi devenir une destination pour tout investisseur qui souhaite cibler le marché des 27.

OCP, le premier industriel marocain exposé à cette taxe

Les choses vont se jouer sur le moyen terme, comme le prévoit le dispositif européen qui sera appliqué graduellement. Le Maroc a donc le temps de se préparer, surtout qu’il ne part pas de zéro. Et, pour l’instant, le seul secteur qui semble concerné directement par ce nouveau dispositif européen est celui des phosphates et des engrais.

L’accord trouvé entre les négociateurs européens a fixé en effet une première liste des secteurs auxquels cette taxe sera appliquée. Ceux qui sont jugés les plus polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l’électricité et les engrais.

D’autres secteurs comme l’agriculture, le textile, l’automobile, l’aéronautique, l’agro-industrie, seront à coup sûr ajoutés à cette liste dans les prochaines années. Mais, pour le moment, OCP est le premier opérateur exposé à ce dispositif qui sera déployé sur dix ans, à partir de 2026 ou 2027. Un accord sur la date de démarrage effectif sera trouvé en fin de semaine.

Les mégaprojets d’investissement annoncés la semaine dernière par OCP devant le Roi, pour un total de 130 milliards de dirhams, tombent donc à point nommé pour permettre à l’industrie nationale des engrais de ne pas perdre des parts de marché en Europe, voire d’en gagner davantage par rapport à ses concurrents.

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Des investissements colossaux devront être menés, comme l’a recommandé la Banque mondiale dans son rapport sur le climat et le développement publié en octobre, dans tous les secteurs, pour que le Maroc puisse gagner ce nouveau pari de la décarbonation, lancé par l’Europe, mais qui s’étendra vite au monde entier.

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