Les dépenses militaires en Afrique du Nord atteignent des sommets en 2023 (rapport)
Le dernier rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) met en lumière une hausse spectaculaire des dépenses militaires de l’Algérie en 2023, atteignant des niveaux sans précédent. Parallèlement, le Maroc reste modéré, en réduisant légèrement ses investissements dans le secteur.
En 2023, les pays d’Afrique du Nord ont marqué une hausse considérable de leurs dépenses militaires, totalisant 28,5 milliards de dollars, ce qui représente une augmentation de 38% par rapport à l’année précédente et de 41% depuis 2014. Selon le rapport du SIPRI, l’Algérie et le Maroc se distinguent nettement en tant que principaux clients des fabricants, cumulant à eux deux 82% du budget militaire de l’Afrique du Nord.
L’Algérie en particulier a vu ses dépenses militaires bondir de 76% pour atteindre le montant record de 18,3 milliards de dollars. Ce chiffre constitue non seulement le plus haut niveau de dépenses jamais atteint par le pays, précise le rapport, mais également la hausse la plus significative depuis 1974. Cela s’explique en grande partie par l’accroissement des revenus générés par les exportations de gaz, particulièrement vers l’Europe, qui cherche à réduire sa dépendance envers les ressources énergétiques russes, poursuit la même source.
En contraste, le Maroc a enregistré une baisse de ses dépenses militaires pour la deuxième année consécutive, souligne le rapport. En 2023, le budget de défense marocain a diminué de 2,5%, s’établissant à 5,2 milliards de dollars.
Contacté par Médias24, notre consultant militaire Abdelhamid Harifi nuance l’approche du SIPRI dans son rapport. Selon lui, "les données du SIPRI semblent davantage s’appuyer sur des annonces de presse que sur des statistiques comptables, car ces dépenses ne se traduisent pas obligatoirement par un renforcement de l’arsenal militaire des pays concernés". Il souligne notamment l’absence d’annonces de contrats majeurs pour l’équipement matériel, notamment en Algérie.
L’expert met en relief une augmentation significative du budget de la défense en Algérie l’an dernier, mais qu’il qualifie de nature "essentiellement propagandiste". Il explique que cette hausse couvrait tous les postes "sauf ceux liés à l’acquisition de matériel". M. Harifi questionne la capacité de l’Algérie à accéder à des armements de dernière génération, compte tenu des limitations de ses fournisseurs traditionnels et de la situation géopolitique actuelle. "Actuellement, la Russie, mobilisant toute son industrie pour soutenir son effort de guerre en Ukraine, semble peu en mesure de répondre à des demandes à l’export", affirme-t-il.
Concernant les autres grands fournisseurs d’armes, M. Harifi note que "la France ne fournira pas d’armes à l’Algérie au risque d’entacher l’effort qu’elle mène pour maintenir un certain équilibre dans ses relations avec les deux grandes puissances du Maghreb". Les Etats-Unis et l’Allemagne sont également peu susceptibles de répondre à une demande d’achat algérienne.
Pour le Maroc, l’expert attribue la baisse de 2,5% des dépenses militaires pour la deuxième année consécutive à une variation du dollar. "L’augmentation des budgets militaires est devenue indispensable face à la hausse constante des coûts de défense, notamment due à l’inflation générale et à l’accroissement des salaires du personnel militaire", souligne Abdelhamid Harifi.
Depuis la pandémie de Covid-19, les budgets de défense marocains sont restés relativement stables, avec quelques augmentations ciblées principalement pour le recrutement et les salaires du personnel actif. "L’effort de l’État depuis 2021 est principalement axé sur le renforcement des politiques socio-économiques, exacerbé par diverses crises, notamment celle du Covid et le séisme d’Al Haouz. En conséquence, la politique de défense est temporairement reléguée au second plan, en attendant des investissements majeurs dans des domaines clés directement liés à la défense du pays", explique l’expert.
Au-delà de la gestion budgétaire, le Maroc est confronté à d’importants défis nationaux, dont la préparation de la Coupe du monde 2030. Bien que l’aspect militaire et sécuritaire soit crucial, "le renforcement des capacités militaires présente des complexités. Ces dernières années, le Maroc a plutôt orienté son effort d’armement vers la modernisation de son équipement existant, évitant une course à l’armement avec l’Algérie. Il privilégie des acquisitions stratégiques, comme les drones et les systèmes de défense dissuasifs tels que les lance-roquettes multiples Himars américains et le système de défense aérienne israélien Barak", poursuit-il.
Le Maroc négocie également avec ses fournisseurs traditionnels et nouveaux des politiques de compensation industrielle pour réduire la sortie de devises en exigeant un transfert de technologies pour les achats d’armes majeures, visant l’autonomie de sa politique de défense. "La guerre n’est pas seulement une affaire d’armes, mais aussi d’économie et de munitions. Il est crucial de pouvoir approvisionner régulièrement les troupes et de ne pas dépendre uniquement de stocks préexistants. En cas de conflit, le Maroc doit être prêt à affronter seul, si nécessaire, l’Algérie ou tout autre ennemi potentiel", ajoute Abdelhamid Harifi.
"Nous avons des alliés importants, mais en cas de guerre avec l’Algérie, aucun pays ne s’engagera efficacement de manière opérationnelle aux côtés du Maroc. Cette réalité est bien comprise par le Maroc, d’où l’intérêt de développer une industrie militaire locale. Au lieu de dépenser des milliards pour acheter des armes de portée limitée, nous mobilisons nos ressources pour établir une industrie capable de répondre à nos besoins et de créer de la valeur, notamment à l’export", conclut Abdelhamid Harifi.
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