Mondial 2022. Autopsie des forces et faiblesses de la Belgique
Redoutables sur les transitions offensives, les Belges sont fragiles sous pression et leurs défenseurs éprouvent des difficultés à gérer la profondeur.
“On est moins forts qu’en 2018”, avouait récemment dans les colonnes du journal L’Equipe, le capitaine de la Belgique Eden Hazard. Mais pas forcément moins compétitifs. En témoignent les deux dernières sorties des Diables rouges.
Les Belges ont perdu (2-1) en préparation face à l’Egypte, mais ils ont gagné contre le Canada (1-0), lors de la première journée du Groupe F du mondial au Qatar. Ces deux rencontres ont certainement été riches en enseignements pour le staff de l'équipe nationale, opposée aux Belges, ce dimanche 27 novembre (14h), au stade Al Thumama à Doha.
Comment s'appuyer sur les points faibles de la Belgique ? Quels sont les mécanismes nécessaires pour perturber durablement son jeu vers l’avant ? Et quelle attitude défensive privilégier ? Eléments de réponses.
Un jeu orienté vers la profondeur
Roberto Martinez, le sélectionneur catalan de la Belgique, qui a évolué en Angleterre plus de vingt ans, est considéré par ses pairs comme un entraîneur latin dans le jeu qu’il promet, mais avec un fonctionnement très british. Sa flexibilité tactique lui offre la possibilité de changer de système entre deux matchs voire pendant le cours d'un même match.
Structurée en 3-4-2-1, son équipe possède en outre les capacités techniques pour assumer la possession du ballon. Ceci dit, les récentes sorties des Belges dessinent un penchant marqué pour la fameuse transition. C’était particulièrement net face au Canada (53% de possession).
Lors de leurs six matchs en Ligue des nations, la Belgique était l’équipe qui attaquait le plus la profondeur, que ce soit par la passe ou la course. Cette volonté de toucher rapidement ses trois attaquants (De Bruyne, Hazard, Batshuayi ou Lukaku), s’est prolongée mercredi dernier.
En termes de passes longues (34 dont 61% réussies) et de passes progressives (39 dont 51% réussies), la Belgique est dans le trio de tête du Mondial 2022. Ces statistiques dénotent d’un jeu très axial et vertical.
Le succès qui a tout d’un hold up, acquis aux dépens du Canada, l'a été grâce à Michy Batshuayi. L’avant-centre de Fenerbahçe a converti la seule véritable occasion belge, sur une longue ouverture de T. Alderweireld, en… profondeur. Le retour probable de Romelu Lukaku, plus puissant, ne devrait pas modifier ces intentions.
Kévin De Bruyne intercalé entre les lignes
La 2e meilleure attaque de la Ligue des nations, avec 11 buts en 6 matchs (xG 9,6), dont 3 sur des tirs de loin, n’a pas brillé face aux « Canucks», mais a été diablement efficace (1,31 xG). Elle aurait pu davantage porter le danger sur les cages canadiennes, sans la maladresse de ses joueurs dans le dernier tiers adverse (40% de passes réussies). La faute notamment à un Kévin De Bruyne peu inspiré.
D’ordinaire, le Cityzens est le principal pourvoyeur de ses attaquants en passes clés. Il est d’ailleurs auteur de 8 des 34 dernières passes clés de la Belgique. Cependant, il a eu un déchet inhabituel par séquence, en ratant une passe sur deux dans le camp adverse.
Pourtant, son positionnement en faux neuf derrière l’avant-centre, naviguant entre la ligne du milieu de terrain et celle de la défense adverse, lui a permis d'être assez libre lors de ses prises de balles. Avec un peu plus de justesse, le milieu offensif aurait pu offrir au moins deux passes décisives à ses coéquipiers, notamment à Youri Tielemans, l’un des deux milieux devant la défense qui s’est énormément projetée vers l’avant.
Des espaces dans le dos des défenseurs
On se demande encore comment la Belgique a réussi à l’emporter face au Canada. Tout au long de son premier match de Coupe du monde, le 3-4-2-1 belge offrait des espaces aux adversaires dans le dos de ses pistons latéraux. Surtout celui de Yannick Carrasco.
Sans le ballon, le dispositif des belges ressemblait davantage à un 4-3-3, avec notamment Jan Vertonghen, défenseur axial gauche, qui glissait avec un temps de retard vers le côté, alors que Carrasco, latéral théorique, montait d’un cran pour chasser et agresser le piston adverse.
Mécaniquement, le côté gauche des Diables rouges a été pris de vitesse par les percussions répétées de Buchanan ou de Larye, qui ont mis à nu la gestion de la profondeur déficiente de la défense et la faiblesse dans les duels de Y. Vertonghen (33% de duels défensifs gagnés).
Le 18 novembre dernier, ce sont les attaquants égyptiens qui ont exposé le contrôle de la profondeur chaotique du défenseur axial droit, T. Castagne, impuissant face aux appels en diagonale de son vis-à-vis.
En plus, les Belges sont fébriles dans le jeu aérien. C’est l’équipe qui a disputé le moins de duels aériens jusqu’à présent dans cette Coupe du monde, et celle qui en a gagné le moins aussi.
Fébrile sous pression
Secouée dans tous les compartiments par des Canadiens audacieux, la Belgique avait rarement été autant asphyxiée. Incapable de sortir les ballons proprement, faute de mouvement ou de densité. Les Belges ont d’ailleurs accusés 106 pertes de balles, dont un tiers dans leurs propres 30 derniers mètres. Sept d'entre ces pertes amenant un tir adverse.
Si l’ambition du Maroc est de gagner le match, il va falloir convoquer d'autres ressorts que la prudence à outrance. Des séquences de pressing haut et coordonné permettront sans aucun doute aux hommes de Walid Regragui de récupérer des ballons dans des zones proches des buts de Thibault Courtois.
Pour suivre le direct sur Médias24 (stats, principales actions, résultat en live):
Ci-dessous, les abords du stade et le public marocain, deux heures avant le match, en live de Doha.
Maroc-Belgique. Face-à-face entre deux des meilleurs gardiens au monde
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