Bourse. L’attentisme sur le marché actions se poursuivra le reste de l’année

| Le 16/10/2022 à 8:21
Le marché actions fait face à un fort attentisme depuis la hausse du taux directeur, notamment du fait de la hausse des taux sur le marché obligataire. Les institutionnels surveillent de près l’inflation, l’évolution du dirham et celle du taux directeur, afin d’ajuster leurs stratégies d’investissement.

Lors de la séance du 12 octobre, le MASI a perdu 1,03% à 11.661 points. Une baisse notable qui porte le recul du MASI à plus de 13% en YTD. Parallèlement, l’annonce d’une rallonge budgétaire de 12 milliards de dirhams avait été annoncée par Fouzi Lekjaa, cinq mois après l’ouverture de 16 milliards de dirhams de crédits à la compensation.

Mais ces deux événements sont-ils liés ?

Un attentisme généralisé du marché

Selon des spécialistes de la place, l’annonce du gouvernement et le recul du MASI ne sont bien sûr pas corrélés. La baisse du marché provient plutôt d’un attentisme généralisé, dans un contexte économique local et international tendu. "La baisse est plutôt un effet de la hausse du taux directeur sur le bilan du secteur bancaire. Le second point est lié au scepticisme du marché par rapport à cette sortie de crise à l’international. Les gens ont tendance à anticiper les choses ; c’est donc un comportement logique étant donné les indicateurs", nous confie un directeur de salle de marché.

Une version corroborée par un professionnel du marché, qui nous explique que la baisse du marché n’est en aucun cas liée à des craintes budgétaires. "Cette rallonge n’aura aucun impact sur le déficit budgétaire. Il s’agit d’une écriture comptable liée à la hausse des recettes ordinaires. Ces économies peuvent donc être attribuées à d’autres postes budgétaires", souligne notre source.

Il est à noter que le Trésor n’a pas du tout levé lors des deux dernières séances d’adjudication. "Cela veut dire qu’il est dans une position assez confortable. C’est peut-être lié aux droits de tirage spécial (DTS) qui ont pu être tirés auprès de Bank Al-Maghrib", poursuit la même source.

La baisse observée sur le marché action ne provient pas d’un effet de panique, mais d’un attentisme et d’un manque d’acheteurs. Cela créé des perturbations, car même peu d’échanges sur des volumes limités entraînent des variations notables. L’attentisme en cours provient du fait que les investisseurs sont en train de surveiller plusieurs indicateurs clés pour arbitrer leurs futures décisions d’investissement.

Inflation, taux directeur et comportement du dirham sur les radars

Suite à la décision de BAM, fin septembre, de relever de 50 points de base le taux directeur, le marché actions a fortement baissé. En réalité, les investisseurs sont en train de surveiller l’évolution de différents facteurs clés. "La grande question et l’indicateur numéro un que suivent les investisseurs, c’est l’évolution du taux directeur et le fait de savoir s’il y aura une nouvelle hausse en fin d’année ou pas. C’est la grande question que tout le monde se pose. A l’international, on a vu que les hausses se sont poursuivies. Il y a également la question de savoir s’il en sera de même au Maroc", nous confie notre interlocuteur en salle de marché.

Il poursuit : "Tout le monde attend également les derniers chiffres de l’inflation du mois de septembre pour voir s’il y aura une amélioration ou non. Cela donnera un signe aux investisseurs par rapport à la position de la Banque centrale. L’impact de la récente hausse de 50 points de base sur la croissance économique, ainsi que sur la valeur du dirham, est en train d’être observée. Le dirham s’est déprécié depuis le début de l’année ; il faudra voir si cela va se poursuivre malgré la hausse du taux directeur ou non".

Actuellement, les indicateurs sont en dégradation. L’inflation est en hausse constante depuis le mois de janvier, pour atteindre 8% en août, et les prévisions de croissance du Maroc en 2022 sont en baisse, tant chez Bank Al-Maghrib que chez le Fonds monétaire international, avec 0,8% attendu d’ici la fin de l’année.

Si ces indicateurs venaient à se dégrader, comment cela influencerait-il les stratégies d’investissement des institutionnels ?

Une hausse de la demande sur le marché obligataire et un retrait du marché action

En cas de durcissement monétaire additionnel et dégradation de la situation inflationniste dans les mois à venir, ce que nous constatons aujourd’hui ne fera que s’accentuer. En somme, cela ne fera que détourner les investisseurs du marché actions vers le secondaire, du fait de la hausse des taux qui s’accélère. A titre d’exemple, sur le marché secondaire en 2021, à maturité deux ans, les taux était de 1,73%. Ils atteignent désormais 2,50%.

"Il est clair que cette inflation aura un poids sur les stratégies d’investissement. Le marché restera attentif car les investisseurs chercheront une rentabilité intéressante et préféreront attendre une nouvelle hausse des taux pour investir ou acheter de la dette par exemple, car le rendement sera plus intéressant", explique le directeur de salle de marché.

Actuellement, le marché obligataire fait face à une pression haussière sur les taux, poussée par l’exigence des investisseurs. Cela découle de la hausse du taux directeur de BAM et de la persistance de l’inflation qui vient grignoter l’épargne. "Cette dernière n’est plus à caractère transitoire mais à caractère durable. Il s’agit d’une priorité pour la Banque centrale ; il n’est donc pas impossible que nous ayons affaire à une nouvelle hausse du taux directeur en décembre 2022 ou en mars 2023", confie notre autre interlocuteur.

D’ailleurs, dans un récent document publié fin septembre, la société de recherche Attijari Global Research (AGR) table sur un durcissement monétaire. Elle note que "l’impact à court terme de cette hausse sensible du Taux Directeur devrait a priori être restrictif sur la Demande intérieure à travers le canal des crédits bancaires. Néanmoins, cette 1ère hausse ne semble pas en mesure de rétablir les Taux réels en territoire positif. Par conséquent, les pressions sur la rémunération de l’épargne devraient se poursuivre à court terme". Il est également à noter que la dépréciation du dirham est un facteur aggravant cette inflation, du fait que le royaume est un importateur net et que 50% de ses importations sont libellées en dollar.

Ce contexte inflationniste et son impact sur l’épargne entraînent donc un attentisme des investisseurs, qui préfèrent alors se diriger vers des produits plus rémunérateurs. "Une telle situation augmente l’appétit des investisseurs pour les actifs plus rémunérateurs à l’instar des OPCI et du capital-risque. A cet effet, les financements innovants du Trésor se basant sur les mécanismes de gestion immobilière atteignent plus de 10 MMDH à fin août 2022", notait AGR.

Notre professionnel du marché nous explique que "dans le cas où une nouvelle hausse du taux directeur en décembre ou en mars, cela entraînerait une nouvelle baisse du marché action. Il y aura de nouveaux arbitrages vers d’autres classes d’actifs. Les niveaux de valorisation seront revus à la baisse et donc les investisseurs n’achèteront pas sur le marché actions".

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