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Round up. Sahara : ce qui a changé depuis la dernière résolution du Conseil de sécurité

A quelques semaines de la réunion du Conseil de sécurité sur le Sahara, Médias24 fait le point sur le bilan des onze derniers mois, marqués par des joutes sans précédent entre les diplomaties marocaine et algérienne, prenant quasiment la forme d'un corps à corps diplomatique, pour utiliser une métaphore militaire.

Round up. Sahara : ce qui a changé depuis la dernière résolution du Conseil de sécurité

Le 22 septembre 2022 à 15h48

Modifié 22 septembre 2022 à 15h48

A quelques semaines de la réunion du Conseil de sécurité sur le Sahara, Médias24 fait le point sur le bilan des onze derniers mois, marqués par des joutes sans précédent entre les diplomaties marocaine et algérienne, prenant quasiment la forme d'un corps à corps diplomatique, pour utiliser une métaphore militaire.

  • L'hostilité algérienne a imposé le caractère bilatéral algéro-marocain du conflit.
  • Dynamique internationale de reconnaissance de la marocanité du Sahara.
  • Blocage algérien dans la recherche d'une solution politique durable et mutuellement acceptable.

Alors que tous les dirigeants du monde sont réunis à New York pour assister à l’assemblée générale de l’ONU, le Maroc prépare, avec son habituelle discrétion, la réunion du Conseil de sécurité. Elle portera sur la recherche d’une solution durable au Sahara, face à une diplomatie algérienne de plus en plus agressive depuis le renchérissement du gaz, alors même qu’elle prétend devant la communauté internationale ne pas être partie prenante dans cette affaire.

Vers qui pencheront les membres du Conseil de sécurité ?

Le Conseil de sécurité sera présidé en octobre 2022 par l’Inde, selon la présidence tournante mensuelle.

Les cinq permanents sont les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne. Souvent, les membres permanents se mettent d’accord sur le texte préparé par le porte-plume que sont les Américains.

Les dix autres membres, non permanents, sont les suivants (entre parenthèses la fin de leur mandat) :

Albanie (2023)
Brésil (2023)
Émirats arabes unis (2023)
Gabon (2023)
Ghana (2023)
Inde (2022)
Irlande (2022)
Kenya (2022)
Mexique (2022)
Norvège (2022)

Les pays mentionnés en gras n’étaient pas membres en 2021. Les cinq autres ont déjà voté en 2021, tous en faveur de la résolution du 29 octobre 2021. Cette résolution confortait largement la position marocaine.

Seuls deux pays s’étaient abstenus : la Russie et la Tunisie. Cette dernière ne fait plus partie du conseil.

Un conflit bilatéral algéro-marocain

En toute logique, le vote des membres du Conseil de sécurité devrait, comme l’année dernière, prolonger d’une année le mandat de la Minurso. Le véritable enjeu concerne le contenu de la résolution.

Par rapport à l’année écoulée, il y a eu trois changements majeurs dans le dossier :

– il ne fait désormais aucun doute, aux yeux du monde entier, que l’on est en présence d’un conflit bilatéral algéro-marocain ; que l’Algérie est partie au conflit et que le polisario est l’arme qu’elle utilise.

– le conseil va également écouter le rapport de Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général, et va constater que l’Algérie a fait obstacle à une solution politique conforme aux paramètres définis par le Conseil de sécurité. Ce pays, qui déploie toute sa force de frappe, sa diplomatie et ses finances au profit du polisario, a créé une impasse en refusant de participer aux tables rondes.

-la dynamique de reconnaissance de la marocanité du Sahara ou de la prééminence du plan marocain d’autonomie, cas de l’Espagne, de l’Allemagne et des Pays Bas.

“Tous les observateurs ont pu constater au cours des onze derniers mois que pour l’Algérie, la question du Sahara est devenue le seul et unique cheval de bataille et un fonds de commerce inépuisable pour se faire valoir aux niveaux local et international”, constate Ahmed Faouzi, l’ancien ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire.

“A chaque renchérissement du prix du gaz, ce qui est le cas actuellement avec la confrontation Occident-Russie, Alger devient subitement généreux avec certains et plus hostile à l’égard de son voisin de l’ouest.

“Pour ceux qui connaissent l’histoire de la région, et qui portent les bonnes lunettes, Alger se nourrit de cette crise par polisario interposé, créé et entretenu par les deniers de son peuple.

“Par conséquent, il ne fait plus aucun doute qu’elle est la principale partie instigatrice et bénéficiaire de ce conflit, ainsi que la responsable essentielle du temps perdu pour le développement de tout le Maghreb”, précise Faouzi.

A ce propos, plusieurs pays sont conscients que ce conflit ne s’achèvera que par des négociations directes incluant l’Algérie dont le polisario n’est que l’appendice d’une époque révolue qui ne finit pas de finir.

“L’amputation d’un territoire cher à tous les Marocains est non seulement contre l’histoire et la géographie, y compris humaine, mais n’a jamais fait partie de la solution. Il est cependant à craindre que ce différend né de la Guerre froide des années 1970, ne subisse les tensions actuelles entre l’Est et l’Ouest sur fond de crise ukrainienne.”

En effet, tout indique que la question du Sahara est de nouveau devenue un thème, aussi bien de politique intérieure algérienne que de politique étrangère, avec un appareil diplomatique, politique, économique, financier et militaire mobilisé pour cette cause.

“C’est l’unique cheval de bataille que les militaires aiment chevaucher, faute d’une vision économique ou d’un secteur privé dynamique pour venir concurrencer le Royaume”, résume Faouzi.

On constate également que l’Algérie conditionne désormais ses relations internationales sous le prisme de la position de chaque pays sur la question du Sahara.

Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir comment l’Algérie a voulu punir l’Espagne en rompant le traité d’amitié entre les deux pays, ou alors comment elle est intervenue intempestivement lorsque certains pays ont changé récemment de position concernant le Sahara, comme le Pérou ou le Kenya.

“Sa diplomatie sait sous-traiter et externaliser ses services vers des pays tiers comme l’Afrique du Sud, avec une augmentation du prix du gaz qui permet de régler les factures rubis sur ongle.”

Alternant la politique du bâton et de la carotte, l’Algérie met en effet sur la balance de ses relations avec le reste du monde, d’une part sa capacité de nuisance régionale, et de l’autre, sa capacité de récompense grâce à des aides et des prêts à certains pays affaiblis par la crise.

On assiste à un chassé-croisé entre l’Algérie et le Maroc qui touche tous les domaines et démontre que l’Algérie est non seulement responsable de cette crise régionale, mais aussi une véritable obsession à vouloir dominer toute l’Afrique du Nord.

Participation de l’Algérie aux tables rondes : un pas en avant, deux en arrière

Concernant les voies de résolution du conflit, comment expliquer le refus de l’Algérie de participer à un nouveau round de tables rondes recommandé par l’ONU dans la dernière résolution du 29 octobre 2021, alors que deux éditions avaient eu lieu avec sa participation ?

Sachant que l’envoyé spécial Staffan De Mistura a effectué une tournée régionale pour convaincre l’ensemble des parties de reprendre ces tables rondes, un refus de l’Algérie d’y prendre part sur un pied d’égalité avec tous les autres participants (Maroc, polisario et Mauritanie), sous le prétexte que c’est un conflit bilatéral entre le Maroc et le polisario, démontre une absence de constance dans les positions de la diplomatie algérienne.

“Pourtant, le contenu de la résolution 2602 d’octobre 2021, reçu négativement par l’Algérie, était très clair en désignant Alger comme faisant partie aussi bien du problème que de sa solution.”

Une contradiction que De Mistura ne manquera pas d’évoquer dans son prochain rapport au Conseil de sécurité, où il reviendra sur sa tournée au Maroc et en Algérie et dans les camps de Tindouf, où la population sahraouie n’est toujours pas identifiée.

S’il convient d’attendre de connaître les conclusions du Conseil, il ne fait cependant aucun doute que la recherche d’une solution politique définitive, mutuellement acceptable et durable est actuellement dans l’impasse et nécessitera beaucoup de patience de la part de la communauté internationale, “d’autant que le conflit du Sahara n’a jamais été une priorité pour les grandes puissances même si elle l’est pour nous autres marocains”.

Un chassé-croisé de reconnaissances et de retraits

Ce n’est pas le chassé-croisé de reconnaissances et de retraits qui va résoudre ce conflit, même si l’Algérie vit chaque nouvelle reconnaissance comme une victoire nationale alors que le décompte général montre tout le contraire.

“En effet, les pays qui comptent dans le monde ne reconnaissent pas l’entité inventée en Algérie, tandis que ceux qui la reconnaissent le font souvent soit par idéologie, soit en contrepartie d’aides diverses. Il apparaît donc de plus en plus difficile au polisario de se présenter au reste du monde comme un membre de l’Union africaine, alors que la grande majorité des pays africains ne le reconnaissent plus et attendent le moment opportun de le radier, ou tout au moins de geler sa présence au sein de l’Union”, avance l’ancien diplomate, qui ne s’attend pas à une mauvaise surprise au prochain Conseil de sécurité.

Une résolution à la veille du sommet arabe d’Alger

Selon lui, le contenu de la prochaine résolution du Conseil de sécurité, attendue la veille du sommet arabe qui se tiendra à Alger le 1er novembre, devrait certainement être proche de celui de l’année dernière.

“Il n’y aura pas de changement notable sur le fond. Comme chaque année, on attend simplement que les parties mûrissent pour trouver ce compromis politique que la communauté internationale ne cesse de réclamer.”

Une identification insurmontable qui élimine l’exigence algérienne du référendum

Aujourd’hui, le principal argumentaire de l’Algérie consiste à dire que son pays accueille dans les camps de Tindouf des réfugiés sahraouis qui ont fui la guerre, mais omet d’ajouter que c’est son armée qui les as ramenés de force à Tindouf en 1975 et début 1976.

“Un argumentaire dépassé par les faits pour des populations qui n’ont jamais été recensées selon les règles du HCR. L’exigence algérienne de tenir un référendum ne pourra avoir lieu faute d’identification d’une population qui a d’ailleurs drastiquement changé depuis désormais un demi-siècle”, assure Faouzi.

Après le combat politique, convaincre les opinions publiques du reste du monde

Face à tous ces défis, le Maroc essaie de créer une dynamique positive et vertueuse suite aux avancées générées par les décisions américaine, allemande et espagnole, entre autres, pour pousser les autres pays à trancher, d’une manière claire, en faveur d’une sortie de crise pacifiquement et permettre au Maghreb de se consacrer enfin à son développement dans un monde de plus en plus instable.

“Notre combat pour la marocanité du Sahara n’est pas fini, loin de la. Nous devrions encore être vigilants pour protéger notre intégrité territoriale, surtout en période de crise comme celle que nous traversons actuellement, en essayant de convaincre les opinions publiques occidentales et africaines après les décideurs politiques américains, espagnols, allemands et néerlandais”, conclut Ahmed Faouzi. Selon lui, la forte demande internationale de gaz algérien va pousser la diplomatie algérienne à être davantage dispendieuse et agressive pour maintenir la pression sur le Maroc.

Toutefois, malgré l’hostilité algérienne croissante, l’année qui s’est écoulée depuis la résolution onusienne de fin octobre 2021, a vu une évolution de la situation et du rapport de forces favorable aux droits du Maroc.

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