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Le potentiel pétrolier du Maroc décrypté par Afaf Zarkik (PCNS)

Quel est le potentiel total de pétrole brut au Maroc ? Une question à laquelle il n'est pas aisé de répondre. Afaf Zarkik, économiste 'énergie et changement climatique' au Policy Center for the New South, s'est livrée à l'exercice.

Le potentiel pétrolier du Maroc décrypté par Afaf Zarkik (PCNS)

Le 7 septembre 2022 à 13h36

Modifié 7 septembre 2022 à 13h36

Quel est le potentiel total de pétrole brut au Maroc ? Une question à laquelle il n'est pas aisé de répondre. Afaf Zarkik, économiste 'énergie et changement climatique' au Policy Center for the New South, s'est livrée à l'exercice.

« Les réserves marocaines à la fois prouvées et récupérables (techniquement et économiquement) sont peu connues, car le Maroc reste un pays relativement peu exploré, si ce n’est le pays le moins exploré d’Afrique », a-t-elle expliqué dans une note publiée par le Policy Center for the New South (PCNS).

En 2020, le Maroc aura produit environ 4.100 tonnes de condensat, soit près de 73.000 barils de pétrole équivalents, contre une demande qui a dépassé les 290.000 barils par jour en 2019, selon des données publiées par le ministère de la Transition énergétique et du développement durable.

Malgré cette absence de production, les données de l’ONHYM traduisent l’existence d’un potentiel favorable à l’accumulation d’hydrocarbures dans certains bassins offshore et onshore, avance Afaf Zarkik, économiste ‘énergie et changement climatique’ au PCNS.

« La géologie du Maroc serait comparable à celle de certains pays producteurs d’hydrocarbures. Dans l’Oriental, la géologie du Maroc constitue le prolongement des prolifiques bassins algériens. À l’ouest, le Maroc est bordé par la marge passive atlantique, où des découvertes ont été réalisées, notamment dans le bassin MSGBC (Mauritanie – Sénégal – Gambie – Guinée-Bissau et Guinée Conakry). Ces bassins ont mis au jour le potentiel de cette nouvelle province pétrolière en eaux profondes », explique-t-elle.

Au moins dix ans pour que le potentiel découvert par Europa Oil & Gas à Inezgane se concrétise

Le 13 avril 2022, une annonce de l’entreprise britannique Europa Oil & Gas avait suscité un fort engouement médiatique autour du chiffre publié :  « Un milliard de barils de pétrole. »

En effet, l’entreprise britannique, qui détient une participation de 75% dans le grand permis d’Inezgane, couvrant une superficie de 11.228 km2 dans le bassin d’Agadir, dans des profondeurs allant de 600 m à 2.000 m, a publié les résultats intermédiaires du processus d’exploration pour la période de six mois se terminant le 31 janvier 2022.

« Une évaluation récente a identifié un volume important de ressources récupérables sans risque, dépassant 1 milliard de barils (équivalent pétrole), dans les cinq principaux prospects classés uniquement », était-il annoncé dans le document.

« Soit l’équivalent de plus de 100 milliards de dollars (USD) de richesse pétrolière (estimation sur 100 USD par baril pétrole), ce qui représente presque le PIB du Maroc, qui était de 119,7 milliards USD en 2019 », commente l’économiste du PCNS.

Quelle lecture faire de cette annonce ? « Pour que les perspectives d’Inezgane se concrétisent en barils de pétrole, il sera nécessaire d’attendre au moins jusqu’à la fin de la décennie. Il faudra donc s’armer, à l’instar des investisseurs, d’une grande patience mais également afficher un grand degré d’optimisme », répond l’experte.

Plus en détail, elle explique que « l’achèvement des travaux techniques d’Europa ont effectivement permis d’identifier un volume important de ressources sans risque, plus d’un milliard de barils équivalent pétrole. Il est également important de signaler qu’Europa dispose d’une expertise d’exploration dans des réservoirs similaires, notamment au large de l’Irlande, ce qui rend Inezgane un excellent complément technique et stratégique ».

« Le plan d’Europa Oil & Gas pour le bassin d’Inezgane était centré autour d’un programme d’exploration à faible coût, qui visait le retraitement et l’interprétation de données sismiques 3D en utilisant des technologies de pointe. Cette étape permet généralement de sortir avec une modélisation du bassin, qui permet ensuite de livrer une analyse de risques géologiques et économiques en vue d’amener ces structures potentiellement importantes à un statut dit ‘forable’, si les résultats sont prometteurs. »

À la suite de cette découverte, « Europa a entamé des discussions avec des partenaires externes disposant de moyens plus importants afin de passer au forage d’exploration, selon un dispositif commun dans le monde du pétrole que l’on appelle farm out initiative ».

« Ce forage d’exploration permet de faire remonter des débris de roches et des échantillons d’hydrocarbures, qui confirmeront ou non la découverte du gisement et fourniront des indications supplémentaires sur la possible exploitation des réservoirs. »

Selon l’experte, « tant qu’un puits n’est pas foré, il est difficile de confirmer la présence d’une accumulation d’hydrocarbures. À ce stade, seule la présence d’une structure susceptible d’en renfermer peut-être confirmée ».

Processus de l’exploration pétrolière

Afaf Zarkik revient également sur le processus de l’exploration pétrolière qu’elle qualifie de « processus risqué, hautement capitalistique et très long ».

« L’étape de forage d’exploration peut durer entre deux et quatre ans, sans compter le processus d’appel d’offres. Des questions ensuite peuvent subsister quant à sa rentabilité, à la taille et à la forme du réservoir. »

« Cette étape est donc suivie d’un forage d’appréciation et de développement dans le cas d’une potentielle découverte. Ceci consiste à creuser davantage de puits selon la nature et la taille du gisement, afin de délimiter le gisement et évaluer les réserves récupérables en place, et par conséquent déterminer la rentabilité du champ. Cette étape peut durer entre deux et cinq ans. »

« Les opérations d’appréciation nécessaires avant de passer à l’étape de l’exploitation peuvent atteindre entre quatre et neuf ans », détaille-t-elle.

Par ailleurs, « avec seulement dix puits en eaux profondes forés à ce jour, l’offshore marocain demeure une région relativement sous-explorée. Un forage d’exploration dans une telle région est très risqué, ce qu’on appelle dans le jargon pétrolier un wildcat drillin ». 

Toutefois, l’experte note que « la conjoncture est extrêmement favorable à l’exploration. L’appétit pour les paris risqués monte, avec des prix du baril qui dépassent les 100 US$/baril ».

« On est également dans un contexte où l’Union européenne s’efforce de trouver des sources alternatives de combustibles fossiles, compte tenu de la récente escalade géopolitique, et encourage activement les sociétés européennes à participer aux appels de prospection internationaux. »

C’est dans cette perspective que le Maroc et ses partenaires prévoient la cartographie de 1.150 km et 650 km2 de sismique 2D et 3D et le forage de 27 puits, dont 4 en mer, entre la période de 2022 et 2024.

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