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Débat. Le PIB du Maroc est-il sous-évalué ?

Calculé par le HCP à 1.284 milliards de dirhams en 2021, le PIB marocain reflète-t-il toute la production de richesse du pays, sachant que nombre d’activités se font dans la sphère informelle, dans l’économie souterraine ou celle dite non observée ? Réponse d’un expert de la comptabilité nationale.

Débat. Le PIB du Maroc est-il sous-évalué ?

Le 26 juillet 2022 à 18h34

Modifié 26 juillet 2022 à 19h18

Calculé par le HCP à 1.284 milliards de dirhams en 2021, le PIB marocain reflète-t-il toute la production de richesse du pays, sachant que nombre d’activités se font dans la sphère informelle, dans l’économie souterraine ou celle dite non observée ? Réponse d’un expert de la comptabilité nationale.

Selon plusieurs chercheurs dans le monde, les PIB des pays émergents, en développement ou pauvres, sont sous-évalués du fait du poids considérable des activités informelles ou de la production de l’économie souterraine qui englobe les activités illicites…

Le Maroc, comme d’autres pays du monde, n’échappe pas à ce débat académique, qui s’invite également tous les mois de mars au sein de la Commission des statistiques des Nations unies où le Royaume est représenté par le HCP.

Pour déterminer si notre PIB est biaisé ou sous-évalué, nous avons contacté un grand expert de la comptabilité nationale, familier des méthodes du HCP et des normes internationales en la matière.

Au Maroc, la production du secteur informel est incluse dans le calcul du PIB

Pour lui, la réponse est claire : le PIB du Maroc n’est pas sous-évalué comme on pourrait le croire. Car la comptabilité nationale tenue par le HCP inclut dans le calcul du PIB le secteur informel, et même la production de quelques activités illégales comme la contrebande.

« Une grande partie de la sphère informelle est intégrée dans la comptabilité nationale au Maroc. Et les chiffres du PIB, qui sont produits tous les ans, se basent sur l’enquête nationale sur le secteur informel, réalisée par le HCP pour les années 2013-2014. Sur la base de cette enquête qui a donné un panorama général et précis de l’informel, le Maroc a une idée assez claire sur la production informelle. En plus, les données de cette enquête sont confrontées toutes les années aux indicateurs de l’emploi, ce qui permet de les actualiser, de les corriger », explique notre expert.

« Nos comptables nationaux matchent également ces chiffres avec d’autres indicateurs pour avoir la meilleure estimation des richesses produites dans la sphère informelle, comme les données sur la consommation des ménages ou leur revenu. Le Maroc a un système de comptabilité qui est très cohérent avec la structure de son économie et qui intègre ainsi une grande partie de la sphère informelle. »

Dans son enquête nationale sur le secteur informel de 2013-2014, le HCP estime la contribution de cette sphère au PIB à 11%, avec une prépondérance du commerce (de gros et de détail) qui représente toujours le principal vecteur de l’économie informelle, avec une part de 50,6% des effectifs employés en 2013.

Et cette enquête qui date déjà de près de dix ans sera reproduite en 2023, selon notre source, pour que le PIB puisse refléter encore mieux les évolutions de cette sphère.

Chose surprenante : au Maroc, une partie des activités illégales, qui n’entrent pas dans l’informel selon la définition mondiale de ce secteur, sont intégrées dans la comptabilité nationale et le calcul du PIB. C’est le cas de la contrebande par exemple.

« Nous avons des importations qui entrent de manière illégale de Sebta et Melilia et qui sont difficiles à évaluer bien sûr. Mais leur volume est capté par les données sur la consommation des ménages. Sur un produit comme le fromage, par exemple, on peut estimer la part de la contrebande entrée dans le pays, à travers l’écart entre la consommation finale des ménages, la production intérieure et les importations légales », précise notre expert.

Il cite également l’exemple des activités liées à la drogue, le cannabis notamment. « Pour le cannabis, le PIB capte toute la production réalisée sur le sol marocain, les données sont disponibles auprès du ministère de l’Agriculture. En revanche, tout ce qui est commercialisation échappe à la comptabilité nationale. Là, on peut dire qu’il y a une partie des revenus ou des richesses créées qui n’est pas captée au niveau du PIB. Mais c’est le cas dans le monde entier, pas seulement au Maroc », souligne notre expert.

Le travail domestique représente 20% du PIB, mais n’est pas intégré dans la comptabilité nationale

Mais la grande question qui se pose, c’est la non-intégration du travail domestique dans le calcul du PIB. Cette activité, qui représente selon le HCP près de 20% du PIB, n’est pas incluse dans la comptabilité nationale. L’institution dirigée par Ahmed Lahlimi va d’ailleurs publier une étude détaillée sur le sujet dès la rentrée.

« Le travail domestique représente une grande part de la production nationale. Pas seulement au Maroc, mais dans tous les pays du monde. Mais il n’entre pas dans le calcul du PIB, car le sujet est encore en débat au sein des Nations unies.  Le système de comptabilité nationale est établi sur le plan international au sein de la Commission des statistiques des Nations unies, qui est en train de plancher sur de nouvelles normes pour 2025. Et le travail domestique est un des sujets qui ne font pas l’unanimité au sein de la commission. On ne sait pas s’il va entrer prochainement dans la comptabilité nationale des pays ou non », nous confie notre source.

In fine, même si certaines activités échappent partiellement au calcul du PIB, cet indicateur obéit au Maroc à toutes les normes internationales en la matière. Et c’est le plus important, d’après notre expert.

« Le PIB marocain est calculé selon les normes internationales, il est ainsi comparable à l’ensemble des PIB au niveau mondial. Il y a certes des sous-estimations, mais elles sont présentes dans le monde entier, donc les choses se corrigent automatiquement », conclut notre interlocuteur.

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