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Environnement

Reportage. Au cœur du Centre national de gestion des feux de forêt à Rabat, en pleine lutte contre les incendies

Les équipes du Centre national de gestion des risques climatiques forestiers se démènent pour venir à bout des multiples incendies déclarés dans le nord du pays. En usant de technologies modernes, cette structure permet d'assurer le suivi en temps réel des incendies, de guider et de protéger les équipes d'intervention, mais aussi de prédire les feux de forêt.

Reportage. Au cœur du Centre national de gestion des feux de forêt à Rabat, en pleine lutte contre les incendies
Chady Chaabi
Le 16 juillet 2022 à 11h28 | Modifié 16 juillet 2022 à 11h28

Au cœur du Centre Agdal des eaux et forêts à Rabat, le Centre national de gestion des risques climatiques forestiers (CRCF) doit faire face à près de 450 feux de forêt chaque année, ravageant en moyenne 3.000 hectares. Un chiffre en constante augmentation du fait du changement climatique et des années de sécheresse consécutives, prédisposant le couvert végétal aux incendies.

Si la majorité des incendies s'éteignent aussi rapidement qu'ils se déclarent, d'autres nécessitent une organisation méthodique et des technologies de pointe en matière de surveillance du territoire, d'analyse et d'évaluation des risques. C'est le cas des six incendies déclarés dans les forêts du nord du pays, depuis ce mercredi 13 juillet 2022.

Le dispositif mis en place par le Centre est globalement comparable à celui du National Interagency Fire Center (NIFC), le centre national des feux de forêt aux Etats-Unis. Une référence en la matière “où nos équipes se sont déplacées pour des formations techniques", nous apprend Taoufik Aadel, ingénieur en chef. Médias24 a passé une grande partie de la journée du vendredi 15 juillet 2022 au sein du Centre où nous avons pu échanger avec le personnel et assister en direct aux opérations de prévention, de surveillance et de lutte.

Le responsable des unités d'analyse des risques et des opérations d'intervention a les yeux rivés sur un mur d'images composé de trois écrans géants, où deux nouveaux départs de feux ont été repérés dans les provinces de Tétouan et Chefchaouen.

A partir d'une salle de réunion et d'une salle d'opérations où sont affichées des infographies sur les incendies les plus destructeurs qu'à connus le Maroc, le CRCF promeut un travail d'équipe qui repose sur plusieurs unités : planification, système d'information, logistique et approvisionnement, analyse des risques et suivi des opérations de lutte.

Créé en 2016 et dirigé par Fouad Assali, le Centre national de gestion des risques climatiques forestiers poursuit trois principaux objectifs :

- prédire les feux de forêts ;

- suivre en temps réel les incendies ;

- assister à distance et protéger les équipes d'intervention.

Une carte des risques pour prédire les feux de forêt

"Nous avons prévenu les équipes d'intervention dès le 10 juillet sur la forte probabilité d'un déclenchement de feux de forêt dans les régions du Nord, après l'alerte de la Direction générale de la météorologie (DGM) au sujet des vents Chergui et de la canicule, deux conditions favorisant les départs d'incendies", indique Taoufik Aadel.

"Le Centre est effectivement équipé d'un système d'information pour prédire les feux de forêt", reprend le chef du service information, Kamal Oubedda. Chaque matin, cette carte de risques s'appuie sur des informations, comme les conditions météorologiques et les peuplements des forêts, pour dessiner une cartographie satellite des risques de départ de feu dans chaque commune du pays.

"Il y a quatre niveaux de risque : faible, moyen, élevé et sévère, avec un pourcentage d'exactitude estimé entre 60% et 80%", explique M. Aadel. Une fois les départs de feux probables identifiés, il s'agit ensuite de prévenir les équipes d'intervention sur place.

"Dans le cas des incendies qui se sont déclarés dans le Nord, nous avons demandé quelques jours plus tôt aux équipes sur place, et notamment aux véhicules de première intervention (VPI), de se positionner de sorte à prendre de l'avance pour éteindre les feux plus rapidement", ajoute notre interlocuteur.

Car, en cas de déclenchement d'un incendie, les premières heures sont cruciales pour le maîtriser et limiter les dégâts, notamment en ce qui concerne les points sensibles recensés par une cartographie nationale des enjeux. "Il s'agit des radars, des douars, des zones militaires et des zones à infrastructures", précise Taoufik Aadel.

"Le plus important est de protéger les populations et les infrastructures, avant de penser à préserver les parcs nationaux et les espèces végétales rares. Cette priorisation fait également partie de l'algorithme de calcul de la carte de risques."

Des drones pour guider les équipes d'intervention

L'intensité des feux qui ravagent les régions du nord du pays a convaincu le Centre national de gestion des risques climatiques forestiers d'utiliser, pour la première fois, le drone DJI 300 RTK.

En plus des images du satellite Modis, qui localisent en temps réel les points chauds (feux de plus de 0,5 ha), dont l'accès est partagé par la NASA avec le CRCF, le drone sert à collecter des informations instantanées sur l'évolution des incendies "grâce à des images à haute résolution (4k) et des images thermiques, afin de débusquer les foyers de feu dans les racines des arbres", précise Kamal Oubedda.

Et de poursuivre : "Quand nous recevons les images du drone grâce à la 4G, en attendant la connexion satellite dans quelques semaines, nous envoyons les données GPS au poste de commandement sur place, qui les communique aux équipes pour intervenir efficacement au mètre près."

Ces équipes sont également orientées grâce au drone pour éviter d'être encerclées par les flammes, d'autant que les zones incendiées, depuis ce mercredi 13 juillet, se caractérisent par un accès difficile, à l'image de toutes les régions montagneuses.

Les risques pris par les équipes d'intervention pourraient être davantage réduits grâce à un système de prédiction opérationnel à court terme, renforcé par un outil basé sur l'intelligence artificielle.

Il est composé d'un supercalculateur et d'une capacité de stockage de données d'un térabyte (téraoctet). Les données collectées sont analysées par des experts multidisciplinaires pour une meilleure évaluation des risques pris par les équipes d'intervention et de déclenchement des feux de forêt.

 

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Chady Chaabi
Le 16 juillet 2022 à 11h28

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